La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

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Les multiples visages d’Alfred de Vigny
[samedi 13 octobre 2012 - 12:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Alfred de Vigny. Poète, dramaturge, romancier
Éditeur : Classiques Garnier
337 pages / 47,22 € sur
Résumé : Dans ce recueil d’articles critiques disparate, André Jarry rend leur complexité à la vie et à l’œuvre d’Alfred de Vigny, en évitant les écueils traditionnels de l’interprétation.
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La sous-partie concernant la vie amoureuse de Vigny est moins claire dans ses objectifs ; la mise en relation des turbulences des amours du poète avec le ton de ses écrits semble obéir à une logique plus superficielle que lorsqu’il s’agissait de la carrière militaire. On remarquera que la vie amoureuse de Vigny est traitée sur le même ton que le sont ses finances : le poète a longtemps dû rivaliser d’ingéniosité pour valser entre ses deux conquêtes simultanées (Julia et Maria) et son épouse, Lydia, qu’il continuait d’honorer. L’agenda tenu en 1838 permet de suivre le poète à la trace dans ses déambulations avec les trois femmes ; y sont mentionnées les sommes dépensées pour chacune d’elles au cours de sorties diverses, dont on connaît la fréquence, les dates, les lieux…

Le lecteur féru d’idéalisme en amour, nourri aux Souffrances du jeune Werther et aux Méditations poétiques, sera au mieux ennuyé, au pire écœuré par cette écrasante trivialité où affection, goût de la performance sexuelle et petites considérations financières sont étroitement associées. Quoi qu’il en soit, cet angle d’approche, sans pudeur et, pourrait-on dire, sans pitié, est représentatif de la méthode très terre à terre et pointilleuse choisie par André Jarry pour “rendre justice” à Vigny : il ne s’agit pas de donner une image aseptisée du poète, mais d’enquêter de manière précise sur les sources à disposition pour s’approcher au plus près de la vérité, aussi indécidable ou décevante soit-elle.

Rétablir la vérité au-delà de la théorie : diversité et complémentarité des matériaux et des points de vue

Dans la partie consacrée aux manuscrits (essentiellement au problème de leur datation), Jarry recoupe les résultats d’analyses très différentes avant de proposer une date plausible pour telle ou telle œuvre : les arguments biographiques sont à mettre en perspective avec des arguments formels et poétiques, dont les conclusions sont elles-mêmes à recouper avec les résultats d’une analyse graphologique, garante de scientificité. On louera également la prudence d’André Jarry lorsqu’il s’attache à rendre la complexité des influences sur Vigny de deux auteurs, bien connus du Romantisme : André Chénier, poète classique aux accents préromantiques dont le destin a été tranché par la Terreur, et Lord Byron, pionnier du Romantisme anglais et européen, dont la mort sur le champ de bataille de Missolonghi en 1824, pour l’indépendance de la Grèce, en a fait une figure mythique.

Les intentions et l’angle de vue d’André Jarry sont louables : il s’agit non pas de nier l’influence de ces deux grandes figures du Romantisme sur Alfred de Vigny, mais d’en rendre toute la complexité en considérant l’existence de plusieurs niveaux d’influence : des niveaux qu’il distingue en constatant, par exemple, une divergence entre les productions de l’homme (agendas, correspondance, écrits critiques) et celles de l’écrivain (ses poèmes en particulier) concernant Lord Byron. L’homme lui-même n’est pas le siège d’une pensée lisse et cohérente : le moraliste et l’homme d’armes, notamment, peuvent entrer en conflit, et ces courants contraires fondent l’impossibilité de conclure à l’influence totale et certaine d’un poète sur un autre. Dans ses écrits critiques, Vigny sait se départir de son admiration pour Byron en prenant du recul sur l’œuvre de celui-ci. De même, il s’oppose à son prédécesseur en matière de morale et de religion, deux principes qu’il estime trop souvent bafoués dans l’œuvre du poète anglais. Pourtant, si le moraliste se montre frileux, l’homme d’armes voue une admiration sans borne à celui qui a rendu l’âme sur le champ de bataille…

Poétiquement, en s’aidant également d’informations externes (dates des manuscrits et de publication des œuvres), Jarry ne nie pas l’influence de Byron sur Vigny, qu’il démontre à grand renfort d’exemples. Seule déception : aucune conclusion réelle n’est tirée de cette étude approfondie des influences de Vigny ; les nuances apportées aux constats émis par l’auteur semblent systématiquement s’opposer. Signe d’une grande prudence intellectuelle et du refus, louable, de la caricature ; cependant, nuancer des préjugés anciens suffit-il à les invalider ? On retiendra donc de cette partie les questionnements théoriques qu’elle soulève : l’influence peut-elle se mesurer à partir des productions de l’homme autant qu’à partir de celles du poète ? L’influence est-elle un concept simple ou multiple ? Qui, de la pensée, de la vie ou de l’œuvre, détient la “vérité” ? En somme, des questions classiques et très générales, mais qui acquièrent une pertinence particulière lorsqu’elles servent à la résolution de problématiques concrètes.

Alexandra BENSOUSSAN-SUREAU
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Titre du livre : Alfred de Vigny. Poète, dramaturge, romancier
Auteur : André Jarry
Éditeur : Classiques Garnier
Collection : Études romantiques et dix-neuviémistes
Date de publication : 09/10/12
N° ISBN : 2812401796
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