Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

Trois chapitres dans le deuxième tome apparaissent aussi particulièrement intéressants pour saisir les lignes de clivage entre gnostiques et ecclésiastiques : " La croix ", " La mort du Christ " et " La résurrection du Christ ". Ces chapitres révèlent en fait la façon différente dont ces deux camps appréhendent la figure du Christ. Alors que les gnostiques insistent sur sa nature divine, " en tant qu’homme de lumière ", Irénée, notamment, souligne la dimension charnelle du Christ glorifié en Dieu. Le chapitre " La croix " montre ainsi comment " la staurologie à double niveau, divin et terrestre " des Valentiniens (autrement dit la séparation entre l’accès aux éléments spirituels et l’univers matériel) s’oppose à l’efficacité salvifique de la croix chez Irénée qui conduit au salut de l’univers sensible : le Verbe de Dieu s’est fait chair afin de favoriser pour l’homme, juif comme païen, l’accès à l’immortalité et à la vie éternelle. La croix salvifique du Calvaire vient ainsi s’inscrire en opposition à celle de l’arbre de la science, à l’origine de la désobéissance d’Adam et du péché. Quant au chapitre sur la mort du Christ, il révèle lui aussi en profondeur deux conceptions viscéralement opposées de l’univers. Pour les gnostiques, " partisans de la Salus spiritus", cette mort correspond à l’abandon du corps et à l’accès de l’" esprit " au monde divin alors que pour l’évêque de Lyon, il s’agit d’une mort commune, autrement dit humaine et charnelle. De fait, le troisième chapitre, consacré à la résurrection du Christ, entérine cette différence radicale en montrant que les hérétiques admettent la résurrection du Christ, Fils de Dieu - d’entre les morts - mais c’est une résurrection qui passe sous silence l’économie charnelle de Jésus (elle reste pour ainsi dire métaphorique). Il n’y a donc pas pour les hérétiques (marcionites et gnostiques) de possible salut de la chair humaine alors même que pour l’Eglise, l’efficacité salvifique de la mort du Christ implique comme préliminaires la Passion et la mort humaine sur la croix.
A l’aube du christianisme
La présente introduction, aussi bien par sa forme que par son contenu, apparaît d’une grande originalité. En effet, le livre n’a pas été conçu originellement comme un ouvrage puisqu’il provient des notes de cours relues par l’auteur, d’où la grande liberté de forme. De plus, certains chapitres privilégient une approche philosophique (on pense ici notamment au chapitre "Création libre ou nécessaire ? ") qui réfère à des notions purement platoniciennes.
Si la méthode suivie obéit à une grande clarté, la lecture de l’ouvrage reste ardue dans la mesure où s’y succèdent des chapitres tantôt analytiques et tantôt synthétiques . A cette difficulté de forme s’ajoute une difficulté proprement intellectuelle : la plongée dans l’univers gnostique, notamment celui des Valentiniens, reste exigeante et il n’est pas toujours évident de se familiariser avec des notions telles que celles de Plérôme, d’Eon ou d’homme " hylique ". A ce titre, la présence d’un index des principales notions valentiniennes aurait été, nous semble-t-il, utile.
Reste que le grand mérite de cette étude est de nous plonger au cœur des débats théologiques des premiers siècles du christianisme. En focalisant notamment sa réflexion sur certains versets bibliques et sur l’interprétation qu’en donnent gnostiques et ecclésiastiques, Orbe fait de nous des témoins privilégiés de la naissance du christianisme, comme si nous assistions à la toute première réception des textes bibliques dans les communautés chrétiennes. A posteriori, ce dialogue permanent entre gnostiques et orthodoxes nous permet de mieux saisir la dynamique et l’enjeu du processus de canonisation qui s’amorce dès les troisième et quatrième siècles. Comprenons précisément que ce sont ces différentes doctrines, bien que certaines d’entre elles soient tombées dans l’oubli (on pense ici aux Valentiniens) qui ont, dans leur constant dialogue, conduit à l’élaboration d’un canon scripturaire. Se dégage ainsi de cette lecture une continuité fécondante entre tous ces courants théologiques des premiers siècles de notre ère, par-delà leurs divergences. Le livre d’Orbe met en avant précisément ces lignes de continuité en étudiant de manière approfondie les grands dogmes de l’Eglise (par trois voies parallèles : valentinienne (gnostique), alexandrine (origénienne) et irénéenne) : les étapes de la formation personnelle et divine du logos, celle de la procession du Saint-Esprit et les préliminaires de l’Incarnation.
De plus, cette somme, même si elle privilégie la doctrine d’Irénée, invite à mesurer à la fois le foisonnement et le rôle déterminant de l’ensemble des écrits patristiques dans le processus de canonisation. La mise en tension constante entre les doctrines gnostique et orthodoxe révèle l’importance de l’argumentation théologique dans l’élaboration de la doctrine de l’Eglise. Comme nous l’avons déjà évoqué, c’est bien autour de la notion d’incarnation que la ligne de clivage entre les deux camps se fait la plus saillante : si les gnostiques admettent l’existence d’un Sauveur descendu du monde supérieur, il se contente selon eux d’"habiter en Jésus" pour reprendre l’expression de Gustave Welter . Or, une telle position, de nature docétiste, vient s’opposer aux fondements mêmes du christianisme naissant. Tout le travail d’argumentation des apologistes consistera précisément à affirmer la nature divine et humaine de Jésus. En ce sens, le présent ouvrage, en privilégiant l’étude du christianisme anténicéen , constitue bien une introduction à la théologie, autrement dit une exploration des premiers grands débats relatifs à la nature et à la connaissance de Dieu![]()
5 commentaires
ash.gut@gmail.com
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S. Briand
ac
Petite correction : il me semble que l'auteur de l'_Histoire des sectes chrétiennes_ s'appelle Gustave Welter, du moins son nom est ainsi orthographié dans la collection "Petite Bibliothèque Payot".
Cordialement