La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
La psychanalyse (et autres curiosités occidentales) vue(s) de Chine
[jeudi 19 juillet 2012 - 15:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Entrer dans une pensée. Ou des possibles de l'esprit
Éditeur : Gallimard
188 pages / 17.10 € sur
Philosophie
Couverture ouvrage
Cinq concepts proposés à la psychanalyse
Éditeur : Grasset
196 pages / 14.25 € sur
Résumé : François Jullien continue son rôle de passeur, relisant les récits de genèse et la cure psychanalytique à la lumière de la Chine et vice-versa.
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Pour parler, pour penser, il a toujours fallu s’enclore, dans une langue, dans un trésor commun de références et d’évidences partagées : toute culture suppose cette clôture, et nul dialogue n’est concevable sans ce fond préalable d’entente. Préalable c’est-à-dire donné, et largement implicite ou inconscient. Or, globalisation oblige, voici que les berges ou les termes de la conversation s’écartent : en quelle langue, depuis quel fond d’entente parlerons-nous aux autres vraiment autres ? Notre époque sonne le glas de la monoculture, et d’un universel ethnocentré ; il s’agit à présent d’accéder à une intelligence polyglotte donc traductrice, habile à entrer et à sortir, à secouer en nous le vieil homme ou l’Européen congénital pour envisager, sans esquive ni dénigrement, d’autres visages de l’humanité. Ce qui implique aussi, Jullien en fait en passant la remarque, qu’on se défasse d’un romantisme des altérités dures, des affrontements insurmontables ou des différences infinies telles, par exemple, celles postulées par Michel Foucault qui, en hypostasiant trop radicalement l’Autre, nommé "hétérotopie chinoise" ou "le Fou", peuvent basculer dans la mystique. Au rebours de cette posture plus héroïque peut-être que valeureuse, tous les livres de Jullien plaident pour une altérité plus douce, ou standard, c’est-à-dire accessible au dialogue, à l’intelligence mutuelle et à la traduction.

Une double postulation est donc à l’œuvre, qui peut sembler contradictoire : d’un côté, notre auteur ne cesse de nous alerter contre les pièges de la traduction, et les facilités ethnocentrées de ceux qui, avec les meilleures intentions du monde (mettre la Chine à notre portée, lui faire parler notre langue), ont littéralement raboté ou passé au rouleau compresseur les écrits des classiques chinois. Ces grands voyageurs, missionnaires, sinologues, anthropologues…, n’ont pas vraiment quitté leur maison, ils n’ont pas, observe sobrement Jullien, commencé d’entrer. Le premier message de ses propres livres consiste donc à nous mettre au bord du gouffre, à nous faire mesurer l’ampleur de la tâche. Et par exemple, avec ce dernier livre justement consacré aux incipit et aux récits des commencements, à nous faire sentir l’extraordinaire différence entre trois récits de "genèse", les premiers mots du Yi-king, classique des classiques apparemment intraduisible dans nos propres catégories, la création selon la Théogonie d’Hésiode et le récit, autrement familier pour nous, de la toute verbale Genèse judéo-chrétienne. Avec cette confrontation patiente, mot à mot, Jullien nous fait toucher du doigt d’extraordinaires (impensables ?) écarts de langage donc de pensée. Le processus sans commencement ni fin exposé dans le livre chinois constitue en particulier un défi radical au théâtre occidental de la création, de la Parole ou de l’événement, et de proche en proche à toutes nos catégories. Or l’insistance mise par Jullien dans chacun de ses ouvrage sur l’ailleurs chinois, sa protestation partout réitérée contre les tentatives d’arraisonnement de cette culture par notre propre chauvinisme ou impérialisme logico-langagier, se doublent paradoxalement d’une confiance en la traduction, et d’un optimisme envers les chances d’un humanisme élargi : il n’est pas vrai que l’humanité soit irréconciliable, ni les cultures radicalement closes, le fond(s) d’entente qui conditionne l’existence de chacune peut s’étendre de proche en proche aux autres, c’est une question de travail, d’invention dans l’art des chaussées et des ponts. A notre époque de globalisation forcée, on peut (il faut ?) parier avec Jullien que nous n’avons plus d’autre choix que celui de l’immanence : l’humanité est une (quoique d’une unité différente de celle imaginée par nos classiques), embarquée sur le même bateau. Mais il faut pour nourrir cette affirmation s’ouvrir aux autres sans les assigner à la question "ti esti" (définition mutilante et barbare), et travailler l’exigence devenue capitale, incontournable en tous domaines, de la traduction.

La pédagogie proposée, et pratiquée en acte par Jullien, nous désenlise, et il n’y a pas de tâche plus urgente. Toute pensée, toute discipline ou culture semblent vouées en effet à l’enlisement, c’est-à-dire à tourner en rond dans leurs propres catégories, en vertu même de leurs premiers succès. Comment nous désincarcérer, comment entendre que nous radotons ? Une démonstration revigorante est proposée par le dernier livre, sur l’exemple bienvenu, et crucial, de la psychanalyse. On ne peut nier ses succès, ses effets de rupture et d’empire – certains diront son emprise. Impossible de nier du même coup le risque de clôture d’un discours ou d’un appareil théorique qui, plus qu’un autre peut-être, est exposé à tous les écueils de la non-vérifiabilité, et de l’incantation. Sur ce domaine priviligié car ciblé de la psychanalyse, l’intervention ou l’opération sinisante de Jullien semble à la fois ironique, et très roborative. Elle feindrait de répondre au fond à la question qui obsède les chefs d’entreprise : comment pénétrer le marché chinois, comment mieux parler leurs valeurs ou leur langue ?

Daniel BOUGNOUX
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Titre du livre : Entrer dans une pensée. Ou des possibles de l'esprit
Auteur : François Jullien
Éditeur : Gallimard
Collection : Bibliothèque des idées
Date de publication : 01/03/12
N° ISBN : 2070137198
Titre du livre : Cinq concepts proposés à la psychanalyse
Auteur : François Jullien
Éditeur : Grasset
Date de publication : 01/03/12
N° ISBN : 2246798140
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1 commentaire

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Flavien

20/07/12 11:51
...

Comment expliquer que les services marketing occidentaux basés à Paris, Londes, NY etc. connaissent mieux les attentes des consommateurs chinois que les chinois eux-mêmes ? Parce que les chinois ne parlent pas latin ?

Refuser la traduction, c'est refuser le réductionnisme à la base de toute démarche scientifique. Et pourtant elle tourne... Nous comprenons les chinois et les chinois nous comprennent. En effet, nos relations ne produisent ni plus ni moins de qui-pro-qui que les relations entre occidentaux.

La traduction est opérante. En refusant ce fait, on peut s'enfermer ad vitam aeternam dans un essentialisme du texte.

D'ailleurs, la critique se méprend quand elle pose une unité de l'occident. La rupture temporelle est très forte. Bien plus que la rupture géographique. La "raison" est une pensée très très moderne (de même que la science). Bien plus que ce que l'on peut imaginer. Aussi, relire toutes les conneries qu'a pu écrire Aristote permet de bien se rendre qu'on que nous sommes beaucoup plus proches des chinois d'aujourd'hui que des grecs d'il y a 2500 ans.

Et comme le soulignent les intellectuels grecs aujourd'hui : les français et les allemands ne se rendent pas compte qu'ils sont plus en phase avec la pensée grecque classique que les grecs modernes qui sont avant tout des orthodoxes.

On me répondra sûrement que la continuité historique chinoise est sans commune mesure... pour dériver encore une fois sur de l'inopérant. Que l'on m'expliquer comment les thèses de Jullien sont réfutables (cf. Popper) et peut-être la discussion sera-t-elle ouverte.

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