Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
Le décadent tourne autour du mystère, dans un siècle qui valorise l’éclairage scientifique. Et il le trouve dans ceux du corps, de la femme et de la religion. Jean de Palacio explique le déplacement de l’intérêt du Haut du corps au Bas du corps, le ventre, comprenant le viscéral et le génésique. À partir de 1882 : “la descente, la catabase. Le Bas primant sur le Haut, l’enfer sur le paradis, les ténèbres sur la lumière” . Le mot “merde” fait une entrée fracassante et selon Bloy : “Le mot est réellement devenu la chose” . Les termes scientifiques viennent compléter la topographie corporelle qui reprend Baudelaire et le couple attraction/répulsion. Ce double phénomène est aussi à l’œuvre dans le rapport aux femmes. Les saintes décadentes sont Marie-Madeleine, Vénus, Aphrodite, ou encore la très célébrée Salomé. Ce sont des pécheresses, fatales, inatteignables. Un culte leur est rendu tant avec Gustave Moreau que Félicien Rops dans leurs liturgies propres, byzantine et symboliste. Dieu lui-même, à la suite de Renan, devient le “virginal époux”, le “divin amant”. Le culte religieux est autant spirituel qu’incarné. Le Vice suprême de Péladan, remplace le désormais ancien Lys dans la vallée. Innocence perdue et jouissance de l’extrême civilisation.
Ce livre cherche à affirmer l’existence réelle de la décadence qui conserve des contradictions entre le mot et la chose. C’est là l’enjeu du XIXe siècle au basculement dans la modernité. Depuis les tables tournantes de Victor Hugo au satanisme de la fin-de-siècle décadente, le XIXe s’étire, tourne sur l’axe du mal en inversant les pôles. À la fin du XXe, cent ans exactement après À rebours, Philippe Muray n’aurait pas renié la phrase de Huysmans “les queues de siècles se ressemblent”. Dans Le XIXe siècle à travers les âges , il prend appui sur l’image funéraire que renvoie ce siècle pour le faire démarrer non pas à la Révolution française mais à Paris en 1786, lors du transfert du cimetière des Saint-Innocents dans les catacombes. L’enfouissement du culte des morts permet le redémarrage à zéro, l’assainissement par l’oubli. Curieusement, Barrès, peu enthousiasmé par la décadence en général, confesse : “L’aventure des SAINTS INNOCENTS [ndlr : ceux de l’Ancien Testament] […] me rappelle LES DÉCADENTS que dernièrement la critique s’excitait à égorger de peur que quelque chose de grand n’en sortit“ .
Comme on n’aurait pas vu le siècle commencer par la suppression de l’innocence, on ne l’a pas vu se terminer à l’identique. Aujourd’hui, seuls quelques œuvres de la décadence sont encore lues ou étudiées. Jean de Palacio rappelle ici que cet esprit a pourtant créé des œuvres originales avant de finir brusquement, avec le siècle, dans la première guerre mondiale. Si l’on a pillé un cimetière cent ans plus tôt, Lorrain rappelle que le décadent est l’un des plus beaux spécimens de ce siècle, lui, avec son “culte des morts, qu’il pille en conscience” . Cette riche étude propose de relire de nombreux textes en l’attente d’un prochain ouvrage du même auteur, certainement aussi intéressant, ayant pour titre : Le Crépuscule des royautés dans les lettres européennes. Essai sur la décadence du droit divin. Des Esseintes en aurait été enthousiasmé, lui, qui “est à l’origine de l’inversion des signes, qui fait traduire ‘décadence’, terme péjoratif, par ‘modernité’, néologisme inventé par le Chateaubriand des Mémoires pour stigmatiser le progrès” .![]()
1 commentaire
Romain Courapied
Je me permets de vous signaler que les oeuvres de Jean Lorrain sont moins "introuvables" que celles de ses contemporains. L'excellent Monsieur de Phocas est édité en poche chez Garnier-Flammarion, et ses oeuvres complètes sont actuellement rééditées chez Coda éditeurs depuis 2007 (cependant, j'ignore si ces éditions sont ou non de qualité).
Pour les amateurs de Décadence et qui ne sont pas spécifiquement bibliophiles : on trouve facilement les oeuvres d'Octave Mirbeau, quelques ouvrages de Rachilde ont été réédités au Mercure de France, Penses-tu réussir, l'oeuvre de Jean de Tinan et Les Lauriers sont coupés d'Edouard Dujardin (inventeur du monologue intérieur) sont deux beaux exemples d'une modernité décadente tous deux disponibles en poche.
Enfin, la collection "Bibliothèque Décadente" de Séguier que vous mentionnez est vraiment excellente, les ouvrages sont abordables et assortis de préfaces très complètes et de nombreux documents.
Bien à vous,
Romain Courapied.