On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Tout le monde connaît la grande épidémie de choléra qui s'est abattue sur la France en 1832, ne serait-ce qu'au travers du roman de Jean Giono Le Hussard sur le toit, par exemple. Cette épidémie de 1832 est également la plus documentée par des ouvrages historiques ou par des thèses de médecine . L'association, dans l'imaginaire populaire aussi bien que dans les expressions courantes (entre la peste et le choléra…) tend à faire du choléra une maladie d'époques lointaines et révolues, à l’image de la peste, le grand fléau du Moyen-Âge tardif. Pourtant, 1832 n'est pas la date de la dernière mais bien de la première épidémie de choléra en France.
Une maladie emblématique du XIXe siècle
Le grand intérêt de l'ouvrage de Thibault Weitzel Le fléau invisible, la dernière épidémie de choléra en France, est de se concentrer sur les deux dernières vagues épidémiques qui ont touché la France en 1884 et 1892. Le lecteur prend alors conscience d'une certaine proximité de cette redoutable affection, sentiment renforcé par l'auteur qui insiste dans son avant-propos sur l'actualité de l'épidémie de choléra. En effet, selon une note de l'OMS datée d'août 2011, 3 à 5 millions de personnes sont encore victimes de cette maladie aujourd'hui et, parmi elles, 100 000 à 120 000 en meurent chaque année. L'OMS note en outre l'augmentation constante des cas qui lui sont rapportés . Si l'épidémie ne concerne plus l'Europe, elle demeure mondialisée. Le phénomène est récent puisqu'il date du XIXe siècle, de la conquête coloniale et du développement des transports longue-distance, ce qui nous ramène à la pertinence de l'approche historique du choléra développée par Thibaut Weitzel.
Même si la France a souffert durant moins de cent ans de l'épidémie de choléra, l'auteur rappelle en introduction de son ouvrage que c'est une maladie centrale au XIXe siècle et qu'aucune autre affection ne provoque, à cette époque, une terreur semblable, pas même la tuberculose, autre fléau sanitaire emblématique du siècle. Le choléra tient une place à part dans l'imaginaire et dans les mémoires jusqu'à aujourd'hui : il engendre des décès fulgurants, il provoque des symptômes à la fois spectaculaires et dégradants mais surtout il touche grands et petits, riches et pauvres, puissants et faibles sans distinction.
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