La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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"Un immense désir de cinéma" : entretien avec Joana Preiss, réalisatrice de "Sibérie"
[dimanche 01 juillet 2012 - 18:00]
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Actrice, musicienne et mannequin, Joana Preiss a traversé les frontières de plusieurs disciplines, dans une démarche où l´art a souvent été un moyen d'intensifier et d'approfondir l'expérience de la vie. La sortie en salle ce mercredi 27 juin de son premier film en tant que réalisatrice – Sibérie (qui met en scène l’histoire qu’elle vit avec son compagnon, le cinéaste Bruno Dumont, lors d’un voyage dans le Transsibérien) – a été l´occasion de faire le point sur son parcours, de prolonger notre regard sur son film, et de prendre la mesure de ce qu’elle nomme son "immense désir de cinéma".


Vous êtes musicienne, mannequin mais vous êtes essentiellement connue en tant qu’actrice.  Comment a surgi chez vous le projet de réaliser un film ?
Je crois que c´est une continuité assez juste par rapport à mon parcours, une continuité logique par rapport à mon travail d'actrice et de musicienne. J'ai l'impression que ce n´est pas en rupture avec ce que j'ai construit auparavant mais bien au contraire, que la réalisation de ce film réunit tout un travail effectué depuis 20 ans ; il y a eu comme une sorte d´évidence.
Je viens du chant classique, je suis contralto et j´ai beaucoup chanté,  du Monteverdi, mais aussi des lieds de Schubert,  Schuman,  Brahms, Mahler tout en me penchant très vite vers la musique contemporaine, et ce qui me plaisait c´était le mouvement influé par John Cage, Morton Feldman, et qui était extrêmement relié à l´improvisation, tout en se trouvant au croisement d'autres disciplines artistiques. Cela a contribué au rapport plastique et visuel que j'ai avec la musique. J'ai  fait de nombreux journaux sonores lorsque je voyageais dans des pays étrangers, c'était ma façon à moi de réunir les éléments d'un voyage.
Et puis je n'avais pas seulement un rôle d'interprète lorsque je chantais. Les musiciens avec lesquels j'ai travaillé étaient des musiciens expérimentaux, des musiciens avec lesquels j'improvisais et composais : mon implication était réelle dans le travail créatif. Je me souviens d'un de mes premiers travaux lorsque j'avais 20 ans avec Céleste Boursier Mougenot - "Approches" - un projet sur lequel nous avons travaillé quelques mois, inspiré du chant des sirènes dans l'Odyssée d'Homère. Dans ce projet, ma voix, posée  sur mon souffle, se dédoublait plusieurs fois de manière aléatoire sur la même courbe, la même partition (ce projet est devenu une bande son pour  une pièce de théâtre aux Amandiers en 1993).

Ce film, Sibérie, était-ce avant tout un désir… ?
Oui, un  immense désir de cinéma.

…ou un hasard ?
Pas seulement un hasard mais je pense que c'est arrivé un peu comme un hasard et finalement c'est devenu quelque chose de naturel et de totalement juste et logique par rapport à mon désir et par rapport à mon parcours. Mon désir de filmer est arrivé avec ma rencontre avec Bruno Dumont. On a eu le désir de travailler ensemble, et plutôt que de nous mettre dans nos rôles habituels – c´est à dire lui-réalisateur et moi-actrice – il a soudain provoqué l'envie que nous soyons tous les deux dans la même position: à la fois acteurs et "filmeurs". J'ai eu alors l´impression qu’opérait une sorte de transmission. Je me suis pris au jeu parce que je me suis rendue compte très vite que le rapport à l´image, le fait de filmer puis le montage, étaient des choses évidentes que j'avais enfoui en moi. Au fur et à mesure de toutes les étapes de fabrication du film, je me rendais compte que je construisais à travers et en partant de tout ce que j´avais fait avant, comme une espèce de continuité, ou comme l'aboutissement d´un parcours. C’est en fait plutôt le début de quelque chose, puisque c'est le premier film que je réalise, mais je veux dire que ce film s’inscrit à l’intérieur de quelque chose que j'avais commencé à construire il y a longtemps, à des endroits très différents.

Dans le film, Bruno Dumont et vous-même prenez tous les deux la camera, à tour de rôle, pour filmer l’autre, ce qui vous entoure. Or vous êtes l’unique réalisatrice créditée. Le fait de vous laisser assurer seule la responsabilité de la composition finale du film, était-ce une décision préalable entre vous, ou bien est-ce que cela s’est imposé après coup ?
Non, elle a surgi au moment de filmer, et elle est devenue évidente pour nous deux à un moment donné, en cours de tournage, et après coup.

Le film qui sort sur les écrans le 27 juin correspond-il à l’idée que vous en aviez initialement ?
Le projet initial, c’était  le voyage en Sibérie, le Transsibérien, Bruno et moi, et les deux petites caméras. J'avais tenté d´écrire de petites choses au début, mais finalement nous nous rendions compte que ce qui se passait dans la réalité du moment était plus intéressant, en partie grâce à l´utilisation de la caméra numérique, dont je pense que l'importance a été centrale. Il y avait quelque chose qui était plus fort et plus fictionnel dans la réalité expérimentée que tout ce que j'avais pu imaginer de manière très lointaine à Paris.

L'idée préalable était-elle de vous situer dans le champ du documentaire ou dans celui de la fiction (voire de "l’autofiction") ?
Ni fiction, ni documentaire, l’idée initiale c´était de faire un film, tout simplement. Au début j'avais des envies de fiction, qui rejoignaient symboliquement des histoires de vampires, à cause du mythique Transsibérien. Je crois qu´il y a deux écritures dans ce film: d´un coté, une écriture que l'on peut taxer de documentaire si on a envie de la nommer, et qui désigne la décision de filmer des situations et des dialogues qui arrivent à un moment donné (l'œil choisit de se poser sur un évènement plutôt qu'un autre) ; et de l'autre côté, l'écriture au montage, ce que je crée et que je réinvente et qui rapproche le film d'une fiction, qui le fait donc s'éloigner du documentaire, format qui ne m'intéressait pas pour ce film.

Avez-vous rencontré des difficultés et/ou des gratifications particulières en tournant en numérique ?
J'ai eu plutôt du plaisir. Toutes les "contraintes" a priori de la caméra numérique sont devenues des atouts : son utilisation est ergonomique et économique, mais ce qui m’intéresse c’est aussi son aspect esthétique, le grain de l´image. Ce film n'aurait pas pu être fait avec un autre type de caméra. Ces petites cameras s'oublient très facilement, et même si la caméra instaure évidemment des situations et des dialogues particuliers, le fait que l'on puisse se promener partout avec, de manière presque invisible, rend la découverte de la géographie des sentiments plus forte encore.

Nuno CARVALHO
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