Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
Des constats similaires peuvent être établis en ce qui concerne les études les plus remarquables portant sur les films proprement dit, qu’ils soient anciens ou récents. C’est par exemple dans Les Temps modernes que François Garçon a publié la première version de son enquête sur Le Cauchemar de Darwin . Son enquête fut suivie d’une polémique, d’un livre (chez Flammarion, en 2006) et d’un procès (intenté par le réalisateur Hubert Sauper pour diffamation). La même revue avait publié une étude de quarante pages sur La Règle du jeu , signée Jean-Pierre Lalloz, et dont Christian Zimmer dit qu’elle était " la plus pénétrante, la plus juste, la plus complète qu’ [il eût] jamais lue sur le sujet " : " Quelle revue de cinéma ne se serait pas honorée en la publiant ? "
Un recensement exhaustif des articles sur le cinéma paraissant dans les publications non cinématographiques exigerait la constitution d’une équipe de chercheurs se consacrant régulièrement à cette tâche, comme pour les études littéraires ou historiques. La Bibliographie de la littérature française (XVI-XXe siècles), publiée chaque année par la Revue d'histoire littéraire de la France (PUF), et la Bibliographie annuelle de l’histoire de France, éditée par le C.N.R.S., sont d’ailleurs des outils très précieux pour repérer un grand nombre d’études cinématographiques paraissant dans des revues savantes. À défaut de bibliographie globale relative au cinéma proprement dit, nous avons entrepris un travail de recensement similaire en nous limitant à inventorier, de la façon la plus précise et exhaustive possible, les numéros spéciaux, dossiers et ensembles ou séries d’articles consacrés au cinéma par les publications francophones non spécialisées en cinéma. Malgré cette restriction, nous en avons recensé pour l’instant plus de deux mille, depuis les enquêtes publiées dans la presse des années 1910 au sujet des rapports entre le théâtre, art majeur de l’époque, et son concurrent émergent, le cinéma , jusqu’aux dossiers et suppléments nécrologiques concoctés à l’été 2007 par Libération, Le Monde, Le Parisien et autres quotidiens sur le trio Antonioni / Bergman / Serrault.
Une indexation des thèmes traités par toutes ces publications permettrait d’en saisir la diversité et de mesurer à quel point elles sont précieuses. D’autant que dans bien des cas, ces dossiers de revues présentent une documentation d’une richesse n’ayant rien à envier à celle d’un livre. D’ailleurs, une bibliographie sur le cinéma de la première moitié du vingtième siècle ne pourrait les ignorer, tant ces parutions palliaient les carences d’une édition cinématographique en cours de constitution. "[Q]uelques mémorables numéros spéciaux de revues à majorité littéraire" des années 1920 font encore les délices des cinéphiles et collectionneurs, tels les délicieux numéros du Crapouillot , du Disque vert , de Le Rouge et le noir ou des Cahiers du mois .
À cet égard, les revues, non pas cinématographiques comme dans les années 1950, mais artistiques et intellectuelles, furent l’un des vecteurs majeurs de l’épanouissement de la critique et de la légitimation du cinéma durant les années 1920 et 1930. René Mandion n’avait qu’en partie raison quand il nota en 1944 que ce furent d’abord de "petites revues" qui se piquèrent d’intérêt pour le cinéma : " […] dans certaines grandes revues "intellectuelles", la critique cinématographique n’a pas droit de cité, car le cinéma, comme chacun sait, n’est pas un art, mais l’expression de la barbarie humaine. Cependant, à côté de cela, de petites revues s’intéressent au nouvel art, si bien qu’un journaliste pourra dire, plusieurs années plus tard : 'Quelle est la jeune revue qui n’a pas consacré un numéro spécial au cinéma ?' " . Petites ou grandes, nombreuses furent les revues qui prirent le parti du cinéma, que ce soit Les Annales politiques et littéraires, La Revue des deux mondes, La Revue des vivants ou La Vie intellectuelle.
Le mépris du cinéma n’est plus d’actualité, mais l’apport des revues n’est pas moindre aujourd’hui. Peut-être est-il même plus que jamais nécessaire à l’heure où la place consacrée au cinéma dans les quotidiens et hebdomadaires ne cesse de se restreindre, où les grandes signatures s’y font rares et où l’influence des revues de cinéma décline. Ainsi les débats sur les films, à tout le moins ceux qui ont un fort impact idéologique ou historique, se déroulent-ils souvent bien plus dans quelques revues que dans la presse cinématographique. Par exemple, si l’on voulait faire une étude sur la façon dont La Passion du Christ a été reçue, se contenter de parcourir les brèves notules publiées par les revues spécialisées serait nettement insuffisant. Il faudrait aussi se reporter, sans doute même en priorité, aux copieux dossiers qu’ont publiés à propos du film de Mel Gibson Paris Match , pour le présenter, Commentaire , pour le fustiger, Liberté politique et Sodalitium , pour le défendre, après René Girard dans un grand article du Figaro Magazine, peut-être le plus approfondi que le philosophe ait jamais publié sur un film. De même pour La Chute : si l’on veut comprendre cette œuvre, la consultation d’Allemagne d’aujourd’hui s’avère indispensable. Mentionnons encore que le critique Jean-Baptiste Thoret, dans une émission de " Mauvais genres " , a vu dans la présence en une de Libération du film de George A. Romero Land of the Dead, le 10 août 2005, un moment clé de basculement dans l’évolution de la reconnaissance d’un " mauvais genre ", le signe de la légitimation intellectuelle du film d’horreur, qu’il considère par conséquent comme faisant date dans l’histoire du cinéma et de la critique. À cet égard, il rejoint la conviction qu’avaient déjà les premiers cinéphiles et journalistes du cinéma, selon laquelle c’est la place accordée au cinéma dans les publications non cinématographiques qui témoigne de son importance et de sa plus ou moins grande légitimation intellectuelle, bien plus que ce qui peut s’écrire dans les revues spécialisées. Ainsi la presse corporative des années 1900-1910 guettait-elle fébrilement toute occurrence du cinéma dans la "grande presse" : " Lorsque la prestigieuse Revue des Deux Mondes fait paraître un article sur le cinéma, qui n’a rien de littéraire, à la fin de l’été 1907, Phono-ciné-gazette s’en empare aussitôt et le reproduit en précisant : 'Nous tenons à souligner cette entrée du cinématographique dans la littérature générale comme la preuve tangible de son importance, de son intérêt et de sa vitalité.' " (Christophe Gauthier) .
1 commentaire
Jean-luc G