La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Transformer la société par le vide
[mercredi 04 avril 2012 - 21:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Death and Redemption. The Gulag and the Shaping of Soviet Society
Éditeur : Princeton University Press
352 pages
Résumé : Karaganda, Kazakhstan : la rééducation par le Goulag.
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En effet, les prisonniers considérés comme les plus dangereux (les prisonniers politiques, le plus souvent contre-révolutionnaires ou trotskistes) subissent d’emblée les traitements les plus durs et les exigences les plus grandes en matière de travail, d’où un espoir assez mince de pouvoir satisfaire aux conditions pouvant améliorer leur sort et plus généralement, de pouvoir prolonger leur espérance de vie. Avant d’atteindre le terme de terme de leur emprisonnement, ils sont fréquemment arbitrairement punis d’années supplémentaires de détention, et ceux qui connaissent la libération étant interdits de séjour dans un grand nombre de régions de l’URSS sont concrètement obligés de demeurer sur place.

De plus, l’éducation politique se traduit, dans la société soviétique mais aussi dans les camps, par une haine et une vigilance accrue vis-à-vis de l’ennemi intérieur, en particulier trotskiste et contrerévolutionnaire, que ce soit chez les gardiens, les jeunes détenus ou les prisonniers de droit commun. Cela a pour effet d’accentuer l’isolement des prisonniers politiques considérés comme les plus dangereux, légitimant les mauvais traitements à leur encontre de la part des gardiens comme des autres catégories de détenus.

Lors de la Grande Guerre Patriotique, le Goulag connaît bien une importante vague de libérations, mais elle exclut les éléments politiquement dangereux, qui subissent les pires conditions que le Goulag ait jamais connu, à cause de la diminution des rations caloriques, du durcissement de la discipline et des déplacements forcés qui s’apparentent parfois à de véritables marches à la mort. Les prisonniers contre-révolutionnaires représentent alors une part croissante d’une population des camps qui diminue drastiquement grâce aux libérations et à la mortalité (25 % par an en moyenne en 1945, 20 % en 1943).

Après-guerre, cette aggravation de la condition des prisonniers politiques dangereux s’institutionnalise au travers de l’allongement démesuré des peines et de la création des camps spéciaux qui leur sont réservés. Relégués dans des contrées inhospitalières telle la Sibérie orientale, soumis à une discipline draconienne, ils sont affectés aux travaux dangereux, comme celui des mines. Ces prisonniers politiques auront même dû attendre leur libération plus longtemps que les autres ; ne bénéficiant pas des libérations du printemps 1953, ce sont les commissions de révision de 1954-1955 qui font tomber leur nombre à un niveau très bas en 1956, avant une recrudescence des emprisonnements politiques à partir de 1958.
Autrement dit, tout au long de l’histoire du Goulag, ce sont les prisonniers les "mieux classés" à leur entrée dans le monde du Goulag qui auront eu le plus de chance d’en sortir, et d’en sortir de façon précoce. Les prisonniers considérés comme les moins réformables a priori, essentiellement les prisonniers politiques, auront eu très peu de chance d’être effectivement réformés, la plupart d’entre eux ayant été rapidement et impitoyablement broyés par le système des camps. Cette loi d’airain du Goulag peut d’ailleurs être généralisée.

Tenus constamment en suspicion, les anciens koulaks ne peuvent espérer au mieux qu’une demi-réhabilitation ; la Grande Terreur les frappe prioritairement et, durant la Seconde Guerre Mondiale, bénéficiant en proportion moins des libérations, ils sont contraints d’endurer les conditions de vie inhumaines du Goulag en temps de guerre. On peut faire la même observation pour les différentes nationalités punies par la déportation, certaines n’étant autorisées à retourner sur leur territoire d’origine que dans les années 1980.

Au final, cette interprétation rééducatrice apparaît curieusement décalée, d’autant qu’on ne la retrouve même plus dans la conclusion, par ailleurs exemplaire de concision et de densité. Elle ne semble pas motivée par le souci de dépolitiser et de dédouaner, typique d’une certaine histoire sociale de l’URSS. Même s’il prend parfois pour argent comptant les rapports complaisants de l’administration pénitentiaire, Steven Barnes fait globalement preuve de nuances et d’honnêteté intellectuelle, ne négligeant aucun aspect et rappelant sans cesse (avec raison) qu’en URSS tout est politique, y compris au Goulag.

Ces remarques étant faites, on aura compris qu’au-delà d’interprétations peu convaincantes, le corps de cette synthèse demeure aussi solide qu’instructif. Dans le contexte d’une soviétologie française qui, en dépit d’exceptions aussi notables que celle de Nicolas Werth, est plutôt atone, on ne saurait trop souhaiter que cette étude trouve une place méritée sur les étagères des bibliothèques universitaires françaises.


 

Pascal GIRARD
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Titre du livre : Death and Redemption. The Gulag and the Shaping of Soviet Society
Auteur : Steven Barnes
Éditeur : Princeton University Press
Date de publication : 04/04/11
N° ISBN : 978-0691151120
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