La phrase

On retombe sur des structures finalement très classiques. Quand un acteur devient trop puissant ceux qui l’environnent cherche le soutien d’une puissance extérieure pour le contrebalancer. Les relations internationales restent et seront toujours mues par l’intérêt des Etats. Le pragmatisme a donc de l’avenir et la géopolitique classique, de beaux jours devant elle

Gérard Chaliand, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
De l'intérêt d'être altruiste
[vendredi 07 mai 2010 - 23:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Je t'aide... moi non plus. Biologique, comportemental ou psychologique : l'altruisme dans tous ses états.
Éditeur : Vuibert
192 pages / 25 € sur
Résumé : Un ouvrage qui fait la synthèse des recherches scientifiques sur ce phénomène aux multiples facettes qu'est l'altruisme.
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Altruisme psychologique

Le troisième et dernier chapitre est consacré à l’altruisme psychologique, c’est-à-dire à ce que nous appelons couramment altruiste car, dans le langage de tous les jours, être altruiste ne consiste pas seulement à faire le bien d’autrui, mais à le faire de façon désintéressée. Ainsi, alors que l’altruisme biologique et comportemental étaient définis uniquement en fonction de leurs effets, l’altruisme psychologique nous conduit à nous interroger sur les motifs et les motivations des agents. Plus précisément, l’auteur donne la définition suivante de l’altruisme psychologique : "une action est dite altruiste si elle est le résultat d’une motivation dirigée vers les intérêts et le bien-être d’autrui (et non vers les propres intérêts et bien-être de l’agent)"  .

La question fondamentale que l’on peut poser au sujet de l’altruisme psychologique est celle de son existence : existe-t-il véritablement des actions auxquelles s’appliqueraient cette définition ? Le camp du "oui" et le camp du "non" s’opposent sur la réponse à donner à cette question, tant chez les philosophes que chez les psychologues, qui rivalisent d’ingéniosité pour trouver un dispositif expérimental susceptible de trancher le débat.

Traditionnellement, le débat se concentre sur la nature des motifs ultimes qui sont à la source de nos actions. Ceux qui pensent que l’altruisme psychologique existe soutiennent que nous pouvons agir avec comme motif ultime le désir d’aider autrui, tandis que ceux qui nient son existence supposent qu’en définitive nous aidons toujours les autres pour satisfaire un désir orienté vers notre propre bien-être. Par exemple, tandis que les premiers diront que j’aide quelqu’un qui souffre parce que j’ai un désir de l’aider qui ne se base sur aucun autre désir, les seconds diront que ce désir d’aider autrui n’est qu’un désir instrumental découlant du fait que la souffrance d’autrui m’est pénible et que je veux avant tout faire cesser ce sentiment désagréable.

L’auteur passe en revue les arguments qui ont été avancés par les deux camps et en conclut que la controverse est peut-être mal formulée. Selon elle, plutôt que de nous intéresser aux motifs des agents, nous devrions nous tourner vers leurs motivations. Toute motivation n’est pas nécessairement un motif – elle peut aussi être, entre autres, une émotion. Par exemple, quelqu’un peut être motivé par sa peur des chiens du voisinage à choisir un chemin plutôt qu’un autre pour rentrer chez lui  . Ainsi, pour répondre à la question de l’existence de l’altruisme psychologique, il ne faut pas se limiter aux seuls motifs mais à toutes les sortes de motivations en général.

Or, il semble qu’il existe des motivations altruistes puisque certaines de nos émotions semblent être dirigées vers le bien-être d’autrui, telles l’amour et la compassion. Elles sont altruistes parce que ce qui les déclenche (leur input) est une modification du bien-être d’autrui et pas du nôtre. À cela, le sceptique peut répondre que nous n’en savons rien : peut-être ces émotions prennent-elles en compte nos intérêts. Contre cette objection, l’auteur propose un argument évolutionniste : si ces émotions ont évolué pour nous pousser à aider autrui, elles ont plus de chances de remplir leur rôle en nous intéressant directement au bien-être d’autrui plutôt qu’au nôtre. Il serait étrange que nous ayons évolué de façon différente.


Florian COVA
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Titre du livre : Je t'aide... moi non plus. Biologique, comportemental ou psychologique : l'altruisme dans tous ses états.
Auteur : Christine Clavien
Éditeur : Vuibert
Collection : Philosophie des Sciences
Date de publication : 07/02/10
N° ISBN : 2311000497
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15 commentaires

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Sylvain Reboul

09/05/10 07:38
On s'est mal compris, sans doute par ma faute: je reprends donc:

Si toute émotion altruiste parait désintéressée, cela ne prouve en rien qu'elle le soit, pas plus qu'elle soit nécessairement intéressée, en effet.

Mais il faudrait en effet, pour montrer qu'elle est désintéressée, que la conscience de soi comme valeur est tout à fait absente; ce que précisément l'auteur ne fait pas, semble-t-il, et aurait du mal à faire, sauf à faire (et à dire que ) de ces motivations altruistes de simples pulsions biologiques dépourvues de toute référence à la valeur de l'action et de cette motivation pour se juger soi-même bon (ou mauvais), ce qui parait très contestable.

La conscience éthique de soi accompagne tous nos actes conscients et interfère toujours, en tant que telle avec nos motivations même et surtout les plus altruistes.

Il ne faut trop restreindre la notion d'intérêt et élargir celle-ci, selon moi, à ce que l'on appelle l'intérêt social et psychologique, voire moral à bien faire pour bien être; ce qui me parait déterminant dans le désir humain qu'il faut distinguer du simple besoin biologique...

J'ai de grosses difficultés à me relire sur le confetti qui nous est imparti, sans que nous soit donnée la possibilité d'un aperçu avant envoi. Il me semble, dans l'intérêt et la qualité des échanges, que le site devrait améliorer sa présentation et son fonctionnement (aperçu avant envoi, plus grande dimension de la fenêtre des commentaires, fonction réponse etc...)
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Florian Cova

08/05/10 21:28
"cela me suffit pour monter que toute motivation altruiste n'est pas nécessairement intéressée comme semble le penser l'auteur"

J'ai dû mal m'exprimer dans cette recension, étant donné que l'auteur défend justement la thèse selon laquelle toute motivation altruiste n'est pas nécessairement intéressée.
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Sylvain Reboul

08/05/10 19:15
Vous m'avez trop vite lu: je commence par une affirmation négative et non pas positive ("n'implique pas") car en effet une motivation (émotion) altruiste peut-être et non pas est certainement intéressée. cel me suffit pour monter que toute motivation altruiste n'est pas nécessairement intéressée comme semble le penser l'auteur; il lui faudrait monter en quoi cette motivation est toujours indépendante de celle de la reconnaissance de soi (au sens hégelien ou de La Rochefoucault).

Mais en effet je pense que il n'est pas possible d'éprouver une émotion altruiste sans se mettre moralement soi-même en jeu au trac vers du sentiment de devoir, sauf à évacuer la conscience de soi de l'expérience humaine et faire de celle-ci un pur mécanisme automatique dépourvu de signification éthique. Mais ce n'était pas là l'objet de ma première remarque.

Merci de votre demande de précision
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Florian Cova

08/05/10 16:40
Il me semble y avoir un défaut dans votre argument (visible même sans avoir relu, ou même lu, Hegel). Vous commencez par constater :

1) Que toute action "altruiste" nous fournit une conscience positive de nous-mêmes (la dignité ou l'estime de soi).

Admettons. Il y a effectivement de bonnes raisons de penser que ce sont là des phénomènes très répandus. Mais on ne peut pas passer de 1 à la conclusion que vous mettez en avant :

2) Il n'y a pas d'actions dont les motivations soient purement désintéressés.

En effet pour passer de 1 à 2, il manque la prémisse suivante :

3) Une action altruiste est toujours entreprise avec, en vue, la conscience positive de nous-mêmes qu'elle peut nous fournir.

Autrement dit, pour parvenir à votre conclusion, il ne suffit pas de montrer que tout action altruiste bénéficie à son agent : il faut montrer que tout agent est motivé (au moins en partie) par ce bénéfice, ce que ne nous apprend pas l'universalité de phénomènes comme la dignité ou l'estime de soi.
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Sylvain Reboul

08/05/10 16:22
Qu'il y ait des motivations altruistes n'implique en rien que ces motivations soient totalement désintéressées, au sens de la conscience positive de soi que l'on gagne dans un groupe X ou Y à les satisfaire.

Ce que l'on appelle la dignité ou l'estime de soi sont toujours présentes sur le plan psychologique et que cela soit biologiquement et socialement déterminé est une constatation que l'on peut faire dans toutes les cultures, dès lors que l'on se pose la question de savoir qui dans ou hors du groupe de référence qui nous renvoie une image positive ou négative de nous même bénéficie ou non de ce comportement altruiste préparé par l'évolution.

Relire à ce sujet Hegel: "la phénoménologie de l'esprit": Le désir et lutte pour la reconnaissance
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