La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Le Programme commun, 40 ans après
[lundi 15 octobre 2012 - 09:00]
Histoire
Couverture ouvrage
L'union sans unité. Le programme commun de la gauche 1963-1978
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
307 pages / 18.05 € sur
Résumé : Les actes d'un colloque important qui a rassemblé chercheurs et témoins de l'union de la gauche, de sa genèse jusqu'à sa rupture.
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Malgré d'importants succès électoraux (en particulier aux municipales de 1977), surtout à l'avantage du PS, c'est en définitive la demande d'"actualisation" du Programme commun de la part des communistes puis la rupture de l'union, annoncée de manière surprenante par le radical Robert Fabre le 16 septembre 1978, qui vont sonner le glas de cette séquence importante de l'histoire de la gauche en France.

L'ouvrage revient largement sur la rupture du Programme commun et laisse en particulier la parole aux témoins de l'époque : Charles Fiterman, Lionel Jospin et  Roger-Gérard Schwartzenberg. Les propos recueillis lors de cette table ronde permettent d'appréhender les importantes divergences stratégiques entre les différentes forces politiques dès la fin de l'élection présidentielle de 1974, durant laquelle le candidat unique François Mitterrand avait échoué de peu à devenir le premier président de la République de gauche sous la Ve République. Au-delà de l'aggiornamento logique engendré par la défaite, les communistes ont tôt fait de faire valoir l'importance prépondérante qu'avaient pris les socialistes depuis 1972 dans une alliance qui, à l'inverse, apportait peu au PCF (dont l'absence d'un candidat issu de ses rangs à la principale élection nationale a été mal ressentie en interne, notamment par Georges Marchais).

Surtout, dès octobre 1974, le bureau politique du PCF, après des élections législatives partielles marquées par une hausse sensible des candidats socialistes au détriment des communistes, diffuse une déclaration qui, selon les mots de Lionel Jospin , "ouvre une controverse qui se poursuivra jusqu'en 1978"   ; selon les communistes, "l'union est devenue un combat" et cela "est un acte unilatéral de la direction du PCF qui vise ses partenaires mais n'épargne pas non plus le programme commun en tant que document auquel il est reproché d'avoir créé des illusions dans les mouvements populaires" .

Au vu de ce que l'état-major du PCF considère comme un virage vers le centre du PS (et, a fortiori, du MRG), un véritable retournement stratégique s’opère alors, afin de remettre en cause le leadership au sein de l'union de la gauche. La demande d’actualisation du Programme commun par le PCF est ainsi vue alors par le PS comme un prétexte à une remise en cause d'une alliance qui ne rapporte pas assez aux communistes – ce que les élections municipales de 1977 et législatives de 1978 achèveront de démontrer. Malgré les négociations menées entre le PCF, le PS et le MRG du 31 mai au 28 juillet 1977, il subsistait des divergences de fond sur le champ sur des nationalisations – le PS voulant les réduire au secteur bancaire et le PCF cherchant à les étendre à de larges pans de l'industrie – ainsi que sur le fonctionnement des institutions et la question de la défense européenne en particulier. Après les législatives de 1978, la rupture sera largement consommée, à l'initiative des radicaux et des communistes. 

"On ne sort de l’ambiguïté qu'à son propre détriment"...Cet adage, prêté au Cardinal de Retz et cher à François Mitterrand, illustre bien les raisons de la rupture de la plus importante alliance politique de la gauche sous la Ve République. Néanmoins, les divergences profondes puis la rupture du Programme commun n'empêcheront pas la constitution d'un gouvernement d'union dès 1981 (après les législatives faisant suite à l'élection de François Mitterrand), qui durera jusqu'au départ des ministres communistes en 1984. Durant cette période de trois années sera d'ailleurs mis en œuvre un important programme de nationalisations qui, pour une part, était présent dans le texte du Programme commun signé en 1972. Plus tard, la nouvelle participation des ministres communistes au gouvernement de la "gauche plurielle" de Lionel Jospin (1997-2002) montrera combien l'héritage du Programme commun (1972-1978) fut particulièrement décisif pour la vie politique française, dont la bipolarisation sous la Ve République oblige les forces de gauches à se rassembler électoralement, malgré des divergences programmatiques souvent prégnantes.

 

Damien AUGIAS
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Titre du livre : L'union sans unité. Le programme commun de la gauche 1963-1978
Auteur : Danielle Tartakowsky, Alain Bergounioux
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
Collection : Histoire
Date de publication : 05/07/12
N° ISBN : 2753519749
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