Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
Conséquence de quinze mois de ressentiment accumulé contre les militaires au pouvoir depuis la chute de Moubarak, les heurts au Caire jettent une ombre sur l’élection présidentielle prévue le 23 mai. Canons à eau, tirs de balles en caoutchouc, de pierres et de gaz lacrymogènes, auront mis un terme à une semaine de sit-in devant le ministère de la Défense. Défiant l’autorité du Conseil militaire, des manifestants de tout horizon politique se sont unis autour d’un même slogan : “Yaskut, yaskut el Askar - A bas le CSFA”- Conseil Supérieur des Forces Armées en charge de la transition démocratique. Pour un temps, les intérêts politiques particuliers étaient relégués, la solidarité des deux semaines de soulèvements populaires de 2011 retrouvée.
Cinq jours auparavant, en réaction à l’interdiction faite par la commission électorale à Hazem Abu Ismail, leader salafiste, de se présenter à l’élection suprême en raison de la nationalité américaine obtenue par sa mère, ses supporters, frustrés, se sont mobilisés pacifiquement devant le ministère de la défense, dans le quartier d’Abbasseya, fief des pro-militaires. Quatre nuits consécutives, ces islamistes ont essuyé les attaques meurtrières d’inconnus en civil. “Le mode opératoire, usage de gaz lacrymogènes et de chevrotine, laisse penser soit aux baltageyas -voyous- engagés et armés par le ministère de l’intérieur, soit aux militants pro-Moubarak. Un mélange des deux, peut-être” affirme un activiste de la première heure qui souhaite conserver l’anonymat. Après la mort accidentelle d’un jeune homme non affilié, habitant du quartier, les voisins se sont retournés contre le sit-in. La guerre de tous contre tous était déclarée, sous l’œil d’une police militaire immobile.
En réponse à l’appel à une mobilisation massive pour un “vendredi final” en soutien au sit-in par des dizaines de groupes et partis politiques, des milliers de personnes ont marché jusqu’à Abbassyea. Un “vendredi noir” plutôt : trois morts, dont un soldat, des centaines de blessés et plus de trois cent personnes incarcérées pour atteinte aux institutions de l’Etat, rassemblement illégal et violence contre les forces armées. Le lendemain les familles et les amis des détenus ont été battus et trois autres personnes arrêtées devant le bureau du procureur militaire à Nasr City. Au total, durant cette semaine d’affrontements, une vingtaine de nouveaux “martyrs”, selon Tahrir Doctors, association indépendante de médecins.
Ces derniers jours, face “aux signes évidents de la volonté de l’armée de se maintenir au pouvoir”, aux dires d’un membre de la Coalition des Jeunes de la Révolution, l’union prévalait. “Nous sommes venus défendre le droit de chacun à manifester librement, sans risquer sa vie”, poursuivait-il. Aucun slogan en soutien aux candidats. “Pas de salafistes ou de Frères, de libéraux ou de laïcs, nous sommes main dans la main dans la place”, scandaient les manifestants devant les rangées de barbelés et de chars, à quelques dizaines de mètres du ministère de la Défense.
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