La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Gore Vidal. Un intellectuel américain (1925-2012)
[mercredi 15 août 2012 - 12:00]
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"Mon nom de baptême est Eugene Luther Gore Vidal. Les deux premiers prénoms étaient ceux de mon père. Je les ai supprimés pour des raisons politiques autant qu’esthétiques. Mais on a souvent interprété cela, non sans plaisir, comme un rejet de mon père, que j’aimais, pour fusionner avec ma mère, que je n’aimais pas. Voilà comment une pincée de Freud peut empoisonner tout un puits ! Parfois, aussi, l’ambition prend juste la forme d’un cigare". Gore Vidal est mort à Los Angeles le 31 juillet 2012.

Scénariste de cinéma, acteur de cinéma (il campe un sénateur de Pennsylvanie dans Bob Roberts de Tim Robbins), auteur de pièces de théâtre, scénariste de télévision, animateur de télévision, essayiste, critique et écrivain, l’œuvre tentaculaire de Gore Vidal tient en pas moins de 293 pages de bibliographie  . Son autoportrait dans ses Mémoires   corrobore l’esquisse de Pierre-Yves Pétillon dans son Histoire de la littérature américaine. 1939-1989 : "Aristocrate libre-penseur, Gore Vidal est lui aussi [comme Nabokov], à sa manière, un dandy déplacé, mais, comme Henry Adams, son siècle serait plutôt le XVIIIe, celui de Gibbons ou de Lord Macaulay. Il n’est pas facile de parler de son œuvre tant sa personnalité publique, tout en facettes, fait écran. Tour à tour spirituel, maussade, turbulent, vaniteux, acerbe, arrogant, facétieux, provocateur (pour ne citer qu’une courte liste des épithètes venues sous la plume des journalistes), cet essayiste redoutable s’est rendu célèbre par des empoignades, à la télévision ou par voie de presse, avec un peu tout le monde. Il ne résiste pas à un mot d’esprit et certaines de ses reparties sont déjà dans les anthologies (…)".

Gore Vidal était aussi un intellectuel francophile. L’on peut en juger par les noms "français" cités dans ses livres : André Chénier, Arletty, Simone de Beauvoir, Balzac, Albert Camus, Georges Clemenceau, Jean Cocteau, Edouard Daladier, André Gide, Salvador Dali, Charles De Gaulle, Jacques Derrida, Romain Gary, Jean Genet, Gustave Flaubert, Michel Foucault, Louis Gilet, Henri IV, François Guizot, Serge Lifar, André Malraux, Jean Marais, Marie-Antoinette, François Mauriac, Montaigne, Montherlant, Napoléon, Edith Piaf, Diane de Poitiers, Racine, Jean Renoir, Rousseau, Sade, Saint-Simon, George Sand, Gertrude Stein, Stendhal, Verlaine (Marie Verlaine est le nom d’un des personnages d’Un garçon près de la Rivière), Alain Vidal-Naquet, Voltaire… 

Cette francophilie s’est formée avant la Deuxième Guerre mondiale. D’abord aux Etats-Unis mêmes, durant des années d’études secondaires qui le virent s’abstraire quelquefois du programme pour privilégier l’étude solitaire de l’histoire européenne, "la France de Guizot" au premier chef. Il y eut encore pendant le même avant-guerre des cours d’été de langue et de civilisation françaises suivis à Jouy-en-Josas. Gore Vidal fut ensuite parisien, voire germanopratin, dans cet immédiat après-guerre où d’autres Américains l’étaient également. Saul Bellow, Norman Mailer, Truman Capote, James Baldwin, Paul Bowles, Tennessee Williams, Donald Windham : "Comme l’avenir allait le montrer, nous serions tous admirés et connus à la fois, tout en n’étant plus que les derniers feux d’une littérature occidentale de plus en plus hors sujet". De ce Paris d’immédiat après-guerre, Gore Vidal dit avoir principalement gardé le souvenir d’un Sartre capricieux ou du bordel que s’était fait installer Proust. Celui d’André Gide aussi, évidemment. La décennie suivante, cette francophilie a le loisir de s’intéresser à la "politique des auteurs" promue par des cinéastes français. C’est peu de dire que cette "politique" n’a pas vraiment trouvé grâce à ses yeux, au point qu’il en a fait la clé explicative de son refus de Frank Capra comme réalisateur de Que le meilleur l’emporte (The Best Man) : "Je n’ai jamais aimé ses films politiques, je l’ai dit [au studio]. Dès l’âge de douze ans, j’en savais trop sur la politique pour m’en laisser conter par l’arrivée dans ma ville de son banal Mr. Smith (…). Le virus français de l’auteur   avait déjà infesté Hollywood. (…) Parmi ces auteurs, Capra était un maître acclamé, tout au moins par les Cahiers du Cinéma".  

La référence française qui domine toutes les autres est Montaigne, celui qui, dans les Essais (livre I, chapitre IX), réfléchit au mensonge en société : "En vérité le mentir est un maudit vice. Nous ne sommes hommes et nous ne tenons les uns aux autres que par la parole. Si nous en connoissions l’horreur et le poids, nous le poursuivrions à feu plus justement que d’autres crimes… Et depuis qu’on a donné ce faux train à la langue, c’est merveille combien il est impossible de l’en retirer".

Comme le mensonge est l’un des thèmes principaux d’Un garçon près de la Rivière, Gore Vidal y revient dans ses Mémoires : "Il y a bien sûr menteurs et menteurs. Il y a ceux qui doivent constamment mentir par intérêt, comme les Kennedy et leurs thuriféraires. Eugene McCarthy   observait, de son ton faussement choqué : "Jack   vous mentait. Bobby mentait sur vous. Et Teddy ment sur lui-même. Doit-on y voir une quelconque évolution morale ?". Evidemment, les aventuriers du sexe qui veulent réussir dans la politique américaine doivent mentir en permanence, et je ne pense pas que Montaigne se serait opposé à ce type de mensonge protecteur dans une société où l’on doit feindre de respecter les traditions pour survivre. Même pour l’ami de Montaigne, Henri IV, Paris valait bien une messe. Ma propre tendance à mentir se manifeste rarement, sauf lorsque je lève un inconnu. Dans ce cas, je m’invente avec grand plaisir un nouveau personnage, un personnage dont je pense qu’il séduira ma proie. Comme il n’y aura qu’une seule rencontre, je ne pense pas que ces usurpations d’identité tombent sous le coup des injonctions de Montaigne. Bien sûr, je n’ai jamais été qu’un politicien à temps partiel, je peux donc me permettre d’être vertueux et d’ignorer les règles de cette guilde particulière ‒ ou, comme me disait certain sénateur après que Jimmy Carter eut déclaré au peuple américain qu’il ne lui mentirait jamais : "Voilà que Carter nie la nature même de la politique"".

La politique, cette autre grande affaire de la vie de Gore Vidal. Un atavisme familial, bien sûr, pour qui eut un grand-père co-rédacteur de la Constitution de l’Oklahoma et sénateur de cet Etat. Un grand-père "démocrate-populiste" venu du Mississippi et… athée, ami un temps de Robert Lincoln (le fils du président). Un grand-père représentatif d’une double évolution du Parti démocrate au XXe siècle, une évolution caractérisée par sa disposition d’un solide électorat blanc dans le Sud et l’appropriation d’un "populisme" agraire  . T.P. Gore fut un acteur majeur de la campagne qui porta Woodrow Wilson à la présidence en 1912. "[Thomas Pryor] Gore était censé promouvoir l’ambitieux programme national de Wilson devant le Sénat, ce qu’il fit, plein d’enthousiasme, même s’ils s’étaient disputés après les élections, lorsque le Sénat avait voulu "s’organiser", c’est-à-dire sélectionner divers agents et mettre en place une procédure législative. Le poste primordial de secrétaire du Sénat n’avait pas encore été pourvu. Wilson envoya chercher Gore pour une affaire urgente. "J’aimerais que le Sénat nomme mon frère Joseph, dit Wilson, au poste de secrétaire. Il est hautement qualifié et… ". Gore écouta, abasourdi. Il finit par répondre qu’il n’aurait jamais pensé devoir rappeler à un historien aussi éminent que l’auteur de Constitutional Government in the United States que le législatif et l’exécutif étaient des pouvoirs à jamais égaux et séparés, et que, pour l’exécutif, le fait d’avoir son propre frère comme espion au sein même des chambres législatives ferait de la séparation des pouvoirs un véritable foutoir". En creux des (bonnes) idées politiques, par lui prêtées à Thomas Gore ("Je tiens de lui ; et moi aussi j’ai gardé la non-foi" ), se lisent celles de son petit-fils : une affiliation démocrate motivée par l’intérêt des démocrates pour les "classes laborieuses" dans le temps où les républicains, "comme Hamilton", entendaient laisser les riches gouverner "parce qu’ils sont plus sages et plus compétents" ; le rejet de l’impérialisme imputé aux deux Roosevelt, à Woodrow Wilson, à James Knox Polk…

Pascal MBONGO
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1 commentaire

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FreedomLover

19/08/12 20:27
Oui, enfin, les accusations de Norman Podhoretz...

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