Constantin à l’honneur
[mercredi 05 septembre 2012 - 09:00]
Histoire
Constantin le Grand. Empereur romain, empereur chrétien (306-337
Éditeur : Tallandier
Si la lumière a été faite sur la sincérité et la précocité de la conversion, la relation de Constantin au christianisme reste cependant complexe. Ainsi, il n’abandonne pas le rôle de chef des cultes ancestraux romains dévolu à l’empereur – il est
Pontifex maximus – ni certains symboles païens, comme le
Sol inuictus, présents sur son monnayage (parfois cependant réinterprétés à la lueur chrétienne). D’aucuns voyaient, d’autre part, dans son baptême tardif une preuve de plus de l’hésitation de l’empereur à faire un choix définitif. Mais c’est sans compter que, dans l’Église du IVe siècle, on retardait le plus possible le baptême – notamment "chez les magistrats et soldats"
– afin de profiter le plus possible de son effet expiatoire, alors que le sacrement de la confession – et la pénitence qui l’accompagne – restait laborieux et souvent repoussant.
Les préjugés concernant la sincérité de la conversion de Constantin étant mis à bas quasi-définitivement, il n’en demeure pas moins que la figure de l’empereur n’est pas encore débarrassée de toutes les idées reçues qui lui sont accolées.
Constantin démythifié
Si Maraval nous présente un portrait plus clair de Constantin au fil de la progression de son ouvrage, Lançon choisit de concentrer la déconstruction des inventions tenaces au sujet de cet empereur dans ses chapitres 12 et 14
. Et les résultats concordent, par exemple sur le rôle de Constantin dans l’Église chrétienne de son temps et notamment dans la controverse arienne. Techniquement, l’empereur ne fait pas encore partie
stricto sensu de la communauté des chrétiens, mais il tient dans l’Église un rôle très important cherchant à y installer une concorde durable, comme d’ailleurs dans le reste de son Empire. Peut-on pour autant parler de "césaro-papisme", c’est-à-dire d’un empereur qui contrôlerait l’Église et ses membres ? Maraval aborde ce point à propos du rôle de Constantin dans la querelle donatiste : "Les interventions que [Constantin] fit alors dans les affaires de l’Église ne sauraient lui être reprochées comme une manifestation de césaro-papisme avant la lettre, car il n’est pas intervenu de son propre chef, mais sur demande expresse des Églises"
. Lançon démonte lui aussi cette accusation
.
En ce qui concerne la politique extérieure de Constantin, a-t-elle vraiment marqué le début de la chute de l’Empire romain, idée tenace depuis Gibbon ? On reproche ainsi à l’empereur l’intégration des Barbares dans l’armée romaine et notamment dans le corps d’élite que constitue la garde rapprochée de l’empereur (qui remplace les prétoriens dont le corps a été dissous en raison de leur soutien à Maxence, l’un des rivaux de Constantin). Pourtant, l’Empire a retrouvé la paix tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières qui sont désormais stabilisées grâce aux nombreuses campagnes victorieuses que Constantin a menées ; la prospérité est là, l’Empire est profondément réorganisé.
Constantin ne s’est pas non plus transformé en affreux persécuteur de païens comme la légende noire qui s’est développée autour de lui a voulu le faire croire. Certes, l’Église chrétienne a acquis des privilèges inédits, parfois au détriment des prêtres des cultes ancestraux. De plus, certains rituels ont été abandonnés et parfois abolis – comme les rites liés à la magie noire – mais peut-être plus sous l’influence du néo-platonisme que du christianisme. Cependant, le principe général instauré par Constantin est celui de la liberté de culte, de tous les cultes.
Au terme de ces lectures, on tient donc enfin une image claire de cet empereur, resté longtemps mystérieux alors que son nom est connu de tous. Longtemps décrié – dès son vivant d’ailleurs – par une historiographie le plus souvent antichrétienne, Constantin retrouve aujourd’hui ses lettres de noblesse. Justice est enfin faite à son œuvre qui touche tous les domaines. Maraval conclut d’ailleurs sa somme sur cette idée que "malgré leurs limites, on ne peut pas ne pas reconnaître une réelle grandeur aux desseins [de Constantin] et à ses réalisations"
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