Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

Arlette Farge, requise par l’auteur, lui prête alors cette idée : le public fait l’apprentissage de la parole en émettant des avis sur tout. Extraordinaire prolixité, voilà ce qui marque cette parole. Mais personne n’est dupe non plus. Il n’est jamais certain que la valeur d’une œuvre soit identifiable à la force de l’applaudissement public. Non, le public ne saurait suffire à sanctionner la beauté d’une œuvre ! D’ailleurs, chercher le suffrage public équivaudrait à compromettre les véritables beautés de la composition. Diderot n’a-t-il pas rédigé un ouvrage sur le jugement public et son inconstance ?
Du point de vue de Rousseau, les choses se compliquent cependant. Il ne confond pas toujours le public, le peuple et la multitude. S’il ne souhaite pas se mettre sous la dépendance du public, il n’en est pas de même en ce qui regarde le peuple. L’auteur nous propose, à cet effet, une formule intéressante : “Le public occupe donc aux yeux de Rousseau la position ambiguë de juge légitime mais inapte à juger et de souverain en état de minorité, appelant les soins d’un tuteur.”
Pour terminer l’analyse, l’auteure approche la manière dont le public et les critiques réagirent aux déclarations de sécession de Rousseau. Généralement, les réactions consistent en réfutations des propos. Parfois on reproche à Rousseau son dogmatisme. Dans d’autres cas, ce sont les agressivités de ses écrits qui frappent. Mais dans certains cas, les réactions vont plus loin. On incrimine ce qu’on appelle les “hypocrisies” de l’auteur. Ce n’est donc pas sans peine que Rousseau rompt avec toute conciliation.
Et pour contrebalancer son analyse, l’auteure renforce son dossier en étudiant les références au “plaire” dans l’œuvre du philosophe. Il est vrai que le désir de plaire n’est pas exclu de ses ouvrages, et il est même référé dans son travail, solidement ré-amarré au sentiment d’amour dont il procède. Encore Rousseau ne cesse-t-il de renforcer la différence entre le plaire de la mondanité et la manifestation spontanée d’un sentiment libre qui consiste à écarter l’hypocrisie flagorneuse. Avec cette curiosité, si l’on veut, que cet art de plaire, chez le Rousseau de la maturité, revient en force lorsqu’il est question de Sophie, le pendant féminin d’Émile. Plaire serait donc finalement la destination de la femme ? Le goût de la parure chez la femme ne serait-il pas le signe d’un art de plaire qui se développerait dès l’enfance chez la femme ?
Il reste que, l’auteure le remarque à bon droit, l’agressivité de Rousseau diminue en vieillissant. De la sentence maximale objectée au public, il passe à un recours à l’argumentation plus doux aux oreilles du public. Il renonce à son audience de scandale. Le zèle de la dispute diminue. Un nouveau respect du lecteur et du public vient en avant. Il se contente désormais de soumettre une idée et de donner au lecteur la possibilité d’en juger en connaissance de cause. Le dialogue est maintenu ouvert, avec un public dont l’horizon demeure indépassable.![]()
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Laure