On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Le 15 mai 2011 débute, en Espagne, un mouvement contestataire tout à fait original : les indignés, ou, en espagnol, Los Indignados . Le déroulement pratique de ce mouvement laisse dès lors plus d’un penseur en panne de concepts. Rien à voir avec les traditionnelles grèves et manifestations syndicales ou politiques : l’initiative semble venir " d’en bas ", des " gens ", sans qu’une organisation n’ait auparavant déterminé de schéma pratiques ou idéologiques. Si la ressemblance est plus forte, il ne s’agit pas non plus d’un mouvement " altermondialiste " ou encore libertaire.
Comment définir cet insaisissable phénomène qui, depuis son apparition, ne cesse de se diffuser dans toute l’Europe ? Notre panne de concepts est révélatrice. Elle témoigne de notre enfermement dans le discours politique dominant, celui qui martèle à longueur d’ondes qu’une seule voie politique serait " réaliste " – tandis que les autres ne seraient que les futiles rêveries d’une poignée d’adolescents attardés. Lorsqu’on constate l’attention accordée par " les indignés " au maintien d’une discipline interne (éviter les débordements, montrer leur responsabilité aussi bien durant les manifestations que dans la teneur des arguments), à l’inscription dans le local (occuper des places publiques, s’intégrer dans les vies de quartier), à la mise en œuvre de discussions raisonnables, on est bien loin des clichés gauchistes. L’interrogation provient donc du mouvement lui-même mais également de la difficulté à le conceptualiser, bien que, finalement, une initiative populaire visant à intervenir sur le destin collectif pourrait simplement se définir en termes de démocratie .
Il semblait dès lors évident de rencontrer José-Luis Moreno Pestaña : à la fois philosophe et sociologue de terrain, il a d’abord travaillé sur la trajectoire et l’œuvre de Michel Foucault, puis sur les questions de santé mentale, avant de rejoindre le mouvement des indignés lorsque celui-ci a débuté dans sa ville, Cadiz et puis à Séville. Armé de son engagement militant et de son recul de chercheur, il nous livre quelques réflexions " de l’intérieur " sur les caractéristiques du mouvement des indignés. Et ce n’est peut-être pas un hasard si l’échange a lieu sur Facebook– méthode de communication qui n’est pas sans lien avec notre thématique, nous le verrons.
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