Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

La quatrième et dernière partie de l’ouvrage regroupe six “Études critiques” dont les thèmes sont plus ou moins éloignés, ainsi qu’un appendice final faisant office de conclusion à l’ouvrage : “Vigny philosophe”, “Vigny mystique ?”, “Les Destinées : de la fable au symbole” ; “La femme chez Vigny”, “La théâtralité dans l’œuvre de Vigny”, “Vigny à la recherche d’un nouvel humanisme”, et enfin “Au fil d’une œuvre : une interprétation”. La diversité de ces objets études rend difficile toute tentative de synthèse, cependant des traits communs dans la démarche analytique méritent d’être relevés.
En premier lieu, une grande importance accordée à la polysémie des mots et à leurs connotations variables (le terme “philosophie”, et l’adjectif “mystique”, ainsi que “fable” et “symbole”, font chacun l’objet d’une longue dissection dans des articles plutôt brefs) ; une attention qui revient à placer chaque texte dans un contexte qui lui est propre, et donc à préférer le bon sens et la prudence aux excès de la théorie. De manière plus indirecte, c’est aussi accepter l’idée que la critique littéraire n’est pas une science exacte et que la valeur de chaque texte, voire de chaque occurrence d’un même mot, relève du particulier, est fonction de multiples éléments de contexte. D’où l’extrême prudence, parfois décevante, qui caractérise les conclusions d’André Jarry au fil des chapitres : en lieu et place de résultats uniformes et facilement résumables, les études critiques présentent des conclusions fragmentées, nuancées, et soumises à conditions.
Par exemple, lorsqu’il est question des influences de Chénier et Byron sur Vigny, Jarry conclut que celles-ci sont indéniables, mais il les nuance en prenant en compte d’autres sources et d’autres points de vue que ceux communément utilisés par la critique : ainsi les influences varient selon qu’on se place du point de vue du poète, du philosophe, du moraliste, de l’homme d’armes… Le lecteur se retrouve donc face à une conclusion complexe et en demi-teinte, dont le mérite est de barrer la route aux passions et aux partis pris, mais qui, en définitive, ne semble pas apporter de nouveauté radicale à sa connaissance d’Alfred de Vigny. Dans chacune des études critiques, la complexité du poète, de son œuvre et de sa pensée, est restituée. À tel point que l’ouvrage aurait très bien pu s’intituler “Alfred de Vigny : poète, dramaturge, romancier, amant, militaire, philosophe, moraliste, etc.”, tant la diversité des points de vue considérés est importante.
Ainsi, dans l’article concernant la femme chez Vigny, on est surpris par la divergence entre le traitement des femmes par le poète, qui relève de mythologies antagonistes (tantôt pécheresse et adultère, tantôt inflexible et puissante, mais parfois victime, faible et trahie) mais s’accompagne toujours d’une sublimation, voire même parfois d’une divinisation ; et le traitement des femmes par l’homme, qui laisse explicitement paraître, à travers des morceaux de ses écrits personnels, la misogynie décomplexée et presque caricaturale d’Alfred de Vigny. Il apparaît donc que la question du rapport de Vigny aux femmes, dans son œuvre, sa pensée et sa vie, est indécidable, de même que la vérité ne se trouve ni dans les écrits personnels, ni dans les poèmes, ni dans les écrits en prose, mais dans leur mise en perspective, que celle-ci révèle des points de convergence ou d’apparentes incompatibilités. Le chapitre sur la théâtralité dans l’œuvre de Vigny montre les limites de l’analyse rationnelle et, si l’on peut dire, terre à terre, d’André Jarry. En effet, Jarry semble considérer que la théâtralité réside dans des particularités très matérielles et facilement définissables du texte : la dramatisation des dialogues, le goût pour la mise en scène, l’utilisation dans les romans et poèmes de procédés chers au théâtre (stichomythies, monologues intérieurs), etc.
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