La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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La double crise contemporaine
[mercredi 31 octobre 2012 - 09:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
La crise sans fin. Essai sur l'expérience moderne du temps
Éditeur : Seuil
208 pages
Résumé : Une approche philosophique de la crise comme phénomène indispensable à l'évolution humaine.
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Autre conséquence de ce changement de paradigme, "le passé n'éclairant plus l'avenir, c'est à l'avenir qu'il revient de justifier le présent." Quelle que soit la conception du temps, la crise reste un moment où de nouvelles alternatives s'élaborent pour répondre à un problème nouveau auquel les solutions passées n'ont plus de réponse. La fonction critique du temps reste donc la même, mais l'Homme n'en a plus la même perception. Lui qui considérait son "pouvoir-agir" comme illimité a remplacé le "principe d'espérance" d'Ernst Bloch par le "principe de responsabilité" d'Hans Jonas. Le développement effréné technique et technocratique pour répondre aux questions soulevées par la modernité suscite de nouvelles interrogations. C'est pourquoi l'auteure parle du progrès comme du "créateur de sa propre contrainte". La démocratie est elle aussi tombée dans ce piège en passant d'une dynamique de construction à la peur de la destruction de ses acquis. La recherche de sécurité et sa prégnance dans les discours politiques est un des symptômes de ce renversement.

"Heuristique de la peur"

Ce changement s'est opéré autour d'évènements historiques inédits, qui "ont introduit l'idée que l'humanité future est fragile et périssable". Totalitarisme, catastrophes naturelles et industrielles, les raisons de ce revirement sont nombreuses. A partir de cette crainte, l'Homme a forgé une nouvelle dynamique: la peur ne doit pas être irrationnelle et incontrôlable, elle doit être calculée et mesurée afin d'orienter le progrès, donner un sens à l'Histoire grâce à "l'heuristique de la peur" dont parle Hans Jonas. Les sociétés contemporaines versent dans le calcul du risque, ce n'est plus la croyance en un avenir meilleur mais la volonté d'échapper au pire qui meut les hommes à travers le temps. Et plus nous cherchons à limiter ces risques, plus les solutions qui s'offrent à nous se multiplient, et se décrédibilisent et se contredisent. La politique constitue la partie émergée de ce phénomène, elle qui ne peut plus que répondre aux problèmes sans jamais initier de dynamique.

Ces réponses sont "circonstancielles, dûes à des pressions extérieures, au nombre desquelles il faut évidemment compter celles qui, émanant des médias, entendent transformer chaque décision en nouvelle de dernière heure. La distorsion croissante entre le temps long de la politique délibérative et le temps court de la politique décisionnelle creuse encore le paradoxe pusqu'il faut décider de plus en plus vite ce qui va entraîner des effets à très longue portée" .

Reste-t-il quelque chose à décider ?

Ultime preuve de l'affaiblissement de la politique face au temps, l'émergence de nouveaux courants politiques sans projet temporel - socialisme, libéralisme - loin du progressisme ou du conservatisme qui développaient une vision de l'avenir. N'y a t-il alors "plus rien à décider" du futur, comme Myriam Revault d'Allonnes semble l'affirmer ? La crise actuelle est une crise de notre savoir et de notre action face à un phénomène difficile à saisir car diffus. Elle signifie "l'indécision", l'extrême opposé de ce qu'elle a pu déclencher avec la modernité. L'impuissance est un germe profond de l'indécision. Quand Weber parle de "déshéroïsation" de la politique, il considère que bureaucratisation et démocratisation ont enlevé au système politique tout charisme, et marquent "la fin des grands récits et de leur capacité à  mobiliser des énergies collectives".

La crise est désormais double

Sans prétendre détenir une vérité unique, l'auteure esquisse une ouverture plutôt optimiste en guise de conclusion de son essai. Elle réaffirme la force motrice de la crise, dont "la force contraignante porte à élaborer une autre compréhension de la réalité, à abandonner la recherche du dénouement pour envisager son pouvoir de questionnement". La crise est désormais double. Il s'agit maintenant pour l'Homme de résoudre l'état critique d'impuissance dans lequel il s'est lui-même placé, en remettant la science et le progrès à son service. Vaincre la crise d'un "projet originairement enraciné dans le monde concret" qui s'est peu à peu réduit au "seul savoir mathématico-physique". En écrivant cet essai, Myriam Revault d'Allonnes fait preuve d'humilité en replaçant la philosophie au plus près des questions sur le sens de l'existence humaine. Elle intègre dans son discours construit sur un rationalisme philosophique les critiques qu'elle adresse au monde contemporain. La démarche entretient le questionnement permanent du philosophe, sur le monde et sur sa discipline.

 

Barthélémy GAILLARD
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Titre du livre : La crise sans fin. Essai sur l'expérience moderne du temps
Auteur : Myriam Revault d'Allonnes
Éditeur : Seuil
Collection : La couleur des idées
Date de publication : 28/08/12
N° ISBN : 2021054047
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2 commentaires

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DELB

30/10/12 14:55
La vie ne doit pas être marrante pour ceux qui s'arrêtent à un "n" manquant. J'ai trouvé cet article bien construit et intéressant. Merci à l'auteur.
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Barthélemy Guayart

29/10/12 23:51
Sans doute pas facile de lire un bouquin de philo quand on n'est pas même capable d'en recopier le nom de l'auteur sans erreur (quatre fois !).
Encore bravo.

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