La phrase

Brûler, en esprit, tous ces livres, tous ces mots – toutes ces incomparables, subtiles, profondes, mortelles pensées. Pour s’ouvrir à la pluie qui tombe, traversée de moucherons, d’insectes, à ce pays gris et vert ; à un craquement dans les pierres du mur ou le bois de la porte.

Philippe Jaccottet, “Carnets 1968-1979”, La Semaison, Œuvres, Gallimard, “Bibliothèque de la Pléiade”, 2014, p. 597  

C N L

CNL
Nelson Mandela : l'héritage d'un symbole
[vendredi 06 décembre 2013 - 14:20]

Décédé à l’âge de 95 ans dans la nuit du jeudi  5 décembre à Johannesburg, Nelson Mandela, exemple de courage et d’engagement politique, laisse en héritage à l’Afrique du Sud et au monde entier les valeurs fondamentales qu’il incarne : la paix par la réconciliation et la sagesse du pardon.

Inculpé en 1967 en réactions aux opérations de sabotages de l’ANC, oppositions violentes contre le parti nationaliste (non sans avoir lutté pacifiquement de 1944 à 1961 contre l’apartheid), il devient un symbole des combats pour l’égalité raciale à sa sortie de prison le 11 février 1990. Il y travaillera jusqu’à sa mort, toute la communauté internationale lui voue une reconnaissance hors du commun.

Nonfiction.fr vous propose de redécouvrir les articles qui mettent en perspective les enjeux politiques et sociaux de l’Afrique du Sud aujourd’hui que ce "dernier des héros" (qualificatif récurrent par lequel la presse et les dirigeants internationaux ce matin lui rendent hommage) aura tant contribué à transformer.

- Quelle Afrique du Sud aujourd'hui ?

- L'Afrique du Sud à travers les yeux d'un écrivain afrikaner

- Après l'apartheid

Adrien POLLIN
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1 commentaire

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Serge ULESKI

07/12/13 22:33
Nelson Mandela : l'homme qui lave plus blanc malgré lui...


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« Nelson Mandela entre au Congrès national africain (ANC) en 1944, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale menée par celle-ci. Devenu avocat, il participe à la lutte non violente contre les lois de l'apartheid, mises en place par le gouvernement du Parti national à partir de 1948. L'ANC est interdit en 1960, et la lutte pacifique ne donnant pas de résultats tangibles, Mandela fonde et dirige la branche militaire de l'ANC en 1961. Le 12 juillet 1963, il est arrêté puis condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. »


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Si Mandela a été un temps le plus courageux des activistes, il aura été, contrairement à ce qui a pu être affirmé ici et là, l’homme le moins influent d'une Afrique du Sud post-apartheid ; d’où l’unanimité autour de lui en ce jour de deuil international car l’Oligarchie mondiale et ses représentants n’aiment rien tant que les insoumis rentrés dans le rang, qui plus est... symboles et icônes d’un pacifisme fruit d'un renoncement qui a bien dû en rassurer plus d’un.

Après sa libération et la fin de l’apartheid, si Nelson Mandela avait engagé, sans faiblesse ni compromission, une véritable politique de lutte pour une justice sociale en faveur de ceux qui en ont été longtemps privés, on peut sans risque parier qu'il aurait été beaucoup moins unanimement célébré pour tous les chefs d’Etat de la planète, et en priorité par ceux qui appartiennent à ce qu’il est maintenant convenu d’appeler l’Empire ; entité qui assure la progression d’une mondialisation sans scrupules au service d’un monde unipolaire.


Drapeaux en berne sur l'Elysée, portrait de Mandela sur le Quai d'Orsay ; un François Hollande qui, voici quelques jours encore, célébrait aux côtés d’un Netanyahu volubile un Etat qui depuis 1967 n’a sans doute plus rien à envier à l’Afrique du Sud de l’apartheid (comme un fait exprès, Israël - avec la Grande Bretagne de Thatcher -, sera le plus fidèle allié de l’Afrique du Sud et son principal fournisseur d'armes durant ces années - 1), sans oublier une politique africaine, plus connue sous le nom de « Françafrique » - un des plus longs scandales de notre République -, qui vise le plus souvent à exploiter les ressources naturelles et géopolitiques des pays francophones. Et tous les moyens sont bons pour protéger les intérêts des multinationales françaises : la corruption, le meurtre, la manipulation et la guerre.

Quant à Obama, il n’a pas perdu de temps ! Oiseau de proie déjà juché sur son perchoir, serpent aussi, à tenter d’arracher un peu de sa superbe à un homme qui n’est plus là pour s’y opposer ou bien pour donner son accord – tel un don d’organe de moralité -, Obama se sert au passage. Pourquoi se gêner après tout ? Qui osera lui contester ce hold-up sur la personne de Mandela ? Lui qui aura servi au monde une Présidence pour rien ou pour si peu… en comparaison de ce que des millions d’individus pensaient pouvoir encore espérer de celui qu’ils avaient la naïveté de prendre pour l’un des leurs…

Car enfin, pour la liberté et la justice de qui tous ces hommes–là seraient-ils prêts à se sacrifier ? Jusqu’à la prison à vie ? Ou bien alors, jusqu’à risquer le confort de leur carrière politique, inénarrable représentation d’un show-médiatique de faux-semblants : ceux de l’impuissance et de l’absence et de courage et de convictions ?

On peut en douter.

Et si par chance ou par malheur, prison il devait y avoir pour l’un d’entre eux, ne serait-ce pas plutôt suite aux arrêts d’un tribunal motivés par une corruption avérée et autres forfaitures en lieu et place d’un engagement quasi sacrificiel qu’aurait accompagné une lutte pour la justice et la liberté ?


Au sortir de prison, après 27 ans de captivité, sans doute Nelson Mandela a-t-il en partie intégré, voire... intériorisé -, l’image que les Africaners renvoyaient à la majorité noire, la fin de l’apartheid - un homme, une voix -, n’ayant en rien modifié le regard que porte sur l’homme africain les agents de la domination : éternel enfant irresponsable dans le meilleur des cas, barbare non civilisable dans le pire...

Mandela s’est-il finalement rendu à la raison du plus fort non pas en nombre ni en droit ou en devoir mais en poids économique et politique (2), se résignant à la paix et à une réconciliation imposée, encadrée toutefois par des effectifs de police demeurés intacts – méthodes et mœurs ! -, contre le risque d’une guerre civile sans fin à propos de laquelle les Occidentaux auraient très vite fait le choix de soutenir la minorité blanche ne serait-ce que pour protéger leurs intérêts géostratégiques et économiques contre la menace d'un régime communiste.

Les actionnaires des mines de diamants ont dû respirer, soulagés.

Choix qui, malgré tout, aura permis à Nelson Mandela de sortir la tête haute, très haute même, et de rallier autour de lui tout ce qui, sur notre planète, compte de chefs d’Etat même et surtout les moins recommandables. Et ses obsèques nous donneront nul doute l’occasion de les passer tous en revue une fois encore et pour toutes les fois où nous aurions été tentés de les oublier, tête en l’air que nous sommes tous, les médias ne faisant aucun effort pour nous les remémorer au passage : commémoration oblige ! Réserve et garde à vous, le doigt sur la couture de leur pantalon : celui de la liberté d’informer les ploucs que nous sommes.


Dans un pays où l’on tire encore sur des mineurs en grève dans les mines de platine, Nelson Mandela incarnera-t-il l’échec d’une politique et d’une utopie de justice et de liberté ?

En comparaison, un Chavez qui n'était ni un tyran ni un voleur… et qui aura refusé de vendre le Vénézuela pour un plat de lentilles à la mafia bancaire mondiale... et aux funérailles duquel l’Empire était absent, se sera donné les moyens de remporter de nombreuses victoires contre la rapacité des classes dirigeantes de son pays ; classes soutenues par une Oligarchie mondiale sans scrupules, celle-là même auquelle nos soi-disant chefs d’Etat ont, au quotidien, des comptes à rendre…

Et si Chavez aura été des années durant la mauvaise conscience de tous les gouvernements dits « de gauche » ou plus modestement, progressistes - gouvernements et chefs d’Etat marionnettes qui n’ont pas cesser de trahir chacun de leurs engagements, baissant les bras devant les puissances d’argent et le chantage au chaos -,…

A contrario, Mandela aura été, est et restera sans aucun doute la bonne conscience de ces mêmes serviteurs de cette Oligarchie ! Car, il faut voir et entendre comment tous s’y précipitent, s’y frottent, s’y collent - s’y vautrent ? -, dans cet hommage unanime… sans doute dans l’espoir d’en sortir un peu moins sales !

De là à penser que Mandela laverait plus blanc...

Devra-t-on désormais craindre qu’ils ne finissent tous par s’essuyer les pieds sur cette figure maintenant tutélaire quand la boue qu’ils trainent sous leurs souliers pèsera, tel un boulet, son poids de servitude et de turpitudes criminelles sur le dos des Peuples ?


Mais alors… que tous ces tartuffes se retirent et qu’on laisse le petit Peuple d’Afrique du Sud célébrer et commémorer Nelson Mandela que l’on se gardera bien de s’approprier car il leur revient à lui seul, lui à qui on ne pourra certainement pas raconter des histoires… de l'enterrer, ainsi qu'à tous les Peuples en quête de justice et de liberté. Et à ce sujet on aura une pensée pour le Peuple palestinien. Et l’on sera bien les seuls, assurément.


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1 - Israël enverra-t-il un représentant et lequel ? Il nous tarde d'assister à cette tartufferie d'une obscénité et d'un cynisme inqualifiables et la confirmation de toutes nos assertions définitivement irréfutables.


2 - de Mandela et d'un de Klerk, dernier président blanc de l'Afrique du Sud, qui des deux aura été le plus pragmatique ou le plus fragile ou le moins résolu ?

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