Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

Néanmoins, on peut mettre au crédit de l’auteur le rappel qu’il faut absolument lire le dossier de l’affaire (souvent plusieurs centaines de pages transmises à l’expert) avant de faire une expertise. Certes, cela semble évident, mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas car cela prend quelques heures pour dépouiller les documents… Il semblerait aussi que la rémunération en soit pas assez attractive... D’où la nécessité de l’auteur de le réaffirmer. Second élément : il ne faut pas attendre passivement des révélations par le mis en examen qui ne parlera peut-être pas d’évènements délicats de sa vie, de conduites étonnantes, ou d’évènements intrapsychiques curieux, mais il faut aller chercher les informations pendant l’entretien en menant un questionnement méthodique et orienté par l’étude préalable du dossier. Là encore, c’est une évidence, une expertise n'est pas une séance de psychanalyse carricaturale avec seulement un "bonjour" au début de séance et un "au revoir" un quart d'heure plus tard. Evident, certes, mais il est nécessaire pour l’auteur de le rappeler, ce qui est une indication sur certaines pratiques pour qu'un tel expert, vice-président du Conseil National des Compagnies d’Experts de Justice, ait jugé utile de le rappeler. Cet ouvrage contribuera peut-être ainsi à éviter que, pour les affaires de monsieur Toulemonde, l’expertise soit faite en vingt minutes avec un rapport de dix lignes qui fait à peine référence aux éléments du dossier car à peine lu.
En conclusion, ce livre ne nous enseigne rien de nouveau sur le diagnostic psychiatrique dans le cadre pré-sentenciel des mis en examen et post-sentenciel des affaires criminelles. La question récurrente du livre est celle de l’article 122-1 du Code Pénal : est-il ou est-elle responsable ou non, accessible ou non à une sanction pénale ? En d’autres termes : prison ou UMD (Unité pour Malade Difficile) ?
On regrette que l’expérience de l’expertise psychiatrique de l’auteur, certainement très riche, ne mène pas à la rédaction d’un ouvrage moins sensationnel et davantage clinique. Malheureusement, la direction prise par l’auteur est celle du récit d’affaires médiatiques dans un style proche de celui de certains animateurs de télévision qui racontent avec une voix chaleureuse des histoires, lesquelles sont ici des histoires terribles. La mise en page est plutôt aérée pour nous permettre de dépasser les deux cent pages sans avoir eu l’impression de trop peiner.
Bien involontairement, ce livre ravive en creux une autre question qui est celle de la nature et de la fonction de l’expertise médico-judiciaire. En France, elle est bien souvent médicale, et seulement psychiatrique, pour répondre à la question "coupable ou malade ?". Dans d'autres pays, l'expertise est criminologique et non seulement psychiatrique pour les affaires criminelles, comme pour les affaires qui nous sont présentées ici![]()
* Lire aussi sur nonfiction.fr :
- "L'expertise psychiatrique", la recension de l'ouvrage de Jean-Claude Archambault, L'expertise psychiatrique : face à la dangerosité et la récidive des criminels, par Elen Le Mée
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ELM