Rédacteur

La phrase

Chaque fois que le politique dit se battre contre "les marchés" et se félicite d'avoir évité le pire, la puissance se place au même niveau que l'intendance : qu'elle gagne ou qu'elle perde, peu importe, elle a déjà perdu par le fait même de se battre, tel un instituteur qui s'abaisserait à rendre les coups que lui portent des élèves déchaînés. 

Jean-Pierre Dupuy 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Chroniques engagées autour de la "révolution égyptienne"
[vendredi 27 janvier 2012 - 11:00]
Moyen-Orient
Couverture ouvrage
Chroniques de la révolution égyptienne
Alaa El Aswany
Éditeur : Actes Sud
Résumé : Toutes les tribunes de l’auteur et activiste Alaa El Aswany publiées dans la presse au cours des trois années précédant la révolution égyptienne de 2011.  
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On connaissait déjà Alaa El Aswany pour ses fresques sociologiques de la société égyptienne contemporaine, que ce soit chez elle (L’Immeuble Yacoubian, J’aurais voulu être égyptien) ou à l’étranger (Chicago). Si l’on a pu découvrir son engagement politique au cours de l’année 2011, on ne connaissait pas encore ses prises de positions publiques, publiées depuis plusieurs années dans les journaux égyptiens. C’est désormais chose faite avec ce recueil. Parmi les centaines d’articles publiés par l’auteur au cours des trois dernières années dans les colonnes des quotidiens El Shourouq et Al Masry Al Youm, déjà édités en arabe, Actes Sud en a sélectionné quarante-cinq, traduits et préfacés par Gilles Gauthier.

Disons le tout de suite, les choix de l’éditeur d’un classement thématique (" La Présidence et la succession ", " Le peuple et la justice sociale ", " Liberté d’expression et oppression politique "), et surtout de l’omission des dates de parution des articles, ne servent pas le recueil. Le néophyte en politique égyptienne aura grand mal à situer les événements référencés. Quel dommage pour un ouvrage qui se propose d’apporter plus de profondeur historique à la " Révolution Egyptienne" en exposant la continuité des maux et des luttes depuis plusieurs années ! Certes, on sort de cette lecture avec de nombreuses clefs de lectures qui permettent de mieux comprendre la logique interne des événements de février et, surtout, de les dissocier du seul effet domino tunisien, mais le repérage diachronique de la phase de gestation que nous décrit El Aswany nécessite des recherches ultérieures.

Le regroupement des articles, qui devrait en théorie accommoder la lecture, n’évite pas l’écueil de la répétition – écueil souvent inévitable dans cet exercice d’assemblage de textes indépendants destinés à une publication périodique. La segmentation des thèmes semble d’autant plus inutile que le combat est ciblé et cohérent : la lutte contre la dictature, contre l’obscurantisme religieux, pour les droits de l’homme et la démocratie. D’ailleurs, une seule et unique signature marque de manière indifférenciée la grande majorité des articles de chacune des trois sections : " La démocratie est la solution ".

Chroniques du despotisme

Car, convenons-en, le propos de l’auteur est d’une clarté mécanique et d’une indéniable efficacité. Cela commence souvent par une anecdote, un fait divers, un souvenir - où l’on retrouve les talents de romancier réaliste d’El Aswany - et puis le ton monte en généralisation, la plume se fait amère et dure. Paragraphe après paragraphe, elle s’aiguise, et finit par frapper, toujours au même endroit : la dictature du régime Moubarak. L’auteur, qui de son aveu construit ses chroniques sur une base émotive, ne perd jamais sa cible de vue : le régime dictatorial est la cause de tous les maux de l’Egypte. La chronique s’achève par quelques lignes d’espoir, d’appel à l’unité, à l’engagement, à la manifestation, et finalement à la révolte. Avant de conclure inlassablement par ces quelques mots " La démocratie est la solution " - expression parodiant volontairement le slogan des Frères Musulmans " L’Islam est la solution ".

L’ingénuité démocrate peut faire sourire au départ. Elle a pourtant tout son sens dans le contexte de l’Egypte dictatoriale, qu’El Aswany dépeint avec une clairvoyance surprenante.

L’image qui persiste sur notre rétine à la fermeture du livre est celle d’une gangrène. Une gangrène politique faite de corruption, d’élections truquées, d’incompétences gouvernementales, de clientélisme d’Etat, de courbettes monarchiques, de transmission dynastique, d’écartement des cerveaux, de violence policière, de torture d’activistes et de complaisance américaine. Une gangrène systémique et exponentielle, qui prend pour nom le " système ", et dont le principe viral est, nommément, le Président Hosni Moubarak.

Ses conséquences sont dévastatrices. Tout d’abord, un Etat social qui ne se manifeste que par le biais de ses échecs : la moitié de sa population vivant sous le seuil de pauvreté, des services de santé défaillants, des logements croulants, des moyens de transports vétustes et surpeuplés, emportant dans les flammes ou sous les eaux des milliers d’âmes.

Ensuite, ce système malade conduit sa population à l’exil. Un exil qu’El Aswany nous invite à voir double. Le premier, le plus attendu, est l’exil géographique. Celui des " talents " égyptiens faisant carrière en Europe, aux Etats-Unis ou dans le Golfe. Il est aussi l’exil tragique des déshérités qui se noient dans les barques meurtrières des passeurs méditerranéens, et l’exil des domestiques réduits en état de quasi esclavage au sein des maisonnées saoudiennes. Le second exil est " historique " : le refuge dans l’Âge d’Or mystifié des premiers temps de l’Islam. Il prend l’apparence de la barbe, de la galabieh blanche, d’un épais calot de corne sur le front provoqué par les génuflexions, et du niqab.

Titre du livre : Chroniques de la révolution égyptienne
Auteur : Alaa El Aswany
Éditeur : Actes Sud
Date de publication : 01/12/11
N° ISBN : 2330001371
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