La diplomatie de Sarkozy à l’heure du bilan
[mercredi 02 mai 2012 - 18:00]
Relations Internationales
Le monde selon Sarkozy
Éditeur : JC Gawsewitch
288 pages
De l'autre coté, Pascal Boniface reproche à Nicolas Sarkozy un souci excessif de visibilité et de médiatisation, au détriment des priorités stratégiques. Il déplore que ce dernier prenne conseil auprès d’intellectuels en vogue dans les médias (et pas forcement dans l'opinion publique), comme BHL, André Glucksmann, Pascal Bruckner, plutôt que des ONG mieux informées et plus au fait des réalités. De même, selon P. Boniface, la tendance du Président à tirer à lui la couverture médiatique des succès diplomatiques a valu à la France quelques inimités. Avec l'Allemagne, lors de la présidence française de l'Union européenne. Avec l'Allemagne encore et le Qatar lors de la crise libyenne, etc. Enfin, il regrette son indifférence aux conséquences de certaines mesures de politique intérieure sur l'image de notre pays : le débat sur l'identité nationale, la loi sur la pénalisation de la négation du génocide arménien, qui a sérieusement affecté nos relations avec la Turquie, ou encore la circulaire sur la limitation du droit de travail des étudiants étrangers. Il discerne, dans la méthode Sarkozy, celle d'un avocat, qui défend, avec énergie et souvent avec succès, ses dossiers. Mais qui ne se soucie guère de les lier entre eux, dans une ligne cohérente, provoquant, avec le temps, des distorsions et des dommages collatéraux.
Dans cet ouvrage, l'auteur développe aussi ses propres points de vue. Quoiqu'on en pense, il défend avec des arguments consistants son rejet de la politique du Premier ministre Benjamin Netanyahou. Sa conviction que l'Iran ne représente pas le danger militaire (mais peut-être terroriste) que l'on veut nous faire croire. Son intuition que la reconstruction institutionnelle d'un État afghan est impossible à réaliser de l'extérieur. On est plus mal à l'aise, en revanche, lorsque Pascal Boniface ouvre, sans les conclure, certaines réflexions. S'il déplore que la loi sur l’interdiction de la burqa ou l'initiative de
Charlie Hebdo de diffuser des caricatures de Mahomet aient provoqué un tollé dans les pays musulmans, il s'abstient cependant de juger ces dossiers sur le fond. De même, il reproche aux pays occidentaux de ne pas dialoguer avec le Hamas en Palestine, mais ne commente pas les raisons de ce refus (non-reconnaissance par ce mouvement de l'État d’Israël). De manière moins polémique, l'auteur énumère les dilemmes posés à la France, dans ses relations avec la Chine, la Russie, dans les dossiers de la "Françafrique", de la révolution tunisienne, de la visite de Kadhafi, de la rencontre avec le Dalaï Lama... sans toujours dire clairement quelle erreur a été commise, ni ce qui aurait dû être fait. On en retire le sentiment que l'infinie complexité de ces dossiers et le caractère chaotique de leurs implications font de la politique étrangère un exercice de pilotage à vue, dans les turbulences et l'urgence. Et qu'il est difficile d'y imprimer une direction.
L'ouvrage a néanmoins le mérite de porter un regard presque exhaustif sur la politique étrangère de la France ces cinq dernières années, sans se complaire dans la caricature ou le manichéisme partisan. Il nous rappelle aussi les enjeux majeurs que les décisions prises dans ce domaine auront sur la place de la France dans le monde, ses intérêts, sa paix et sa prospérité. On regrettera, certes, de ne pas en apprendre plus sur la vision portée par François Hollande. Mais l'auteur constate, dès les premières pages, que le candidat socialiste, comme Ségolène Royal en 2007, s'est peu exprimé sur ces sujets. Peut-être pour ne pas faire de remous dans un parti lui-même divisé entre gaullo-mitterrandistes et atlantistes...
A lire aussi sur nonfiction.fr :
- Gilles Delafon, Le règne du mépris. Nicolas Sarkozy et les diplomates, 2007-2011, par François Danglin.
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