On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Pour ceux qui n’auraient pas bien suivi l’enchaînement des choses officielles et célébrantes, résumons : en 2009, un colloque assez ample réunit grâce à la volonté du comité d’histoire du ministère de la Culture et de la Communication un certain nombre de chercheurs. L’objet ? Approfondir l’histoire de ce ministère, créé par et pour André Malraux en 1959. Les premières interventions à ce colloque ont déjà fait l’objet d’un ouvrage - Cinquante ans après. Culture, politique et politiques culturelles, Elie Barnavie et Maryvonne de Saint Pulgent (dir.), Paris, La Documentation française, 2011 -, ainsi que d’un compte rendu de ma part sur le site de nonfiction.
Désormais, il s’agit d’enrichir et de détailler, grâce à des études de cas et d’autres témoignages recueillis durant le même colloque, la perspective générale de l’existence de politiques culturelles dans le monde. En effet, à l’époque même de ce colloque, de nombreux chercheurs venus de pays étrangers ont également accepté de discuter de leur expérience propre et ont présenté en séances des monographies nationales, plus ou moins amples, toutes attachées à préciser si un tel ministère avait pris corps dans le pays et si des politiques publiques y étaient conduites. L’intérêt de ce nouvel ensemble éditorial, qui rend ces interventions publiques, est de saisir les principales évolutions qui, nous indique-t-on dans l’avant-propos, « depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ont caractérisé le renforcement des politiques publiques de la culture ». Ceci ne s’entend, d’ailleurs, que si l’on admet que les politiques culturelles ont pour ambition de construire ou reconstruire les identités nationales ; et si l’on admet parallèlement que par "politiques culturelles", il convient d’entendre les interventions des divers avatars de l’Etat dans le domaine de la production, de la diffusion et de la consommation de biens symboliquement matériels et immatériels (Laurent Martin).
Une réflexion globale avant de revenir sur le détail des interventions : s’il rassemble sur un même rayon de bibliothèque cet ouvrage présenté ici, le précédent cité ci-dessus, ainsi que L’histoire culturelle du contemporain (Paris, Nouveau Monde, 2005), Dix ans d’histoire culturelle (Evelyne Cohen, Pascale Goetschel, Laurent martin, Pascal Ory (dir.), Paris, Presses de l’enssib, 2011), et le Dictionnaire d’histoire culturelle de la France contemporaine (dir. Christian Delporte, Jean-Yves Mollier, Jean-François Sirinelli, Paris, Puf, 2010), le lecteur a à sa disposition, pour consultations fréquentes, un riche ensemble de propos susceptible de l’aider à comprendre le fonctionnement des politiques publiques de la culture étroitement liées, c’est évident, à la consolidation des Etats nations, après la Seconde Guerre mondiale. Nous allons y revenir. Mais il est clair qu’avec ce volume le rayon des lectures indispensables prend de l’ampleur. Un pas de plus, et le lecteur pourrait disposer d’une histoire de la politique culturelle en (ou plutôt de l’) Europe, un ouvrage encore dans les limbes, mais qu’il conviendra bientôt d’ajouter aux précédents, si jamais une telle initiative était prise par des chercheurs, et si cet objet prenait réellement corps dans la réalité. Le Conseil de l’Europe a tendu des perches en ce sens, il nous faut le souligner. Il a lancé en ce sens un programme de recherche action en 1986 et 1998, dont nous attendons les résultats. L’Observatoire des politiques culturelles de Grenoble n’est pas sans avoir lui non plus déjà sensibilisé son public à la dimension comparée des politiques culturelles.
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