Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
La façon même dont la problématique centrale du séminaire est mise en place indique assez nettement le lien qui existe dans l’esprit de Derrida entre le thème de la peine de mort et le thème de l’animalité auquel il consacrera le dernier séminaire de sa carrière d’enseignant : en effet, il en va ici et là fondamentalement d’une déconstruction du propre de l’homme. Au détour de la première séance du 8 décembre 1999, Derrida en fait l’aveu, en livrant ainsi, nous semble-t-il, l’un des fils conducteurs de la réflexion qu’il s’apprête à développer : "La déconstruction", déclare-t-il, "est peut-être toujours, ultimement, à travers la déconstruction du carno-phallogocentrisme, la déconstruction de cet échafaudage historique de la peine de mort, de l’histoire de cet échafaud ou de l’histoire comme échafaudage de cet échafaud. La déconstruction (…) est peut-être (…) la déconstruction de la peine de mort, de l’échafaudage logocentrique, logo-nomocentrique, dans laquelle la peine de mort est inscrite ou prescrite" . ?
Sans prétendre réduire tout le séminaire à la seule question de l’animalité, il nous paraît toutefois que c’est elle qui structure en profondeur et oriente le déroulement de nombreuses séances, permettant par là même au lecteur de percevoir la cohérence d’un propos qui s’organise de manière bien plus méthodique qu’il ne pourrait sembler. C’est ainsi parce qu’il en va de la déconstruction du propre de l’homme qu’il importe de déconstruire la distinction sur laquelle repose le discours militant en faveur de la peine de mort entre diverses manières de mourir – celle propre à l’homme, et celle propre à l’animal. C’est parce qu’il en va de la déconstruction du propre de l’homme qu’il importe de déconstruire le discours abolitionniste qui fait valoir le principe de l’inviolabilité de la vie humaine – de la vie humaine, et non pas du vivant en général, la frontière passant non pas entre la vie et son contraire, mais entre la vie humaine et son autre. C’est parce qu’il en va de la déconstruction du propre de l’homme qu’il importe de déconstruire le thème décisif du sacrifice – dans la mesure où le philosophème classique de toutes les grandes philosophies du droit favorables à la peine de mort est qu'un droit qui renoncerait à inscrire en lui la peine de mort ne serait pas un droit, ne serait pas un droit humain, ne serait pas un droit digne de la dignité humaine, l’idée même de droit impliquant que quelque chose vaut plus que la vie, que la vie doit ne pas être sacrée comme telle, qu’elle doit pouvoir être sacrifiée.
Une fois encore, en l’état, le premier volume du séminaire, aussi riche qu’il puisse être, ne fournit pas assez d’éléments pour comprendre de quelle manière Derrida entend déconstruire un tel discours. Paradoxalement, c’est peut-être le discours abolitionniste qui souffre le plus de sa critique déconstructrice, ainsi que Derrida semble le reconnaître bien malgré lui, et en dépit de toutes les sympathies qu’il a pour la cause abolitionniste. Mais c’est que l’abolition universelle de la peine de mort que Derrida appelle de ses vœux est elle aussi toute paradoxale. En effet, dans les dernières minutes de l’ultime séance de son séminaire, Derrida déclare de manière assez mystérieuse (mais précieuse à nos yeux en ce qu’elle fait explicitement le lien entre l’abolition de la peine de mort et l’abolition de toute alimentation carnée) que "sans savoir où va ce séminaire, on peut présumer qu’il sera toujours aussi vain de conclure de l’abolition universelle de la peine de mort, si elle advient un jour, à la fin effective de toute peine de mort, aussi vain que de croire que le végétarien s’abstient effectivement de manger, réellement ou symboliquement, de la chair vivante, voire de participer à tout cannibalisme" . Et de poursuivre : "Le cannibalisme et la nourriture carnivore survivront toujours à la fin littérale des sacrifices humains ou au végétarisme, comme le crime et comme la peine de mort survivront toujours à la suppression de la peine de mort. (…) N’ayons aucune illusion à ce sujet, même quand elle sera abolie, la peine de mort survivra, elle aura d’autres vies devant elle, et d’autres vies à se mettre sous la dent" ![]()
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empédocle