La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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De la décadence à la modernité dixneuviémiste
[mardi 18 septembre 2012 - 12:18]
Littérature
Couverture ouvrage
La Décadence. Le mot et la chose
Éditeur : Les Belles Lettres
341 pages / 33,73 € sur
Résumé : La définition de la décadence reste floue. Avec ce livre, Jean de Palacio lui rend justice et explique son unité et les points d’incohérence qui la caractérise.
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C’est dans ce climat de mutation, dans le clivage entre aristocratie et démocratie que les auteurs de la décadence cherchent une voie artistique. Selon Charles Morice : “Les décadents réagissaient contre la dépravation et l’appauvrissement, contre la ‘décadence’ de la langue française” . C’est là toute la complexité de la décadence, entre participation au “dixneuviémisme” et réaction à celui-ci. Sur Haraucourt : “Il avoue un retour, ce matérialiste, vers l’usage classique et spirituel de la pensée. Ce signe n’est pas indifférent ni ne manque de suranné, puisque c’est par de telles reprises aux traditions que les générations obtiennent le droit des audaces” . Et Jean de Palacio de résumer : “La décadence est dans la peur de la corruption et dans la tentation de la décrire“ . Les décadents vont alors générer leur propre langue qui tire de l’âme primitive du Moyen Âge ses ronces grimpantes et cultive les alliances nouvelles de Mallarmé.

À la lecture des décadents, c’est le lexique qui le premier semble au cœur du travail. Tout est affaire de recherche minutieuse de latinité, d’augmentation de la sensation de mystère par la construction de néologismes. La langue doit se montrer malade, fatiguée. Paul Adam publie un lexique , comme un recueil des maladies nouvelles, des pucerons importés sur une langue française décomposée. Mais cet imaginaire à rebours participe lui-même à la déconstruction du classicisme. “Le néologisme dans la langue est assimilé aux forces de progrès, tandis que conservatismes linguistique et idéologique vont de pair” . Jean de Palacio propose même dans ce livre un complément au lexique. On ne résiste pas au plaisir d’en proposer quelques exemples : amarescent, aurorer, bistourné, charnure, délireux, enivrance, fulgorer, grésillonnement, insomnié, lactescence, nacrure, etc. Autant de mots nouveaux qui font résonner leur origine et créent une anarchie symboliste.

La pensée décadente est suffisamment approfondie pour s’attaquer aussi à la grammaire. Le “style faisandé”  s’introduit aussi dans le squelette des phrases. Les principaux traits en sont la phrase nominale, l’asyndète ou l’inversion. Le “Verbe sécularisé, ayant perdu sa relation au divin, [est] menacé par d’autres parties du discours” . La décadence rompt l’incarnation du verbe johannique pour “mettre les adverbes en République” . Bloy s’offusque : c’est “assassiner la langue française” .

Ces modifications de la langue créent une poétique propre, non théorisée. Elle puise chez Villon des curiosités d’antiquaire, chez Verlaine des orfèvreries précieuses et chez Mallarmé des clartés contradictoires. La poétique décadente est une french desease, mélange de “diverses pathologies, à la base d’une déperdition de l’être… alliance caractéristique du précieux et du vulgaire [qui] s’écarte par là même d’une visée ‘prolétarienne’ ou ‘socialiste’” . Jean de Palacio a l’heureuse idée de placer une annexe au milieu de son étude proposant une suite de poèmes décadents. Ils permettent de voir à l’œuvre les idées et les effets de cette langue. Ils renseignent et appuient le sujet d’étude du livre. Les tendances en ressortent plus précisément : la décadence s’émiette en sonnets, est latine, possède une frénésie érotique, est un débat existentiel à valeur individuelle. Elle s’inscrit sur un arc tendu entre Verlaine et Mallarmé.

Ce cadre imaginaire permet au décadent de se définir comme personnage. C’est un Pierrot spleenétique, un Dom Juan malheureux, un Faust déclaré, le descendant du René de Chateaubriand et le grand-père du Gilles de Drieu. Ce personnage fatigué de romantisme, goûtant au péché paraît un primitif raffiné, un mérovingien de Paris, un esthète nerveux, un euphuiste français, un dandy en quête de sensations. C’est ainsi que le décadent s’ennuie, dans une galaxie d’auteurs et d’œuvres d’art. Il multiplie les connaissances jusqu’au ridicule. Cherche à se différencier par tous les moyens, se débattant dans l’avènement de la démocratie et la montée de la bourgeoisie uniforme et intéressée. Sa noblesse de plume l’interdit d’être un semblable, l’inverse de l’écrivain salarié de Zola. “Le décadent dans ses contradictions [est] pris en tenailles entre postulations opposées, idéalisme et réalisme, Parnasse et Romantisme, et prétendant ‘procéder de Schopenhauer et de Joseph Delorme avec une pointe de darwinisme’” .

Éric MARSON
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Titre du livre : La Décadence. Le mot et la chose
Auteur : Jean de Palacio
Éditeur : Les Belles Lettres
Collection : Essais
Date de publication : 17/11/11
N° ISBN : 2251444262
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1 commentaire

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Romain Courapied

19/09/12 10:51
Bonjour,

Je me permets de vous signaler que les oeuvres de Jean Lorrain sont moins "introuvables" que celles de ses contemporains. L'excellent Monsieur de Phocas est édité en poche chez Garnier-Flammarion, et ses oeuvres complètes sont actuellement rééditées chez Coda éditeurs depuis 2007 (cependant, j'ignore si ces éditions sont ou non de qualité).
Pour les amateurs de Décadence et qui ne sont pas spécifiquement bibliophiles : on trouve facilement les oeuvres d'Octave Mirbeau, quelques ouvrages de Rachilde ont été réédités au Mercure de France, Penses-tu réussir, l'oeuvre de Jean de Tinan et Les Lauriers sont coupés d'Edouard Dujardin (inventeur du monologue intérieur) sont deux beaux exemples d'une modernité décadente tous deux disponibles en poche.
Enfin, la collection "Bibliothèque Décadente" de Séguier que vous mentionnez est vraiment excellente, les ouvrages sont abordables et assortis de préfaces très complètes et de nombreux documents.

Bien à vous,

Romain Courapied.

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