Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

Dumas l’irrégulier est le titre que Vittorio Frigerio a donné à ce petit livre critique qui “pourrait, comme le dit justement Claude Schopp dans l’avant-propos, passer […] pour un subtil échange d’imaginaires”. Titre accrocheur, donc, pour un auteur qui fut longtemps placé dans la catégorie des romanciers “de gare” ou comme une espèce d’“inspirateur de navets de série B” (quatrième de couverture). Certes, Alexandre Dumas fut “irrégulier” en tout, et il l’a aussi revendiqué à plusieurs reprises notamment dans ses fameuses Causeries où prolixité et irrégularité ont quelque chose de commun…
Et c’est bel et bien ce “quelque chose” que Vittorio Frigerio met en exergue dans ce recueil simple et efficace. En effet, reconnaissant que “l’immense production dumasienne a ainsi sombré sous son propre poids, victime de son abondance même et de sa remarquable variété”, l’universitaire tentera d’en retrouver une certaine unité afin de “mettre le doigt sur certaines constantes philosophiques, idéologiques ou stylistiques susceptibles d’éclairer l’ensemble de la démarche” d’Alexandre Dumas.
Le recueil est quadripartite et se propose d’interroger la diversité dumasienne à travers quatre sections. La première, “Dumas chantre et inventeur de l’histoire”, est consacrée à la représentation que se fait l’auteur des Compagnons de Jéhu de l’histoire. S’appuyant sur les Souvenirs de Nodier, Vittorio Frigerio analyse la réécriture dumasienne des mêmes événements historiques trouvés chez son contemporain et conclut que la seule réalité pour Dumas est la peinture des sentiments sous la trame de l’histoire (alors que l’histoire – ou la réalité historique – paraissait plus importante pour Nodier). Ainsi, ses lecteurs, non sans une certaine compassion pour les personnages en mouvement dans le roman, s’identifient-ils plus concrètement en assimilant mieux in fine les faits historiques. L’histoire devient compréhensible et plus claire dans leur esprit.
Dans un deuxième temps, le critique, à partir d’un des derniers romans d’Alexandre Dumas, Création et Rédemption, montre que le romancier s’approprie l’histoire par le truchement de grandes figures mythiques. Dès lors, l’événement de la Terreur est revisité et permet à l’écrivain de souligner que ce moment de l’histoire française fut symboliquement comme une purge, une catharsis qui refonderait alors la société dans une vision plus sereine, voire harmonieuse. Cette image symbolique trouve par conséquent un écho dans le couple Jacques Mérey et Éva, la fille du marquis. Si cette union est réalisable alors la Terreur en est le catalyseur romanesque, et l’harmonie sociale est sur la bonne voie. Dans la troisième partie de cette première section, Vittorio Frigerio montre l’importance du providentialisme dumasien. En effet, on le sait, Dumas croit qu’il existe un plan divin qui organise(rait) l’existence humaine. Vittorio Frigerio montre alors que celui-ci sous-tend les événements historiques et tend à donner une certaine égalité démocratique. Ce providentialisme lui permet donc de concilier des moments de l’histoire que tout oppose afin de tisser la trame de ses romans historiques.
Ainsi se clôt cette première série d’études qui ont montré les liens concrets entre l’écriture romanesque de Dumas et son goût prononcé pour l’histoire. S’ouvre alors la deuxième section, “Écrire pour tous, dans tous les genres” dans laquelle le critique, grâce à une approche barthésienne, montre comment le romancier a su troubler les codes des genres et plus particulièrement du roman populaire qui n’aurait, a priori, qu’un seul objectif : plaire et divertir les lecteurs. Se dégage de cette première étude un second article qui met en exergue l’esthétique romanesque de Dumas et l’originalité des univers ainsi créés. Par le truchement du roman Catherine Blum, creuset d’une écriture plus intime, on voit l’interpénétration de l’autobiographie et de la fiction.
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