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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
De la psychanalyse à la thérapie du couple ou de la thérapie du couple à la psychanalyse ?
[dimanche 20 novembre 2011 - 08:00]
Psychanalyse
Couverture ouvrage
Le couple et son histoire
Eric Smadja
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
292 pages / 24,70 € sur
Résumé : Éric Smadja, thérapeute de couples et psychanalyste, essaie de comprendre ce qu'est le couple ; comment il fonctionne et dysfonctionne, en se référant aux différents discours qui l'ont décrit. 
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Le projet de l'auteur, qui est aussi psychiatre de formation et anthropologue  , est ambitieux, d'une ambition méthodologique, qu'il appelle "pluri- et interdisciplinaire" . Mais ce choix épistémologique n'est guère discuté dans l'ouvrage, qui constitue plutôt un outil bibliographique dans lequel de nombreux travaux ayant trait au couple sont référencés.

Le couple, touché par les mutations de la société
Dans le cadre de ce livre, E. Smadja prend en compte certaines données sociétales manifestement capitales pour le couple, d'où découlent pour lui autant d'obligations que d'interdits... avec quelques possibilités dont il ne sait pas toujours que faire : fin de l'interdit ou du tabou sur le divorce, mais début d'une liberté d'union et de désunion dont le sujet ignore parfois quel pôle il doit choisir. Il est confronté à l'histoire de son temps, celle qui lui permet de faire ce qui était interdit à ses ancêtres. Il avance donc relativement sans référence, et notamment sans référence institutionnelle, comme le souligne l'auteur en mentionnant par exemple la perte historique par l'église de son pouvoir de diriger les âmes et les couples. En évoquant cela, l'auteur entre dans ce qui influe sur un sujet de l'inconscient qui, s'il répond à des mécanismes psychanalytiques, n'en est pas moins coincé dans une époque dont le mode de fonctionnement le met à l'aise ou non, lui rend la vie possible ou impossible. Après, il demeure difficile de trancher d'une manière catégorique sur la question de savoir quelles sont les données sociétales qui arrangent les sujets et quelles sont celles qui les empêchent par trop. Là n'est pas le propos du livre de E. Smadja. Il est néanmoins remarquable qu'il ne se défile pas devant le rapport de ces données sociétales et de leurs conséquences sur les couples, ouvrant de cette manière la voie au débat. C'est une prise de risque à laquelle tous les analystes ne se livrent pas, le risque étant que, par erreur, on ne se mette à leur demander quelle serait la bonne société ; celle qui rendrait par exemple les couples heureux. Or l'analyste, s'il aide le sujet à se positionner par rapport aux données sociétales, n'a pas forcément, en tant qu'analyste, de point de vue sur leur bien fondé. Ce qui ne veut pas dire qu'il doive les ignorer puisque le sujet de l'inconscient est obligé de s'y confronter. Il doit les prendre en compte pour éviter de se centrer sur les données inconscientes au point de laisser entendre qu'elles seraient les seules à entrer en jeu dans ce qui détermine le sujet. Dans ce cas, elles risqueraient d'être considérées comme toutes puissantes, créant l'illusion d'un sujet complètement aliéné par son propre inconscient et par lui seul.

Des contraintes nouvelles, paradoxales et pathogènes
Quelles sont ces données d'ordre sociétal qui influent sur les sujets et précisément sur les sujets qui se mettent en couple ? Dans un sous-chapitre intitulé Données sociologiques occidentales contemporaines, E. Smadja s'appuie sur les propos du sociologue J.-C. Kaufmann   pour expliquer en quoi les couples sont de nos jours soumis à des contraintes nouvelles et difficiles à gérer. Entrait-on auparavant dans le couple "sans trop se poser de questions"  ? Rien ne le prouve, d'autant que les témoignages d'époques reculées peuvent manquer... Par contre, il est bien certain que le divorce est aujourd'hui autorisé et que former un couple et le faire durer se fait désormais à condition que de nombreuses données soient réunies, sans quoi ses membres font le choix de la séparation. La barre est apparemment placée bien plus haut, les attentes envers la vie conjugale étant majorées. Des attentes dont E. Smadja, appuyé sur la sociologie, mentionne les “aspects paradoxaux pathogènes."   Ainsi exige-t-on en même temps de chaque membre du couple qu'il développe sa personnalité, son originalité, tout en maintenant son couple, ce qui suppose qu'il renonce à une part de lui-même pour laisser la place à l'autre membre du couple. Le tout se compliquant quand il faut aussi laisser de l'espace pour les enfants. Et "autrefois" ? Telle est la question sur laquelle devrait nous ouvrir le livre comme on ouvre une perspective historique en ne dénonçant les aspects pathogènes d'un mode de fonctionnement sociétal qu'à la condition de le référer à celui qui le précédait.

Une réalité humaine qui perdure
Dans la partie intitulée Une Approche sociologique de la rencontre et du choix du partenaire  , E. Smadja mentionne que des sociologues   ont mis en évidence l'homogamie dans les couples : le fait que les partenaires tendent à se choisir dans leur milieu, recherchant plus souvent la ressemblance que la dissemblance. Pourquoi choisit-on presque toujours comme conjoint  quelqu'un de son milieu alors que les pressions familiales qui allaient en ce sens ont nettement diminué ? On remarque à l'occasion que la "liberté amoureuse", cette liberté de choix du conjoint qui est une nouveauté sur le plan historique, une donnée sociologique contemporaine, n'a finalement guère changé la donne. Nos sociologues s'interrogent : "Pourquoi, les marchés matrimoniaux devenant plus ouverts, l'opinion devenant plus favorable à l'hétérogamie, l'homogamie reste-t-elle quasi stable, en diminution très lente ? Pourquoi la liberté amoureuse ne provoque-t-elle pas de bouleversements dans la grille des correspondances sociales ?"  La suite de ce paragraphe consacré aux théories des sociologues ne donne pas vraiment de réponse à cette question. Tout au plus mentionnent-t-ils que les lieux de rencontre diffèrent à l'origine suivant les milieux sociaux : on ne rencontre pas les mêmes personnes en fréquentant les fêtes populaires qu'en fréquentant des lieux plus sélects  . A défaut d'apporter à ce constat sociologique une réponse convaincante d'ordre sociologique, le paragraphe ouvre sur une Approche psychanalytique de la rencontre, du choix du partenaire et des modalités de structuration du couple  . Où l'on entre à proprement parler dans une dimension interdisciplinaire, puisque c'est la psychanalyse qui répond aux questions de la sociologie. Il ne reste plus qu'à demander aux dits sociologues si la réponse les convainc, ce qui montrerait que la barrière entre les disciplines est perméable... Le chapitre sur L'approche psychanalytique de la rencontre... propose quelques réponses à cette question, l'adage : "Qui se ressemble s'assemble" y trouvant des explications appartenant au registre de l'inconscient.

Titre du livre : Le couple et son histoire
Auteur : Eric Smadja
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Date de publication : 02/03/11
N° ISBN : 2130578322
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