La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Pousse-toi de là que j’m’y mette !
[lundi 29 octobre 2012 - 09:30]
Ethique
Couverture ouvrage
Se mettre à la place d'autrui : L'imagination morale
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
206 pages
Résumé : On ne délogera personne ici, bien qu’on se mette à la place d’autrui. Il faut lire Se mettre à la place d’autrui de Solange Chavel pour mieux voir et mouvoir.
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Littérature et philosophie morale

L’auteure poursuit son analyse quasi photographique du jugement moral en explorant les conditions de possibilité d’une maîtrise visuelle d’une situation à travers les notions de sympathie et d’empathie. Et c’est aussi la littérature qui fournit un terrain d’expérimentation privilégié pour l’imagination morale. S. Chavel inscrit là sa réflexion dans les pas des recherches de la philosophe américaine Martha Nussbaum qui rapproche littérature et philosophie morale et explore l’apport cognitif et évaluatif des émotions .

Loin de considérer que la littérature ne fasse rien connaître, il s’agira de montrer que la lecture est un exercice intellectuel de multiplication des points de vue et de mise à la place d’autrui. Lire stimule notre imagination. Cela était déjà connu. Mais lire nous rend-il meilleur ? La question est plutôt celle des capacités à l’œuvre dans la lecture : "Lire mettrait en œuvre ces capacités d’empathie et d’imagination qui sont au cœur du jugement moral", puisque lire nous apprend "ce que cela fait d’être tel ou tel" .

S. Chavel donne l’exemple, pour le discuter, de John M. Coetzee pour qui la distanciation que permet la fiction sert à l’ "amélioration morale du caractère" . Dans un essai sur le Journal de Robert Musil, Coetzee montre que Musil réussit à surmonter son propre sentiment de jalousie à l’égard de sa compagne par l’usage de la fiction. C’est l’écriture d’une nouvelle traitant de la jalousie qui fait office d’"outil pour se transformer moralement". Chavel réinterprète cet épisode en notant que l’usage de la fiction permet une résolution d’un problème moral : je sais qu’il n’est pas bien de se comporter de telle manière, mais dans ce cas-ci, je ne sais quelle autre attitude adopter : "Le point de départ est que Musil est jaloux, sait ce qui est bon ou en tout cas approuve un idéal moral particulier, mais est incapable de modifier son comportement moral conformément à cela. […] Ce que la nouvelle permet, c’est précisément de trouver cette figure concrète : écrire la nouvelle est un moyen de construire un personnage concret et individualisé qui trouve peu à peu son chemin hors de la difficulté morale. […] À travers la fiction, Musil invente une manière de se conduire concrètement."

On comprend donc que Musil, en tant qu’écrivain, a réussi à détourner son attention de sa jalousie en changeant sa manière de l’appréhender. Sa jalousie et sa souffrance (la jalousie fait mal et là est sans doute le point de départ de la tentative d’y échapper) sont devenues les matières premières de son travail d’écriture. Mais que peut faire celui qui n’écrit pas ? Sans doute lire, ou aller au cinéma, voir chez les autres ce sentiment qui heurte en soi. La distanciation par la fiction dont il s’agit ici relève de la catharsis. Rien de nouveau sous le soleil : on connaissait déjà cette méthode pour apaiser ses souffrances morales. Toutefois, le propos de Chavel est, là, plus habile. Il consiste à montrer l’importance d’avoir de l’imagination pour se sortir de difficultés morales. Qui a de l’imagination saura inventer une nouvelle porte de sortie des conflits, chaque fois différents, dans lesquels il est pris.

Mais, objectera-t-on, encore faut-il avoir l’imagination d’imaginer autre chose. Nous autres mortels sommes bien plus souvent empêtrés dans nos sentiments que capables dans ces moments précis d’imaginer une porte de sortie. Cela dit, qui souffre de jalousie imaginera plutôt la mort de qui la cause ou bien une vengeance, un donné pour un rendu en somme. Si S. Chavel ne défend pas la littérature (et la fiction) comme pourvoyeuse de sens moral, on retrouve, tout de même, dans son analyse de la littérature comme apprentissage de la perception morale, la vieille question de la possibilité d’enseigner la vertu, posée en filigrane et selon l’angle du point de vue. Et l’on pourrait apercevoir dans sa recherche une tentative de poser une méthode pour le bon jugement moral.

Enfin, malgré l’aspect inventaire du propos général, ce livre a le mérite de présenter une réflexion sur nos comportements et nos intellections en matière de morale à partir de philosophes notamment contemporains d’outre-Manche et d’outre-Atlantique. Quant à savoir pourquoi nous cherchons à nous améliorer moralement, que chacun se sente libre de donner son point de vue.

 

Sophie BURDET
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Titre du livre : Se mettre à la place d'autrui : L'imagination morale
Auteur : Solange Chavel
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
Collection : Essais
Date de publication : 05/01/12
N° ISBN : 2753514747
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