Arts visuels

Legions of Boom: Filipino American Mobile DJ Crews in the San Francisco Bay Area

Couverture ouvrage

Olivier Wang
Duke University Press , 232 pages

DJ crews philippins de la côte Ouest
[samedi 01 avril 2017]


Une histoire des DJ's et crews philippino-américains qui se concentre sur l'ethnicité - aux dépens de la musique.

En bref : La recherche du journaliste, chercheur et DJ Oliver Wang sur l’émergence, le développement et le déclin de la scène mobile de DJ’s et de crews philippino-américains dans la baie de San Francisco des années 1970 au milieu des années 1990 retrace l’histoire d’un mouvement musical spécifique, qui rend compte de « ce que cela signifiait pour ceux qui se tenaient de chaque côté de la cabine du DJ » . Un témoignage inédit et une analyse anthropologique innovante qui tombe dans un traitement problématique de l'ethnicité, occultant l'objet principal : la musique. (Les néophytes trouveront un lexique en fin d'article.)

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Oliver Wang prend comme pierre angulaire le contexte social et introduit ce qu’il nomme les « pre-conditions », conçues comme autant d’éléments qui expliquent l’émergence de la scène des mobiles crews philippino-américains (p.31). Ces pré-conditions sont de trois ordres. Elles regroupent d'abord celles d’ordre esthétique au sein de la culture DJ et de la production musicale (par exemple la naissance de la disco et l’impact des night-clubs sur les futurs DJ’s philippins) ; puis celles liées aux mouvements dans la ville nord-américaine et d’autres éléments historico-spatiaux spécifiques à l’immigration philippine aux Etats-Unis   ; et enfin, les pré-conditions liées à la culture américaine, notamment la « garage party tradition » .

Oliver Wang développe ensuite les facteurs internes qui président à l’émergence des mobiles crews. Dit simplement, ce second chapitre porte sur les raisons qui emmènent les jeunes philippins à devenir DJ, notamment l’implication du statut social : un DJ accroit son « capital symbolique », son « capital économique » et son « capital culturel » p.58. Il évolue au sein d’un réseau majoritairement masculin de pairs organisés en collectifs : les « crews ». La domination masculine permet à l’auteur d’avancer nombre d’analyses sur le thème des gender studies : une réflexion centrale à cette recherche. Le DJ et son crew évoluent au sein de réseaux familiaux et d’amis - quasi-exclusivement philippins - qui ont permis à la scène de prendre son essor. Ce sont ce qu’Oliver Wang appelle des « facteurs externes ». Il les étudie dans le chapitre 3 en terme d’aspects logistiques, financiers et communautaires. 

Le chapitre 4 décrit la scène au climax de sa popularité (son âge d’or) lorsque les mobiles crews transitent progressivement des garage parties et de l’animation des fêtes de la communauté aux showcases et aux battles pouvant rassembler des milliers de participants et des dizaines de crews. L’auteur étudie l’impact de cette professionnalisation sur la communauté des DJ’s (p.99). 

Le chapitre 5 expose enfin le déclin de la scène des mobile crews. Son essoufflement et la progressive disparition qui suit concordent avec la renommée rapide et bientôt internationale du « scratching » qui redéfinit la place du DJ (p.128). Un appendice porte sur les « drill teams » consistant en parade en musique où tous les mouvements d’une équipe sont coordonnés, où en partant de la prééminence des philippins dans ces équipes, l’auteur met en relation leur organisation sociale avec celle des crews. Le second place les gangs, un poncif de l’image des philippins à San Francisco, en contrepoint des crews de DJs.
 

Un témoignage inédit, une analyse innovante et pertinente

L’ouvrage donne un formidable aperçu d’une scène musicale révolue et jusqu’à présent méconnue. Basée sur des entretiens menés en majorité avec les DJs ainsi qu’auprès de tous les acteurs de cette scène, les principaux apports de cette recherche sont l’omniprésence de la parole des musiciens et les decorums plantés sous forme de narrations ethnographiques admirablement recomposées : la préparation, la performance des musiciens pour un show, pp.2-5, l’ambiance des showcases pp.99-111, le rapport entre le DJ et la foule pendant la performance pp.12-15 etc.

A travers la scène des mobiles crews, le chercheur aborde des considérations plus larges sur les différentes phases d’existence d’une scène musicale en adoptant le modèle de Jennifer Lena tiré de son ouvrage Banding together, qui divise les phases successives de la vie d’une scène de la manière suivante : avant-garde, scene-based, industry-based et traditionalist (p.144). Il adapte au cas spécifique des mobile crews : ces derniers n’ont pu, faute de medias soutenant cette scène émergente, accéder à la phase « industry-based » (p.145) alors même qu’ils avaient une forte implantation « scene-based ». Cela aurait d’une manière préservé une certaine vitalité de la scène, car Wang émet l’hypothèse que tout enregistrement de masse signe du même coup le déclin d’une scène ; en la projetant au statut de phénomène global, sa pertinence régionale ou locale se verrait du même coup « perdue au change », « désincarnée » ou « appauvrie » (« lost in translation » p.146). Et ce sera bien la popularité croissante du scratching, soutenue par une forte médiatisation internationale qui marquera la fin des mobile crews

De manière toute aussi originale, l’ouvrage développe quelques considérations sur les spécificités liées à la catégorie de « scène mobile ». Dans le cas des mobile crews philippino-américains, l’aspect nomade se définit par le transport non seulement des musiciens, mais également du matériel son et lumière nécessaire et constitutif de la performance (p.66). Le crew, structure à la base de la scène mobile, est également une unité « collective » plutôt qu’individualisée (p.16). La catégorie de « scène mobile » se caractérise enfin par une indispensable adaptation, avant tout musicale, pour des occasions et événements rassemblant des audiences différentes (p.9 et p.15). Pour emmener le public au climax, le DJ doit ainsi chaque fois adapter et penser son set en fonction des goûts des participants. Il doit sentir la « vibe » (p.13) qui émane du dance-floor. 

Wang trace en filigrane du livre quelques rapprochements historico-culturels entre plusieurs scènes mobiles (celle de la Northern Soul de l’Angleterre des années 1970 (p.111), ou de la culture Sound System en Jamaïque (p.85)). Cette catégorie novatrice est des plus intéressante : la catégorie de « scène mobile » pourrait contribuer à de nombreuses recherches, si ce n’est que Wang ne la définit et ne la développe que très peu, si ce n’est pas du tout. De la même manière, la culture du sound system, pourtant exprimée comme centrale par les groupes dans les citations transcrites (p.52, p.85, p.105-106), et exprimée par l’auteur comme étant extrêmement élaborée (p.28) ne fait l’objet d’aucune description ni analyse, sinon sur un mode anecdotique. Il ne subsiste ainsi de cette « élaboration » que des indices visuels et textuels (la couverture, le titre, les quelques narrations de l’auteur et certains propos des DJ’s). 
 

Un traitement problématique de l’ethnicité

L’objet du livre concerne effectivement une scène musicale mobile bien spécifique, mais les thèmes centraux de la recherche - outre la musique - relèvent de l’ « ethnicité, du genre et de la classe » (p.22). Ces thèmes sont traités extensivement tout le long de l’ouvrage. Les DJ’s, et l’auteur après eux, stipulent pourtant plusieurs fois et ce dès l’introduction que la scène ne se revendiquait d’aucune ethnicité spécifique (p.18, p.20). Pourtant la scène des mobile crews est composée quasi-exclusivement de Philippino-américains. L’auteur conclut que l’absence totale de revendication d’une identité ethnique s’intègre, pour le cas des mobile crews, à la marginalisation et l’occultation généralisées dont font l’objet les populations issues de l’immigration philippine aux Etats-Unis. Wang poursuit dès lors sur une étude racialisée de la scène. L’auteur admet que la dimension ethnique se devait d’être un thème de recherche central, avant même de débuter son enquête : « Me préparant au départ pour le terrain, je supposais que race et ethnicité constitueraient l’angle d’analyse le plus évident » (p.37).

A aucun moment l’auteur ne remet en cause les catégories d’ethnie et de race, alors que tout ce qui suppose leurs brouillages sont réunis dans les matériaux rassemblés par l’auteur. A titre d’exemple, le public ciblé pour les premières grandes soirées est exclusivement celui des jeunes Philippins. L’organisateur de ces soirées n’était pourtant pas philippin, mais un blanc pratiquement deux fois plus âgé que les musiciens et les publics. Un peu plus tard, lorsque les soirées ont pu être organisées par des Philippins, leur volonté a été de rassembler toutes les populations noires et hispaniques de la baie de San Francisco (p.106). 

De la même manière les références culturelles et musicales des DJs ne sont jamais philippines, mais renvoient à des artistes issus comme eux d’immigration américaine plus ou moins ancienne : afro-américains, hispaniques ou jamaïcains ; le disco, le latin freestyle, le reggae, le RnB, la house ou de manière quasi-omniprésente, le hip-hop. Ainsi, les musiciens interviewés par l’auteur restent évasifs et/  ou comme étonnés que l’on puisse comprendre la scène mobile comme concentrant une teneur raciale exclusivement philippine. A contrario, les références extra-communautaires sont constamment évoquées par les musiciens : en majorité des références afro-américaines et hispaniques. Les prismes de la race ou de l’ethnie - termes eux-mêmes largement problématiques - sont-ils véritablement pertinents ? Ne pourrait-on leur substituer le prisme d’une culture des minorités américaines issues des immigrations ? Pourtant l’auteur semble parfois nier à la scène la possibilité de ces rapprochements éventuels. Les rares mentions qu’il fait des genres musicaux joués par les DJ’s philippino-américain peuvent renvoyer à une identité ethnique spécifique (le reggae jamaïcain, le hip-hop noir-américain, le latin freestyle pour les hispaniques), certes, mais ils retracent aussi une histoire nord-américaine de la musique populaire et donc éventuellement d’une identité américaine commune aux immigrés philippins également. 

Le hip-hop est aussi américain que l’est la culture du « garage », avec ses groupes de musique, ses soirées et ses voitures tunés, dont parle Wang (p.46 et p.142). La démarche du chercheur part peut-être d’une intention plus que louable : tailler pour les philippins une place dans le paysage culturel et racial états-uniens, mais elle prend une forme ambivalente et obsessive, qui est problématique. La conception qui trouve sa racine dans la « community » et qui remonte jusqu’à la race (ou vice-et-versa) est latente mais commune à une majorité de nord-américains. Mais la question de savoir dans quelle mesure cette conception transparaît dans l’ouvrage Legions of Boom est une question bien trop vaste pour être traitée ici. 

L’appartenance à l’ethnie philippine des DJ’s nous apparaît comme un fait mais ne peut-être pas une explication. Il y avait pourtant un moyen très simple offert à l’auteur par son sujet afin de montrer l’originalité et la richesse de la culture de ces générations de jeunes musiciens, descendants d’immigrés philippins, et habitant dans la baie de San Francisco. Un moyen alternatif à la répétition inlassable de la dimension ethnique et raciale de la scène des mobile crews : celui de la musique et montrer la spécificité de ses pratiques, de ses techniques et de son esthétique. 

 

La place ambivalente de la musique  

La musique apparaît comme centrale en considérant le titre, l’image de couverture et semble dans l’introduction occuper une place importante : en ethnographiant le déroulé d’une performance, en nommant et en expliquant les qualités des deux DJ’s du crew  (l’un étant un expert des « seamless transitions », l’autre un « quick mixer » (p.3), deux techniques relevant de deux moments de l’évolution de la mobile scene (p.9)) en évoquant la mission principale des crews : « keep people dancing » (p.9), des moyens que le DJ’s ont mis en œuvre pour y parvenir (« building the floor » p. 12) et de la relation particulière qui s’instaure entre un DJ et la foule (« emotional alliance » p.12). Pourtant, ces thèmes introduits au début du livre ne font étrangement l’objet d’aucune description, ni analyse ultérieures. 

Au fur et à mesure que le lecteur s’approche de la fin, il n’est pratiquement jamais fait mention des qualités de la musique, de son esthétique, de ce pourquoi les gens dansent et comment les musiciens jouent, ni même des techniques de DJ que l’auteur ne fait que survoler dans son introduction et dont il ne reparlera à aucun moment (par exemple le « nonstop mixing disco style » hérité de la musique de club p.32-35, pourtant exprimé comme fondamental par les musiciens au gré des transcriptions de leurs propos p.50-52). L’explication revendiquée par l’auteur pourrait être, en ce qui concerne l’analyse de la matière musicale, qu’il n’y a aucune trace physique, CD ou autre, des mobile crews (p.10).

Mais la raison ne tient pas puisqu’à la p.103 Wang évoque des cassettes de mix qui circulent et dont les auditeurs les plus experts peuvent directement reconnaître quel DJ ou crew les ont jouées. Si les occasions de performances sont presque toutes décrites, souvent sur le mode narratif d’ethnographies reconstituées, le livre pâtit d’une absence remarquable : la musique. L’auteur avoue et s’explique sur cette absence bien tardivement, en conclusion de l’ouvrage : « Il peut sembler étrange qu’un livre sur les DJ’s, écrit par un chercheur, journaliste en musique et DJ, n’inclut pas une implication plus importante avec la musique effectivement jouée par les musiciens de la scène » (p.158), il convient que cette étude serait un « sujet riche à explorer » et renvoie immédiatement à une note en fin d’ouvrage : « je réalisais que mon intérêt pour ce thème n’avait jamais été à propos de la musique, mais à propos de la communauté des DJ’s : comment se sont-ils trouvés, pourquoi sont-ils restés ensemble, quelles forces ont contribué à leur ascension et à leur déclin » (note 15 p.200).

Les rares développements portent sur des considérations plus larges sur la culture DJ, successivement : le tactile dans la pratique « turntablism » (p.9), le DJing comme performance de non-performance (p.67). Lorsqu’il parle des « broader art world » de Howard Becker, ce n’est pas pour parler des influences des DJ’s, mais c’est pour immédiatement bifurquer sur des réflexions d’ordre raciales : la scène ne relève pas d’un caractère propre à l’ethnie filipino, mais s’intègre dans un réseau fillipino, c’est une pratique filipino et elle en a la « qualité » (p.93). L’auteur en arrive à décrire la musique, certes comme expérience constitutive d’une génération de musiciens et d’auditeurs issus de l’immigration philippine (p.113), mais somme toute aussi, un simple passe-temps, un hobby à la mode auquel a succédé celui des voitures japonaises trafiquées (p.140). Ainsi la raison avancée par l’auteur pour ne pas étudier la musique est qu’elle n’a pas de cohérence de style : « les choix musicaux que les DJ’s font sont rarement purement “les leurs”. Etant donné que les DJ’s mobiles sont prestataires de service, leurs goûts musicaux sont toujours le fruit de la négociation avec les attentes de l’audience » (p.159). Et il enchaîne sur sa propre vision « Pour la plupart des DJs - y compris moi-même – le “set de rêve” est celui où l’on peut “jouer tout ce qu’on veut” et où l’audience sera subjuguée par ces choix » (p.159).

S’il est évident que la playlist d’un DJ est dialectique en se faisant le fruit d’une négociation entre lui et le public, cela signifie-t-il pour autant que les musiciens ne sont pas détenteurs d’une culture musicale, de techniques – de jeu ou se rapportant à la lumière et aux sound systems – et d’esthétiques spécifiques ? La musique est constamment utilisée en tant que méta-discours de l’écriture. Un set de DJ est toujours pour l’auteur « hanté par les chansons qu’il a laissé de côté », et c’est le cas pour tout ce qu’il n’a pas abordé dans cet ouvrage, p. 153. Le méta-discours est présent à travers les titres et sous-titres également ; « Building the floor » p.12, « The set list – chapter breakdown » p.23, « Cue it up » pour le titre du chapitre 1, « Echo effects » pour la conclusion et bien sûr le titre « Legions of Boom ».... Cet empressement, la vision d’un « bon mix » (p.158) qui est sa vision, peut mener au questionnement suivant : les rares réflexions sur la musique ne seraient-elles pas celles de l’auteur, qui est également DJ, plutôt que celles des DJ’s des mobiles crews qu’il étudie ? Wang a fait l’impasse sur l’étude de la musique pensée et jouée par les crews, il semble aussi qu’il ait préféré lui substituer ses propres conceptions. L’ouvrage aurait pu être une recherche portant non pas sur la musique mais sur une étude sociologique des réseaux de la communauté musicienne adolescente philippine des années 1970 aux années 1990. Mais les 150 premières pages déjouent sans cesse l’attente - crée par le titre, les documents visuels et l’introduction - d’une étude approfondie de la musique, sans pour autant exprimer clairement les dimensions sociologique et raciale que l’ouvrage développent quasi-exclusivement tout au long de la lecture.
 

Portant sur les liens communautaires d’un réseau de musiciens, d’auditeurs, d’amis et de famille qui ont tous en commun d’être de la même race et, pour la grande majorité, de la même génération, la musique n’y apparaît que succinctement et/ou sur un mode de séduction (narrations, images, titres percutants en référence à la culture DJ). Cette dernière n’est à aucun moment décrite, analyser et interpréter. L’auteur, dans le même ordre d’idée peut-être que la forte dimension séductrice du livre, excelle en revanche lorsqu’il s’agit de bâtir la légende de son sujet d’étude en lâchant ici et là, les noms des quelques clubs et évènements phares de la scène de San Francisco où tout lecteur aurait aimé se trouver à cette époque, ou en donnant voix à quelques souvenirs de DJ’s aujourd’hui connus. Mais, si la légende est en marche, il lui manque toujours un corps qu’on doute que les musiciens et auditeurs de la scène en question n’aient pas et n’aspireraient pas à voir reconnaître.
 

Lexique :

showcases : événements importants rassemblant plusieurs crews, leurs équipements audio et lumière ainsi que leur fans. 

battles : semblables au showcase, ils peuvent être de moindre envergure et mettent l’accent sur la dimension de compétition entre les crews.

scratching : technique de DJ consistant à utiliser le son du diamant de la platine sur le disque vinyle.

vibe : terme vague correspondant à l’atmosphère, l’ambiance, le feeling, la sensibilité, l’impression… La proximité du mot avec celui de vibration permet à l’auteur et à beaucoup de mélomanes, de faire le lien entre la vibe et l’ambiance d’un concert en tant que rapport entre musique et auditeurs.

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