La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Une drôle de campagne
[jeudi 29 mars 2012 - 09:00]
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La lecture des Carnets de campagne d'Alain Touraine, très récemment parus (Robert Laffont, mars 2012), nous donne un regard éclairant – bien qu'un peu convenu, il faut l'avouer – du sociologue sur la pré-campagne électorale du deuxième semestre 2011, en particulier sur la primaire socialiste.

L'intellectuel, qui dédicace à sa fille Marisol – députée et membre de l'équipe de campagne de François Hollande – son ouvrage, publié par son ami et disciple Michel Wieviorka (directeur de la collection "Le monde comme il va" chez Robert Laffont), ne cache pas son enthousiasme au sujet des premières "primaires citoyennes" de l'automne dernier. Tous les éléments pour une campagne présidentielle réussie et victorieuse pour la gauche étaient selon lui réunis dès la fin de l'an dernier. Les enjeux soulevés par les "impétrants" socialistes répondaient avec des nuances certaines, mais utiles, au contexte socio-économique de la crise financière actuelle – de la "démondialisation" chère à Arnaud Montebourg à la social-démocratie rigoriste de Manuel Valls, en passant par la gauche plus traditionnelle et offensive de Martine Aubry et la démarche volontaire (et victorieuse) de François Hollande, rompu à l'art de la synthèse. Après le basculement historique à gauche du Sénat en septembre, le succès, un mois plus tard, de cette démarche inédite en termes de participation démocratique laissait présager à l'ancien professeur de l'Université de Nanterre, quelque peu nostalgique de Mai 68, un printemps qui chante en 2012 – même si la crise ne peut pas, selon le chantre de la "deuxième gauche", permettre la promesse de "changer la vie" comme en 1981.

Pourtant, alors que son manuscrit a été finalisé juste après le discours du Bourget de François Hollande, le 22 janvier 2012, qu'il juge convaincant et réussi, les espoirs et les analyses d'Alain Touraine ne nous semblent pas entièrement confirmés plus de deux mois plus tard, alors que la campagne devrait théoriquement battre son plein. À dire vrai, la campagne électorale actuelle est terne et laisse peu de place aux vrais enjeux – économiques et sociaux, européens et internationaux – de la France et des Français aujourd'hui.

Contrairement à ce que pensait Alain Touraine il y a quelques semaines, l'affaire est par ailleurs loin d'être pliée. Il y a aujourd'hui un risque réel pour François Hollande d'apparaître comme celui qui a gagné d'avance, placé en tête des sondages – avec une avance certes décroissante mais (anormalement ?) importante – depuis plus de six mois. En termes de dynamique de campagne, il est en réalité bien plus difficile de "gérer" une telle avance que de partir à l'offensive, sans avoir peur de prendre le risque de perdre des points. Par ailleurs, rester en mouvement après un an de campagne – si l'on inclut la phase des primaires, François Hollande s'étant officiellement déclaré candidat le soir du deuxième tour des élections cantonales de mars 2011 – est une gageure car ses principales mesures, ses idées et son programme sont connus de longue date et tout effet de surprise semble donc interdit (bien qu'on ait vu que l'épisode de la tranche fiscale à 75 %, qui a pris de surprise ses concurrents – et sa propre équipe de campagne –, a plutôt joué en sa faveur)... Il y a effectivement un risque de "balladurisation" de sa campagne, si l'on se réfère au précédent de 1995. Le Premier ministre Edouard Balladur était alors donné vainqueur par tous les instituts de sondages en janvier et il avait cru qu'une campagne de position plus que de mouvement suffirait à entériner son avance face à ses adversaires, en particulier dans son camp. On sait ce qu'il en est advenu : le candidat favori des sondages est arrivé en troisième position le soir du premier tour.

La situation semble tout de même difficilement comparable en 2012 car l'avance de François Hollande paraît encore réelle – du moins au deuxième tour, dont on sait que les sondages sont moins fiables que pour le premier car les inconnues sont plus importantes encore – à la fin du mois de mars alors que les courbes d'Edouard Balladur et de Jacques Chirac s'étaient croisées au cours du mois de février (en 2007, c'était dès le mois de janvier que Nicolas Sarkozy avait définitivement décroché Ségolène Royal). L'actuelle dynamique en faveur de Jean-Luc Mélenchon, couronnée par le rassemblement de la place de la Bastille du 18 mars, est cependant une véritable alerte – peut-être salutaire – pour la campagne de François Hollande, qui va certainement trouver le mois d'avril bien long. Cette dynamique profite certes de la faiblesse des candidatures d'extrême gauche – Philippe Poutou pour le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière (LO) – et des écologistes – Eva Joly pour Europe Ecologie Les Verts – mais elle s'explique aussi par le manque d'entrain pour François Hollande après de longues semaines d'exposition médiatique. Au-delà de la perte d'intensité de sa campagne, le storytelling des médias a d'ailleurs pesé dans l'affaiblissement du candidat socialiste depuis quelques semaines. Alors que de nombreux analystes expriment l'idée assez paresseuse qu'il y a toujours une surprise à la présidentielle, la plupart des observateurs avaient donné le président de la République perdant depuis des mois... Aujourd'hui, comme par enchantement, on constate que les mêmes font leurs choux gras de sa "remontée" – voire de sa résurrection, pour reprendre un superlatif dont les pontes du journalisme politique sont friands – qui crée du suspense, fait grimper l'audimat et fait vendre du papier...

Damien AUGIAS
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2 commentaires

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DA

29/03/12 14:20
Merci de votre intérêt. Le livre est plutôt une entrée en matière. Il s'agit d'une chronique sur l'actualité politique et non d'une recension d'ouvrage.
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Jean B.

29/03/12 10:42
Le livre est un prétexte ? Vous n'en dîtes rien ou presque.

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