La phrase

On retombe sur des structures finalement très classiques. Quand un acteur devient trop puissant ceux qui l’environnent cherche le soutien d’une puissance extérieure pour le contrebalancer. Les relations internationales restent et seront toujours mues par l’intérêt des Etats. Le pragmatisme a donc de l’avenir et la géopolitique classique, de beaux jours devant elle

Gérard Chaliand, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Romantisme et romantismes
[vendredi 31 août 2012 - 16:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Dictionnaire du Romantisme
collectif Alain Vaillant (directeur de publication)
Éditeur : CNRS
850 pages / 37,05 € sur
Résumé : À travers ce remarquable ouvrage encyclopédique, le romantisme est traité dans toute son ampleur et jusque dans ses derniers remparts thématiques.
Page  1  2  3  4 

Dans la section “L’intelligence du rire”, faisant partie du chapitre intitulé “Le rire romantique”, les auteurs opposent l’ironie superficielle et mondaine des anciens aristocrates au rire supérieur des romantiques, plus réflexifs au sujet de la complexité existentielle. L’invention du regard bienveillant posé sur la vieille catégorie esthétique du grotesque appartient à cette époque, car rire de la nature matérielle de l’homme équivaut à réconcilier sa dualité constitutive. “Le rire en liberté”  des romantiques est, en fait, un rire subversif visant à constamment brouiller les pistes du connu . Accompagné de l’ironie, moyen de parvenir à un lyrisme éthéré, le comique absolu, détaillé dans “Rire et imagination”, libère la fantaisie et rend l’esprit apte à l’invention artistique, donnant ainsi la dimension de la nouvelle subjectivation auctoriale.

Le chapitre “Du romantisme à la modernité” fait les liaisons théoriques nécessaires entre ces deux grands phénomènes historico-culturels. La section “L’invention de la modernité” situe la culture postrévolutionnaire dans le goût de l’éphémère et de la folle succession des modes, tandis que celle intitulée “La société du loisir” montre le romantisme comme la première culture moderne raffolant du divertissement sous toutes ses formes : mélodrame, roman-feuilleton, danses, bals, cuisine, mode. Les plaisirs du corps deviennent sujets de fascination romantique. Dans “Civilisation romantique et culture médiatique”, les auteurs analysent une idée précédemment avancée, en montrant que la culture populaire du XIXe siècle subit de plein coup les effets du développement considérable de la presse périodique qui, en promouvant le culte des images, les stéréotypes culturels et la subjectivation du créateur, a le rôle de forger des pratiques sociales et des comportements individuels nouveaux. Le sous-chapitre “La conquête de l’espace” rend compte de l’extraordinaire appétit des romantiques pour la découverte d’un ailleurs géographique. L’essor du voyage et du tourisme n’épargne pas les plus grands écrivains européens qui, tout en s’adonnant à leurs escapades régulières en nature, prennent le soin d’ériger leurs réflexions notées en chemin en un genre littéraire à part entière. L’intime du vécu, en voyage ou au cours de la vie quotidienne, devient ainsi l’une des valeurs romantiques suprêmes.

Le chapitre “Romantisme et mondialisation” franchit encore un pas vers notre contemporanéité, en multipliant les nombreuses liaisons organiques entre ce courant formellement cantonné au XIXe siècle et notre devenir actuel. L’intensification spectaculaire de toutes les formes d’échange à l’époque du romantisme, dont font le constat les auteurs dans “Passeurs et transferts culturels”, constitue l’aboutissement de la première vague de découvertes et d’explorations amorcée à la Renaissance. En même temps, l’internationalisation croissante de l’imagination littéraire donne au cliché culturel un rôle capital dans l’acceptation et la représentation collective de l’altérité. Toutes ces considérations sur le romantisme mènent à la conclusion d’une mondialisation romantique , fondée sur l’existence d’un patrimoine éthique commun (respect des droits de l’homme, de la liberté individuelle, responsabilité collective). Se répandant un peu partout dans le monde, ces valeurs démocratiques vont dorénavant occasionner bon nombre de mouvements nationaux de libération .

Le dernier chapitre de cette ample étude traite du “Procès du romantisme”, autrement dit de toutes ces factions qui, au cours du XIXe siècle, s’y sont opposées sous les prétextes les plus divers. La section “La revanche des classiques” montre une partie majoritaire de la France accusant les romantiques d’idéalisme républicain et de la volonté subversive de faire éclater les assises historiques du pays au nom de quelques principes platoniques. À cela s’ajoute la contrepartie de l’Église catholique, ainsi qu’un fort courant germanophobe occasionné par la défaite de 1870 et l’instauration de la IIIe République. Les deux derniers sous-chapitres, “Le Réquisitoire des antiromantiques” et “Le Réquisitoire des antimodernes”, prolongent les accusations portées au romantisme : courant de pensée barbare, mettant le pays dans le danger d’une dégénérescence de sa civilisation, instigation à la révolte, fustigation des valeurs traditionnelles, abandon du devoir social, sensualisme débridé, démission de la raison. Ainsi que concluent les auteurs, le romantisme, comme tout autre mouvement radicalement novateur, a subi les anathèmes d’une société s’opposant de toutes ses forces aux mutations internes.

Après une lecture intégrale du dictionnaire et de ses divers composants, une conclusion s’impose rapidement à l’esprit du lecteur : contrairement aux idées communes, l’histoire du romantisme se prolonge au-delà de la deuxième moitié du XIXe siècle. Ses sensibilités et ses modes de pensées marquent d’une empreinte durable nos sociétés actuelles de consommation, toujours passionnées de mélodrames, de sensationnel ou d’idéalisme abstrait. À travers ses pratiques démocratiques et individualistes, son sens de la relativité et son penchant pour le plaisir, le romantisme verse directement dans l’ère de la mondialisation. Que ce soit pour le meilleur, si l’on pense à l’héritage romantique de l’intelligence sensible, ou pour le pire, dans le cas des totalitarismes du XXe siècle ayant poussé au-delà de ses limites la thèse romantique de la glorification de la violence par son but justicier. Dans tous les cas, grâce aux excellents travaux lexicologiques et théoriques réunis dans ce dictionnaire, romantismes et romantisme deviennent deux notions enfin conciliées : les romantismes régionaux, délocalisés, ou même ramenés à l’Antiquité, sont désormais l’expression d’une attitude humaine fondamentale dont l’impulsion s’est développée en norme à partir du romantisme historique..
 

Magdalena DELESCU
Page  1  2  3  4 
Titre du livre : Dictionnaire du Romantisme
Auteur : collectif, Alain Vaillant
Éditeur : CNRS
Collection : CNRS dictionnaires
Date de publication : 05/04/12
N° ISBN : 2271068134
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici