La phrase

Les événements n'ont pas d'intérêt en eux-mêmes, mais ils sont comme réverbérés par l'imaginaire et la rêverie. Par la manière dont on les a rêvés, dont parfois on les a mélangés et amalgamés, on a mis sur eux une sorte de phosphorescence, ils sont métamorphosés. En écrivant ainsi, j'ai l'impression d'être plus proche de moi-même que si j'écrivais d'un simple point de vue autobiographique.

Patrick Modiano, prix Nobel de littérature 2014, Télérama, le 4 octobre 2014

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Dossier – Georges Bataille, la perte en héritage
[vendredi 21 décembre 2012 - 09:00]

Laissons Michel Foucault introduire : “On le sait aujourd’hui : Bataille est un des écrivains les plus importants de son siècle. […] Nous devons à Bataille une grande part du moment où nous sommes ; mais ce qui reste à faire, à penser et à dire, cela sans doute lui est dû encore, et le sera longtemps. Son œuvre grandira.” En 1970 – au moment où sont écrites ces lignes –, Georges Bataille est mort depuis huit ans. Cette année, cela fait cinquante ans : qu’en est-il du moment où nous sommes ?

On ne compte plus le nombre de travaux universitaires sur Georges Bataille, les hommages, les références, les critiques aussi. Son œuvre a scandalisé, scandalise toujours – non pas nécessairement dans ce que son œuvre a de délibérément obscène, mais en ce qu’elle suscite incompréhension, gêne, vénération parfois. De quelque bout qu’on la prenne, c’est toujours son excès qui scandalise, et la transgression qu’elle opère dans les champs du savoir : empruntant ostensiblement le langage de la religion ou celui de la philosophie pour le retourner contre elles, pour les faire entrer dans un jeu – ni plus ni moins celui de la pensée et de l’écriture.

Il nous faudra ici nous excuser : nous publions ce dossier dans une rubrique littéraire, or Georges Bataille ne fut pas seulement écrivain. Écrivain, certes, mais du côté de la littérature ? de la philosophie ? Mais aussi de l’anthropologie, de la religion, de la sociologie, etc. Jamais professionnel – le manque de sérieux est aussi un critère essentiel.

Nonfiction a donc décidé de lire quelques-uns des ouvrages qui ont paru (et reparu) cette année, s’intéressant à Georges Bataille. Le but est de donner un bref état des lieux de la lecture (parfois difficile et technique) de l’œuvre de Bataille autant dans le champ littéraire, philosophique ou politique, etc. Aussi l’entretien que Michel Surya a accordé à Nonfiction permet de revenir sur la postérité de Bataille, mais également de porter un regard particulier sur lui.

 

Au sommaire

Georges Bataille, la mort à l’œuvre, par Thibaud Coste

Sainteté de Bataille, par Thibaud Coste

Le Pur Bonheur, par Thierry Paquot

Dans l’œil de Georges Bataille (dossier spécial de La Revue des deux mondes), par Vincent Rappeneau

Les Cahiers Bataille n° 1, par Thibaud Coste

L’Alléluiah. Le Catéchisme de Dianus de Georges Bataille, par Erika Martelli

“Impasse et impossible : politique(s) de Bataille”, entretien avec Michel Surya autour de son nouvel essai Sainteté de Bataille

 

À lire également

Georges Bataille, La Souveraineté, Lignes, 2012
Florence Charrier, Le Procès de l’excès chez Queneau et Bataille, L’Harmattan, 2012
Jean-Louis Cornille, Les Récits de Georges Bataille. Empreinte de Raymond Roussel, L’Harmattan, 2012
Michel Foucault, Préface à la transgression, Lignes, 2012
Jean-François Louette, Chiens de plume. Du cynisme dans la littérature française du XXe siècle, Honoré Champion, 2011
Claire Lozier, De l’abject et du sublime. Georges Bataille, Jean Genet, Samuel Beckett, Peter Lang, 2012
Cédric Mong-Hy, Bataille cosmique. Georges Bataille. Du système de la nature à la nature de la culture, Lignes, 2012
Jacques Patry, L’Interdit, la transgression. Georges Bataille et nous, Presses de l’université de Laval, 2012

 

Dossier coordonné par Thibaud Coste et supervisé par Alexandre Maujean

 

Thibaud COSTE
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