Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
Allons donc voir de plus près l’étude en question. Cassou-Noguès dit l’avoir déjà citée. En revenant en arrière, je ne trouve qu’une seule étude citée, et ce n'est pas une étude mais une revue de la littérature . Je la consulte sur Internet : elle parle de bien de lecture d’intentions, mais la méthode ne correspond pas à ce que décrit Cassou-Noguès. De plus, on y parle bien de "pensées cachées" (concealed thoughts), mais on n'en trouve que 6 occurences sur 12 pages, et la question n'est abordée que comme une potentielle limitation des techniques décrites ou comme source d'un problème éthique (dur à voir, donc, qu'il s'agit là du but premier des chercheurs - Cassou-Noguès est sacrément balèze de les percer à jour et de comprendre qu'il s'agit là de leur but principal ). En cherchant un peu, je conclus que Cassou-Noguès a dû confondre avec une autre étude du même premier auteur intitulée "Reading hidden intentions in the human brain". "Hidden intentions" : nous voilà en plein cœur du sujet ! A la lecture, cependant, on se rend compte que les "intentions cachées" sont juste des intentions auquel le sujet n’est pas en train de penser, voire pas en train de mettre à exécution – on est loin des intentions qu’ils voudraient cacher de l’expérimentateur. Surtout, il suffit de lire l’abstract pour comprendre l’intérêt théorique des expérimentateurs : si les expérimentateurs étudient ces intentions "cachées", c’est parce qu’ils se demandent si les corrélats neuronaux des intentions détectés dans les études précédentes n’étaient pas en fait ceux de leur préparation motrice. Comme l’étude demande aux participants de patienter un peu (sans jouer à un jeu vidéo, contrairement à ce que prétend Cassou-Noguès) entre la formation de l’intention et l’exécution motrice, s’intéresser aux intentions "cachées" a avant tout une importance théorique (celle de comprendre où les intentions se forment dans le cerveau). Aucun signe d’intérêt pour la sécurité. Ah ce qu'ils sont rusés et cachent bien leur jeu, ces neuroscientifiques.
Vous l’aurez compris, il n’y a rien de sérieux dans l’exégèse que fait Cassou-Noguès des textes scientifiques : tout au plus les déforme-t-il pour les faire coller à son préjugé de base (pardon : la fiction à laquelle il adhère). Soit : on sait tous que les neuroscientifiques sont dépourvus d’éthique et des suppôts du capitalisme sécuritaire. (Bien entendu, il ne s'agit pas de nier que des gens ont déjà envisagé des usages inquiétants de ces technologies. Pas besoin de Cassou-Noguès pour savoir ça. Ce que je reproche à Cassou-Noguès, c'est de penser qu'il s'agit là des motifs principaux des neuroscientiques travaillant dans ce domaine, sans aucune preuve sérieuse à l'appui. )
Lire le Cerveau n’a donc aucun intérêt philosophique : la fiction est intéressante, mais ne sert qu’à illustrer des arguments bien faibles et à servir les préjugés de son auteur. Mon Zombie et Moi proposait une réflexion sur le rôle que peut jouer la fiction dans la réflexion philosophique. Lire le Cerveau en fait un instrument par lequel les préjugés et les stéréotypes (soit : la bêtise) sont élevés au rang de preuve philosophique. On se serait bien passé d'un tel exploit![]()
Pour aller plus loin :
*Un article de Pierre Cassou-Noguès résumant l'essentiel de Mon Zombie et Moi sans tomber dans la plupart des travers de Lire le Cerveau : Cassou-Noguès, P. (2010) "Projet d'une philosophie extra-ordinaire", Methodos [En ligne], 10 | 2010, mis en ligne le 09 avril 2010, consulté le 13 juillet 2012.
2 commentaires
Florian Cova
Chris43
Les questions qui se posent sont réelles, et la recherche de réponses n'a que faire de l'approche émotionnelle.