La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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La haine de la nature : un chemin qui ne mène nulle part
[jeudi 01 novembre 2012 - 09:00]
Environnement et développement durable
Couverture ouvrage
La haine de la nature
Éditeur : Champ Vallon
224 pages / 19 € sur
Résumé : Un essai visant à penser les causes profondes de la crise environnementale contemporaine, qui passe malheureusement à côté de son sujet.
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Et il en va de même de l’artificialisation croissante de la nature, de l’ingénierie génétique, de la fécondation in vitro, de l’"artialisation" des corps (entendez : les opérations de chirurgie esthétique, les piercings, les tatouages, etc.), de la médicalisation de la vie, du culte de la minceur, de la mode de l’épilation intégrale, de la recherche du dépassement des conditions biologiques actuelles (ce que l’on appelle le "transhumanisme"), etc., etc., ad nauseam .

Si les manifestations de cette haine de la nature se sont faites de plus en plus visibles de nos jours, il faut bien voir, nous assure l’auteur, que ses racines sont anciennes : le Christianisme porte une lourde responsabilité en cette affaire dans la mesure où la nature est censée y être conçue comme dénuée de toute valeur, "péché et souffrance parce que matière"  . Mais la philosophie de l’ego, la promotion de l’auteur, la pratique des confessions, le prométhéisme technologique, le Moi fichtéeen, l’hybris caractéristique de l’humanité, l’arraisonnement de la nature, la science agressive, etc., ne sont évidemment pas en reste. Ici encore, rien ne résiste au moulinet de la dénonciation de la haine de la nature : la liste des coupables est en droit illimitée.

Il serait aisé de répondre à Christian Godin sur le terrain des analyses historiques et philosophiques qu’il avance et où, c’est le moins que l’on puisse dire, il ne s’embarrasse guère de nuances et de subtilités. L’opposition suggérée entre le rapport oriental et le rapport occidental à la nature, aux termes de laquelle "L’Orient s’absorbe dans la nature, [tandis que] l’Occident absorbe la nature" , est par trop schématique (et bien trop soucieuse de faire un bon mot) pour présenter le moindre intérêt heuristique. L’idée selon laquelle les Anciens ont éprouvé des sentiments pour la nature dont nous ignorons tout ; l’idée selon laquelle le romantisme et son culte de la nature n’ont été qu’une brève parenthèse dans l’histoire de l’humanité ; l’idée selon laquelle nos romanciers modernes, nos peintres, nos cinéastes, nos chansonniers, nos philosophes, etc., non seulement ignorent systématiquement la nature mais légitiment et cultivent la détestation de la nature ; l’idée selon laquelle la science-fiction contribue au rejet haineux et méprisant de la nature, et tant d’autres idées de même farine, apparaissent si évidemment fausses, si peu attentives à la diversité des phénomènes qu’elles prétendent décrire, si caricaturales enfin, qu’on peine à croire qu’elles soient réellement imprimées noir sur blanc, et non pas attrapées au vol, sous la forme de ces brèves de comptoir que l’on avale tant bien que mal entre deux gorgées de bière et quelques cacahuètes.

A quoi renvoie l’opposition entre la nature conçue comme "espace de rêve" et la nature conçue comme "champ d’action"   ? Pourquoi ces deux approches de la nature devraient-elles être exclusives l’une de l’autre ? Quand pareil partage a-t-il jamais eu valeur disjonctive dans l’histoire de l’humanité ? Suffit-il d’opposer l’approche "contemplative" privilégiée par les savants de l’Antiquité à l’"arraisonnement" de la nature par les Modernes pour produire la moindre intelligibilité sur les conditions de constitution de la science  ? Quel lecteur un peu attentif oserait dire qu’"il n’y a pas d’idée de Nature chez Platon"  , que la philosophie morale de Kant repose "sur un rejet radical de toute naturalité" , que Hegel (véritable tête de Turc, si l’on ose dire, de Christian Godin dans ce livre) est animé par un "mépris constant de la nature"  – lui qui reprochait précisément au judaïsme de concevoir "la totalité du monde comme monde purement et simplement opposé", où tout n’est que "matière sans amour ni droit, quelque chose de damné qui, sitôt que la force existe, est traité de sorte qu’il soit remis à sa place, pour peu qu’il esquisse un mouvement de révolte", une nature conçue comme "quelque chose d’infini, vide et sans contenu, sans vie, pas même mort, bref un néant, (…) quelque chose de fabriqué et non pas un être, qui ne reçoit aucune vie, aucun droit, aucun amour" , à quoi il opposait le projet d’une philosophie qui cesserait de malmener la nature, de dénier ses droits, et qui s’emploierait à montrer comment la raison se forme elle-même dans la nature ?           

Les auteurs qui échappent miraculeusement à l’accusation d’avoir rendu théoriquement possible la mise à sac de la nature, et qui par là même se soustraient à l’inculpation de haute trahison contre les intérêts à long terme de l’humanité, ne sont en fait guère mieux traités. Qu’il s’agisse de Hans Jonas, de Michel Serres, d’André Gorz, d'Arne Naess, de Bryan Norton ou du courant entier d’éthique environnementale, la référence à ces derniers ne dépasse jamais le niveau de la simple allusion, et l’on observe tristement de quelle façon un système entier de pensée est ramené à un slogan (la responsabilité envers les générations futures, le contrat naturel, la valeur intrinsèque de la nature, etc.), ce qui ne va évidemment pas, une fois de plus, sans caricatures.

Hicham-Stéphane AFEISSA
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Titre du livre : La haine de la nature
Auteur : Christian Godin
Éditeur : Champ Vallon
Collection : L'esprit libre
Date de publication : 27/10/12
N° ISBN : 9782876736184
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1 commentaire

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S.S.

23/04/13 02:23
Si la haine de la nature est inconsciente chez ceux qui la manifestent, alors il ne s'agit pas d'une "soi-disant haine de la nature" !! Cette expression signifierait que la haine dit elle-même qu'elle est une haine. Il faut donc parler d'une "prétendue haine de la nature".

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