Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

Porté par le souffle de la colonisation, ce riche héritage savant semble avoir périclité avec elle. Un demi siècle après la fin de l’aventure coloniale, c’est avec dépit que Pierre Vermeren constate que “les historiens qui alliaient maîtrise linguistique (langues berbères ou arabes), savoir-faire en sciences sociales et compétences historiques sur l’Afrique du Nord ont peu à peu disparu du paysage universitaire français” . En tout et pour tout, il recense seulement treize historiens professionnels exerçant en France (sur un total de deux mille) actifs et susceptibles d’encadrer des recherches sur l’histoire de l’Afrique du Nord (près de la moitié étant appelés à prendre leur retraite dans les toutes prochaines années). Ce chiffre cache qui plus est une réalité beaucoup plus contrastée, dans la mesure où une bonne part de ces chercheurs concentre ses travaux sur l’objet “guerre d’Algérie”, qui constitue l’arbre cachant la forêt de la misère historiographique dans laquelle est aujourd’hui confinée le Maghreb en France. Qui plus est, la guerre d’Algérie est autant un objet d’histoire de France que d’histoire de l’Afrique du Nord. Or c’est précisément une tendance dénoncée par P. Vermeren que la propension des historiens français à ne travailler sur l’Afrique du Nord que “dans une perspective d’histoire française (colonisation, institutions, société coloniale, mémoire de la guerre en métropole, etc.)” . Ce qui lui permet de conclure que “sur le terrain du Maghreb, la carence scientifique française tient au fait que c’est moins le Maghreb qui intéresse que la France au Maghreb… ou le Maghreb en France” .
La marginalisation du facteur religieux
La perte de connaissance des sociétés nord-africaines par la science française peut aussi s’expliquer par les prismes déformant qui l’ont caractérisé. L’influence du marxisme sur plusieurs générations de chercheurs, y compris de terrain (pieds rouges et coopérants) a ainsi contribué à marginaliser le facteur religieux dans les grilles explicatives de sociétés dans lesquelles il n’a pourtant jamais cessé de jouer un rôle fondamental. “Rejettant les “vieilles lunes” des islamologues et, par voie de conséquence, les convictions et le sentiments religieux des peuples de la région, les intellectuels marxistes ont tourné le dos à la réislamisation des sociétés” . Comme l’avoua Pierre Vidal-Naquet dans un entretien de 1995, “c’est seulement après 1988, après l’octobre algérien, qu’on a commencé à réaliser ce qui se passait et à saisir le rôle de l’Islam” ). Victimes selon P. Vermeren de “myopie sur le fondamentalisme musulman” , les historiens ont ainsi peu à peu délaissé le terrain de l’étude du religieux aux politologues, comme François Burgat ou Olivier Carré, pionniers de l’étude des formes contemporaines de l’islamisme. Mais ce passage de relais aux politologues a aussi eu pour conséquence de provoquer un progressif déplacement du centre de gravité de la recherche orientaliste, le Proche-Orient et ses instituts français du Caire et de Damas devenant les principaux pôles de formation des chercheurs français désireux de se former aux réalités arabes. En conséquence, “les grilles d’analyse parisiennes de la politologie égyptienne (G. Kepel) et libanaise (Ghassan Salamé, Antoine Basbous, Antoine Sfeir) servent à décrypter les sociétés du Maghreb” , ce qui n’est évidemment sans générer de regrettables biais. Qui plus est “la monopolisation du champ des études islamiques par les politologues” se traduit par “une tendance constante à la modélisation et à la généralisation” qui heurte le sens des nuances et l’importance accordée au contexte propres à l’analyse historique.
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