La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Idéologie et technique du sexe
[mardi 28 août 2012 - 23:00]
Gender studies
Couverture ouvrage
Technologies de l'orgasme. Le vibromasseur, l"'hystérie", et la satisfaction sexuelle des femmes
Éditeur : Payot
267 pages / 8,70 € sur
Résumé : Republication, en édition de poche, d’une histoire des enjeux de la sexualité féminine dans le milieu médical à travers le vibromasseur.  
Page  1  2 


L'orgasme féminin et le plaisir clitoridien en question

Avant le XVIIIè siècle, l'intérêt pour la sexualité et l'orgasme féminin était quasiment nul ; il est d'ailleurs absent des œuvres littéraires jusqu'au XXè siècle : soit il est inexistant, soit il est considéré comme un dérivé de l'orgasme masculin, donc moindre en terme d'intensité.  Bien que la masturbation soit interdite et le clitoris nié, on commence à encourager les relations sexuelles au XIXè siècle car leur absence déclenche, selon les médecins, des troubles tels que l'hystérie : "A partir de la Renaissance, les médecins qui reconnaissent le rôle du clitoris dans le déclenchement de l’orgasme ont peut-être des scrupules à attiser ainsi les ardeurs féminines, mais dans l’ensemble ils jugent plus graves les risques que le désir physique insatisfait comporte pour la santé"  . La fonction du clitoris pose un gros problème au système en place qui postule que la pénétration et le coït sont les seules pratiques favorisant l'orgasme. Si la femme prétendait à autre chose que ce qui s'inscrit dans la sexualité normative, "on la traitait d’hystérique et on l’envoyait consulter un médecin, ce qui présentait le double avantage de ne pas léser l’amour propre de son partenaire sexuel et de préserver la norme androcentrique de la pénétration, condition de l’orgasme masculin."  . Jusque dans les années 1970, les médecins continuent d'affirmer qu'une déficience physique ou physiologique de certaines femmes causait l'incapacité à jouir pendant l'acte hétérosexuel.
Sexualité = Plaisir ?
Même si l'on peut affirmer sans se tromper que la sexualité féminine, longtemps considérée comme inintéressante, a été reléguée au plan de la pathologie et a été l'objet d'études très sommaires, voire nulles, il est important de re-contextualiser la notion. Dans son livre, la chercheuse prend pour postulat que la sexualité renvoie nécessairement au plaisir et que les femmes en ont été privées pendant des siècles. Or, se demander à quoi exactement le terme "plaisir" fait référence durant tous ces siècles apporterait peut être une réponse à l'injustice si fermement dénoncée. L'auteure montre elle-même que la notion de plaisir, couplée à celle de sexualité, peut être inconnue dans certains cas et on peut tout à fait penser que l'aspiration des femmes du XIXè siècle en matière sexuelle pouvait être uniquement de procréer et qu'elles y trouvaient un certain plaisir, ou du moins une satisfaction suffisante. Comme nous l'avons déjà souligné, certaines femmes aimaient à se présenter comme frigides car cela renvoyait à la pureté : elles se sentaient "à "égalité spirituelle" avec les hommes"  . Les intérêts qui se jouent autour de la sexualité sont divers et chacun s'arrange des normes à sa guise afin de ne pas être trop perdant. L'auteure évoque également la figure du médecin Auguste Debay qui, en 1848, conseillait aux femmes de simuler l'orgasme, ce que ces dernières faisaient "en expliquant qu'il leur importait plus de préserver la stabilité de leurs relations amoureuses que de jouir à chaque rapport sexuel"   . On voit clairement ici que la notion de plaisir (ou d'orgasme) n'est pas prééminente avant le XXè siècle mais que la préservation de bonnes relations, probablement du mariage, est nettement plus importante.
Concernant le vibromasseur, bien que le même geste soit pratiqué dans le cabinet médical et dans un espace privé, la portée symbolique n'est strictement pas la même. Cette différence fondamentale ne semble pas être saisie par l'auteure qui reste persuadée que les femmes ressentent un orgasme, au sens contemporain du terme, lorsqu'on les "soigne" avec un vibromasseur dans un cabinet médical. En témoigne cette citation : "Rien assurément n’oblige à considérer comme des victimes les destinataires de l’orgasmothérapie : à n’en pas douter, certaines d’entre elles savaient ce qui se jouait réellement."  . Ici, Rachel Maines a l'air d'affirmer que le plaisir orgasmique que les femmes peuvent vivre aujourd'hui (pour elle, uniquement clitoridien) est ressenti de la même façon par les femmes du XIXè siècle. Lorsque le vibromasseur apparaît dans les petites annonces des magazines et devient un objet de la vie quotidienne, la notion de remède se substitue petit à petit à celle de plaisir. La norme actuelle renvoie au plaisir sexuel nécessaire et inexorable et le plaisir féminin, qui s'est longtemps senti floué, est aujourd'hui sur le devant de la scène. Mais transposer cette "règle" sur d'autres époques relève de l'anachronisme. A l'inverse, un "traitement orgasmique" dispensé par les médecins d'aujourd'hui qui utiliseraient des vibromasseurs dans leur cabinet médical ferait sans aucun doute l'objet de poursuites pénales. Les conditions de production des pathologies, entre autres de l'hystérie, est très bien perçue par l'auteure mais elle ne se pose pas la question de la construction de la sexualité féminine -et du plaisir- à travers les siècles.


Le plaisir clitoridien = l'unique ?
Outre le fait de considérer que la sexualité renvoie inéluctablement au plaisir, Rachel Maines estime que le seul et vrai orgasme féminin est l'orgasme clitoridien. En idéalisant cet orgasme, elle contribue à renforcer la notion de hiérarchie dans l'acte sexuel et la conception naturaliste de la sexualité, qu'elle dénonce par ailleurs en fustigeant le modèle androcentrique. Elle reproduit finalement ce qu'elle critique, en affirmant que le clitoris est l'organe de plaisir des femmes, ce qui ne semble pas plus fondé que le fait de dire que l'orgasme vaginal est le seul qui vaille. Il est vrai que la pathologisation de la sexualité féminine et l'injonction au modèle androcentrique n'a sûrement pas aidé les femmes à s'intéresser outre mesure à leur sexualité et à y voir un lieu de plaisir. Mais cet ouvrage sonne parfois comme une diatribe envers le modèle de sexualité hétérosexuel. En voulant se démarquer à tout prix de tout ce qui se rapproche de près ou de loin de ce qu'elle définit comme l'androcentrisme, l'auteure adopte une vision radicale consistant à rejeter toute pratique s'apparentant à la "sexualité légitime" et à considérer comme positive, voire comme "vraie", toute sexualité qui sortirait des normes. La pénétration est présentée ici comme une arnaque et l'orgasme clitoridien comme le seul plaisir féminin qui compte, le seul qui permette de sortir du système de domination. L'auteure juge par exemple l'utilisation du vibromasseur dans les films pornographiques comme relevant du modèle androcentrique. Et, par conséquent,  le bannit tout en encourageant l'usage personnel du vibromasseur car il permet l'orgasme clitoridien. Cette conception dichotomique, qui oppose deux visions mutuellement exclusives, a finalement pour effet de fragiliser les arguments du livre, dont les propos s’enlisent parfois dans le cercle vicieux d’une conception naturaliste de la sexualité.

Et l'érotisme dans tout ça ?
De plus, on peut aussi regretter que la dimension érotique de la sexualité ne soit pas abordée. Parlant de résultats médicaux sur la sexualité féminine, plus tard remis en cause, la chercheuse affirme :  "Les erreurs de ce genre sont lourdes de conséquence ; non seulement elles nous ont empêché de comprendre l'orgasme féminin comme un phénomène physiologique, mais elles nous ont aussi fait oublier à quel point, pour les deux sexes, le plaisir physique est individuel et idiosyncratique. "  . Son parti pris, aussi technique que théorique, l'empêche de se pencher sur les notions d'instinct, d'érotisme, de partage qui existent pourtant bel et bien dans la sexualité. Les multiples sexualités (comme l'homosexualité, la pénétration anale etc.), les fantasmes divers (vibromasseur y compris) sont autant d'exemples qui montrent que le cloisonnement des connaissances sexuelles est vain et probablement non désirable. Nier ou idéaliser l'orgasme clitoridien aboutit finalement au même résultat : condamner et étouffer les passions sexuelles..
 

Sarah BOUCAULT
Page  1  2 
Titre du livre : Technologies de l'orgasme. Le vibromasseur, l"'hystérie", et la satisfaction sexuelle des femmes
Auteur : Rachel Maines, Alain Giami
Éditeur : Payot
Titre original : The tecnology of Orgasm
Nom du traducteur : Oristelle Bonis
Collection : Petite Bibliothèque Payot
Date de publication : 29/02/12
N° ISBN : 2228907456
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici