Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

Le plus étonnant dans le livre de Christian Godin tient à l’absence totale d’argumentation de la thèse centrale d’une haine pour ainsi dire congénitale de la nature. Rien ne justifie l’adoption d’une perspective métapsychologique sur la crise environnementale, dont on ne voit pas quelle lumière elle est censée apporter à l’élucidation des phénomènes qu’elle examine. Pourquoi parler de haine de la nature plutôt que de "désintérêt complet", de "négligence", de "faiblesse" – ce que l’auteur fait aussi, de manière assez contradictoire ? L’auteur a bien conscience que cette qualification est abusive, et il s’efforce de s’en expliquer en une sorte de plaidoyer pro domo dont on admirera l’inefficacité : "Haine de la nature : le titre est un peu fort, se dira-t-on. En fait, personne ne hait la nature. (…) A cette objection, nous répondrons que la haine n’est pas forcément consciente (…). Ensuite, que la haine n’est pas forcément pathétique" . Qu’est-ce qu’une haine qui n’est pas reconnue comme telle par celui qu’elle est censée animer et qui, en outre, ne partage aucun des caractères constitutifs des passions humaines ? Pourquoi cette catégorie descriptive s’impose-t-elle à l’analyse ? Le recours à l’inconscient n’est-il pas, en l’occurrence, une échappatoire bien trop commode permettant de faire l’économie de toute argumentation (d'autant plus que la référence à Freud est, là encore, très allusive, et ne s'accompagne d'aucune analyse précise) ?
La déception du lecteur s’aggrave encore (si la chose est possible) lorsqu’il cherche à savoir ce que Christian Godin oppose à cette soi-disant haine de la nature : que signifie aimer la nature ? quelles attitudes conviendrait-il d’adopter pour ne pas entrer à notre tour dans cette conspiration multiséculaire ? Aimer la nature, déclare l’auteur, c’est l’aimer pour elle-même, non pas aimer ce qui dans la nature fait sens et ce qui a valeur pour nous, mais l’aimer telle qu’elle est en elle-même, en la laissant être ce qu’elle est sans l’annexer à nos projets, en apprenant à l’habiter, c’est-à-dire à se tenir en elle sans vis-à-vis, en la considérant comme un berceau, une source, une maison, une tombe. Aimer la nature, c’est la respecter, en tant que "le respect est le sentiment éprouvé de la valeur inaliénable d’un être dont nous reconnaissons l’éminente dignité" . Proposition qui n’a rien d’absurde, au premier regard, et qui pourrait entrer en consonance avec celles que défendent certains théoriciens d’éthique environnementale, certains partisans de la deep ecology, voire Heidegger lui-même.
Le problème est que, sitôt énoncée, cette proposition est détournée de son sens, ou du moins considérablement affaiblie, en vertu d’une conception anthropocentrique dudit respect de la nature. Car ce qui justifie ultimement l’extension du respect au-delà de la sphère personnelle, selon l’auteur, ce n’est pas tant la valeur en soi, la valeur inaliénable de la nature, que le témoignage de la présence de l’homme et de son génie dans la nature – à la manière, dit l’auteur, dont nous respectons une œuvre d’art, non pas pour elle-même, mais parce qu’elle manifeste ce que le génie humain peut produire de meilleur. "Dans la mesure où le travail millénaire de l’homme a métamorphosé la nature en environnement (…), nous sommes légitimés à la considérer comme une œuvre, et, à ce titre, à lui témoigner notre respect" . Ce qui, à terme, est exactement le contraire d’une position réclamant le respect de la nature pour elle-même – d’une nature que nous sommes censés laisser-être telle qu’elle est en elle-même, indépendamment de toute perspective d’utilité pour nous.
La proposition ouvertement anthropocentrique avancée par Christian Godin est contradictoirement de la même nature que celle qu’il n’a cessé de dénoncer tout au long de son essai, elle est en tous points compatible avec celle qu’il attribue au capitalisme "barbare" qui, selon lui, fait de la richesse matérielle la seule richesse et se montre incapable de soupçonner l’existence d’une richesse transcendant la sphère des besoins et des désirs et de leur satisfaction . A aucun moment l’auteur ne parvient à voir dans l’environnement autre chose que "le cadre et la condition de vie indépassables de l’existence humaine", à aucun moment il ne parvient à fonder des devoirs envers la nature autrement qu’en invoquant "la solidarité humaine s’étendant à l’ensemble de l’humanité dans le présent et aux générations futures" . L’entreprise d’élucidation des causes profondes de la crise environnementale échoue sur les rives d’un anthropocentrisme on ne peut plus conventionnel dont elle ne se sera en fait jamais éloignée
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S.S.