La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Ces vies et ces morts qui ne comptent pas
[mercredi 01 août 2012 - 11:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Le consentement meurtrier
Éditeur : Cerf
274 pages / 32.30 € sur
Résumé : Dans un essai magistral, Marc Crépon interroge ce qui nous rend inattentifs à la mortalité et à la vulnérabilité d’autrui, esquissant  les linéaments d’une éthique et d’une politique qui résistent aux logiques mortifères des frontières et des replis identitaires.
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Le dernier chapitre donne, de manière finale, consistance à cette éthicosmopolitique nourrie des analyses de la bonté, de la révolte, et des opérations critiques déconstructives. S’ouvrant sur la mémoire des événements d’Hiroshima et de Nagasaki, à travers les œuvres de Kenzaburô Ôé et Günther Anders, il interroge l’incomplétude du monde et les reconstructions, après la bombe, qui en ont effacé les traces, donnant l’impression d’un monde à nouveau complet. Or, la protestation contre le consentement meurtrier inscrit le souci de cette incomplétude du monde comme devoir : victimes, survivants des conflits, fragilisés, disent quelque chose de cette insécurité fondamentale qui soustrait toute pensée conséquente à l’utopie frivole d’un monde impérissable. Anders, dans L’homme sur le pont. Journal d’Hiroshima et de Nagasaki, décrit  comment le largage des bombes a opéré cette suspension des relations morales, constitutives du vivre-avec, éclipsant le soin, l’attention appelée par la mortalité d’autrui. La honte ("de ce qui est arrivé, de ce qui est, et de ce qui devrait encore pouvoir venir"  ) se présente comme résistance à cette éclipse du soin s’apparentant au consentement meurtrier. Cette honte, loin de tout nihilisme, est hantée par la possibilité du pire, et de cet inimaginable dont paradoxalement l’imagination littéraire nous fait appréhender la "texture d’être" (Idris Murdoch)   : une destruction massive, aveugle, sans haine – à laquelle nous consentons par défaut. La honte d’Anders devant les événements de la bombe atomique constitue un impératif pour penser le monde autrement : "s’interdire d’ajouter aux injustices de l’histoire, celles de l’oubli" et ainsi actualiser, politiquement et juridiquement, "les voies collectives d’un être-contre-la-mort qui ne souffre aucune exception"  .

Cette éthicosmopolitique que construit Marc Crépon se termine, en conclusion, sur la question animale, pour répondre, comme il l’écrit, à une question qui lui fut posée lors du séminaire, qui donna lieu aux développements de ce livre. Si la question animale a sa pertinence, une autre, peut-être, pourra apparaître tout aussi urgente pour le lecteur du Consentement meurtrier. Les catégories de l’éthique du care mobilisées par l’auteur (vulnérabilité, soin, mortalité etc.) ne prémunissent pas de phénomènes  d’invisibilisation (stratégiques, idéologiques, affectifs…) des victimes de violences infligées et subies. Certains lieux géographiques, certaines vies sont rendues invisibles du fait même qu’elles n’apparaissent appréhendables, fatalement, que sous l’angle du secours et d’une vulnérabilité nécessitant le soin. On se rappellera, à ce titre, les réflexions de Mbembe qui, défaisant les  proses (des temps coloniaux et postcoloniaux) qui identifient l’Afrique à une "lacune"  , appellent à déconstruire ces représentations qui n’envisagent la relation aux habitants du continent africain que sur le mode de la philanthropie ou du secours humanitaire. Ces réflexions, peut-être, dessinent les limites d’une éthicosmopolitique centrée exclusivement sur l’éthique du care, qui ne peut être qu’une étape  dans la pleine reconnaissance de la  positivité de ces vies – même affectées par la violence et fragilisées – participant de fait au monde et l’accroissant de leur singularité.

Cependant, loin de fermer les portes à de telles interrogations et les portant même en elle, l’œuvre importante de Marc Crépon, des Géographies de l’esprit à Le consentement meurtrier, trace déjà des réponses, en opérant une véritable déconstruction du récit biographique de l’Europe fondé sur l’idée d’un progrès universel. Cette opération critique déconstructive, qui soutient toute la pensée de Crépon,  est la seule à même d’ouvrir les voies à une pensée cosmopolitique conséquente, non illusoire. Non illusoire, parce qu’elle déterritorialise les lieux du consentement meurtrier, ce dernier n’étant pas le propre d’un groupe ou d’une "culture", désignés de façon plus ou moins fantasmatique et fantaisiste, mais ayant partie liée avec la vie elle-même. Toute éthicosmopolitique conséquente doit ainsi se présenter comme résistance aux multiples géographies de l’esprit et du deuil qui rendent impossibles la relation à l’autre. "Donner la mort à la mort"   (Mbembe), protester et lutter contre les "géographies du deuil"(Crépon)  constituent ainsi, pour notre présent, à travers une critique de la modernité européenne, les injonctions véritables de toute pensée éthique et politique radicale, qui reprend la question du commun et du vivre-avec à la  racine..
 

Yala KISUKIDI
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Titre du livre : Le consentement meurtrier
Auteur : Marc Crépon
Éditeur : Cerf
Collection : Passages
Date de publication : 05/01/12
N° ISBN : 220409496X
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2 commentaires

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FR75

26/08/12 21:56
Critique intéressante qui a le mérite de croiser la réflexion de Marc Crépon avec celle d'Achille Mbembe.
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Chris43

19/08/12 16:00
Critique illisible (pour moi) qui ne donne pas envie de lire le livre.

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