On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Un homme politique peut-il dire toute la vérité ? Le titre du dernier ouvrage de Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale et médecin oto-rhino-laryngologiste, pose une question essentielle, dont la réponse s’avère seulement esquissée. Pourtant cette interrogation est vitale, notamment dans une société démocratique où, à l’horizon de l’élection présidentielle, il faut emporter la conviction du citoyen.
Qu’est ce que la vérité ? Est-ce celle du diagnostic comme le sous-entend l’auteur ? En partie. Mais une vérité scientifique, dans un domaine où l’exactitude n’existe pas, paraît réductrice. Les chiffres cités, les analyses proposées, les mots employés, tout prête à discussion et à interprétation. Au-delà, il conviendrait de retenir une conception de sincérité, de bonne foi, des propos d’un homme politique. La vérité d’un homme politique serait ainsi davantage sa vérité, sa manière de présenter les choses telles qu’elles lui apparaissent. Elle demeure par essence contingente et son existence absolue laisse songeur. En effet, en démocratie, la vérité repose sur un discours légitimant des actions passées afin de justifier celles à venir.
Néanmoins, lorsque l’homme politique doit expliquer aux citoyens les maux auxquels ils sont confrontés, Bernard Accoyer suggère de manière judicieuse une démarche de vérité. En effet, au regard de son expérience personnelle “il existe un parallèle entre la démarche du médecin et celle de l’homme politique (…) dans les deux cas, la vérité est non seulement la première étape vers le respect, mais également la première étape vers l’efficacité. Au fond, dire la vérité, cela revient à aller droit au but, à gagner du temps et surtout à raisonner à partir du réel et non à partir de représentations, de fantasmes ou d’idéologies”. Quand on est médecin chaque mot compte, assène-t-il, fort de trente ans de pratique. Et les termes techniques nécessitent d’être utilisés tant à l’égard du patient que du citoyen. Une première vérité, donc, celle de la précision.
L’introduction d’ ”Un homme politique peut-il dire toute la vérité”, aurait ainsi mérité de longs développements sur ce concept un peu réducteur, ce bon mot accrocheur de la part d’un homme qui prétend ne pas les aimer. Or, Monsieur Accoyer estimait, lors de ses vœux à la presse et à propos des échéances de 2012, que, "si nous ratons ce rendez-vous de la responsabilité et du courage, les conséquences économiques et sociales pourraient être comparables à celles provoquées par une guerre".
Dès lors, il convient de solliciter ici l’analyse d’Hannah Arendt selon laquelle, “il n'a jamais fait de doute pour personne que la vérité et la politique sont en assez mauvais termes, et nul, autant que je sache, n'a jamais compté la bonne foi au nombre des vertus politiques”.
Un regard lucide sur le passé
Avant de proposer son diagnostic dans la deuxième partie de “Un homme politique peut-il dire toute la vérité ?”, Bernard Accoyer revient sur son passé, sur la genèse de son parcours tant humain, que professionnel et politique.
Né en Lyon, Bernard Accoyer est médecin oto-rhino-laryngologiste. Il entre en politique en 1989 en devenant maire d’Annecy-le-Vieux où, depuis lors, il est réélu sans interruption. Député de la Haute-Savoie depuis mars 1993, il est également président de l’Assemblée nationale depuis juin 2007. La première partie de son ouvrage retrace ainsi ses moment clés, celui d’un praticien venu tardivement à la politique. Puis, dans un second temps, l’actuel homme politique marqué UMP prescrit certains remèdes, guidés par une école de pensée réduisant malheureusement le discours de vérité à un propos d’opinion.
En réalité la vérité de “Un homme politique peut-il dire toute la vérité ?”, c’est à dire la bonne foi de Accoyer, ce qui le différencie des autres, c’est surtout entre les lignes qu’elle se dévoile et se révèle, dans les interrogations simples, nécessaires et utiles.
Ainsi, au creux des phrases et des chapitres affleurent des réflexions particulièrement pertinentes. A cet égard, Bernard Accoyer pose la rare question du rapport entre politique et bonheur. “A la question, la politique rend-elle heureux, je répondrais “non” : elle donne des satisfactions, qui sont des satisfactions narcissiques et de pouvoir. C’est un peu maigre comme bilan, mais telle est la réalité. La politique est à l’image des hommes, ambivalente, passionnelle et cynique, égoïste et généreuse”. Ces réflexions distillées dans le corps du livre mettent alors à mal le vœu formulé de ne pas proposer un testament politique. Le bilan est là. Celui des émotions, avec la première séance de l’Assemblée nationale. Celui des hommes et femmes politiques rencontrés, de son mentor, à Alain Juppé, Jean-François Coppé, ou encore Laurent Fabius. Celui des épisodes majeurs de sa vie au service de la collectivité. Et enfin celui de son bilan personnel.
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