La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Petit traité politique d’asocialité
[lundi 08 octobre 2012 - 09:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Les Désarçonnés
Éditeur : Grasset
352 pages / 19 € sur
Résumé : Comment chacun peut-il être libre intérieurement et conquérir ainsi son individualité dans le monde d’aujourd’hui où pèsent de multiples contraintes personnelles et institutionnelles ?
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Est désarçonné celui qui tombe de cheval en arrière et peut mourir. Ainsi en a-t-il été du père de Georges Sand, d’Abélard, de Pétrarque, de Brantôme, de Montaigne ou encore de Roland, de La Palisse et de Lancelot. Est désarçonné celui qui se laisse tomber de haut. Dans Les Désarçonnés, le très politique septième tome de Dernier royaume, Quignard, voulant “méditer le caractère originaire de l’asocialité” oppose le désarçonnement, expérience solitaire de l’abandon et du renoncement volontaire, aux valeurs de la performance et de la vie en groupe à l’honneur dans notre société. Déplaçant les enjeux du discours de Foucault dans Il faut défendre la société  pour qui la société est régie par des relations de guerre, il analyse, par le biais de quelques souvenirs personnels, d’anecdotes, de faits historiques, d’exemples littéraires, les effets sur les individus et sur lui-même des pouvoirs et des hiérarchies propres à la société depuis la Seconde Guerre mondiale sous l’angle spécifique de la prédation qui trouve son accomplissement le plus visible dans la guerre.

Quignard prélève dans son histoire personnelle quelques faits mettant en évidence la violence des guerres et la nécessité de s’en protéger. Il rappelle l’emprise qu’ont eue, dans son enfance, les ruines consécutives au bombardement par les Anglais du port et de la ville du Havre en septembre 1944, à propos duquel il note : “Il resta plus de maisons et d’églises debout à Guernica, petite ville de Biscaye, en mai 1937, que dans le port du Havre, en 1944.” Il précise ensuite : “C’est sur cette rive que je suis né et que j’ai écrit. C’est dans cette ruine que j’ai cherché à revivre.” Il rappelle également la méfiance de sa famille, à la suite de la rafle du Vel d’Hiv, envers les institutions et les organismes d’État, la police, la RATP, la SNCF : “Cave canem. Caute. Méfie-toi. Prends garde au chien qui menace partout.” Plus intimement, il s’interroge sur son refus précoce de “manger, […] de parler, […] de répondre à la question, […] de [se] soumettre à l’ordre ou plutôt à l’intimation de l’ordre”. En bref de porter, comme le cheval, un animal domestiqué dont il admire la beauté, le “bât de la honte”.

S’il rappelle tous ces souvenirs qui l’ont marqué, c’est parce qu’ils l’ont destiné à écrire. Les Désarçonnés, une méditation sur “les restes extrêmes de la vie que menaient les hommes qui ont été déportés dans les camps de la seconde guerre”, sont pour lui-même l’activité nécessaire pour “survivre” et le moyen de se retourner : “Le mordu mord. Le tué tue.” C’est la “loi du talion”. Il devient ainsi un peu plus soi-même, un individu, c’est-à-dire celui qui se dés-assujettit, parce que la langue qui “mange les images comme les corps arrachent avec les dents et les chairs est elle-même à sa source prédatrice. C’est dans le volume l’un des enjeux de son discours. Quignard note également que c’est l’une des fonctions de toute narration de guerre dont le but est d’inscrire dans un temps historique, voire de muer en légende, victoires ou catastrophes. Tous ces exemples personnels sont donc des modalités possibles de la mise à l’écart de soi de toutes les formes d’asservissement à l’œuvre dans la société que sont, selon l’écrivain, toutes les institutions (la justice, l’armée, le pouvoir politique, la fonction publique, l’éducation).

Semblable au cerf, le “désarçonnement en personne”, toujours libre, une “insoumission”. Quignard prend ici un parti radical qu’il étaie à la lecture de l’histoire humaine sous l’angle des relations de proie à prédateur. Il rappelle que les trois étapes du développement de l’humanité – la prédation animale, la chasse, la guerre – ont en partage la violence et le goût de la curée. C’est, au demeurant, pourquoi l’homme du XXIe siècle est, à l’égal de son ancêtre préhistorique, un charognard. Quignard explique l’appartenance zoologique de chacun à partir d’une donnée biologique. Comme tous les animaux, l’homme a faim “toutes les six heures”. Cette nécessité de manger implique “l’expérience humaine fondamentale : la peur d’être mangé” à la source de la “sacralisation de la violence”, qui détermine les relations humaines. C’est pourquoi la guerre qui légalise le plaisir de tuer, est la “fête humaine par excellence”. Pour exemples, l’écrivain cite un mot du général Westermann qui, après avoir écrasé les Vendéens, a claironné sa joie d’avoir écrasé femmes, enfants et hommes. De même, la bombe Little Boy, au nom à l’ironie grinçante, a “été lancée sur les populations civiles d’Hiroshima afin d’annoncer la bonne nouvelle de l’humanisme restauré sur terre”. Ce sont aujourd’hui encore ces spectacles d’horreur et de guerre, expression de la prédation originaire, qui fascinent les hommes agglutinés devant leurs écrans.

Agnès COUSIN DE RAVEL
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Titre du livre : Les Désarçonnés
Auteur : Pascal Quignard
Éditeur : Grasset
Date de publication : 12/09/12
N° ISBN : 224680065X
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1 commentaire

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gloup

10/10/12 08:30
Merci pour votre bel article.Grâce à vous ,je crois que je vais lire le livre.

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