On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Une anthropologie phénoménologique ?
Mais en quel sens cette anthropologie peut-elle être dite phénoménologique ?
Il faut avouer que, en première lecture, la réponse n’apparaît pas avec évidence. Mais à mieux y regarder il est manifeste que le thème de la visibilité, du devenir-visible, de l’être exposé à la vue des autres, de la phénoménalisation ou de la présentation de soi – ce que Blumenberg appelle "le complexe anthropologique de la visibilité, qui englobe le fait de pouvoir être vu, de se laisser voir et de se présenter" – est omniprésent, au point d’assumer le rôle de cheville ouvrière entre la première et la seconde parties, non seulement parce que certaines analyses, en première partie, relèvent clairement de la phénoménologie de l’être-vu (par exemple la remarquable analyse de la quotidienneté dans laquelle, rectifiant la ligne d’interprétation adoptée par Heidegger, Blumenberg fait remarquer que la quotidienneté pourrait être comprise, dans sa globalité, comme l’effort pour passer inaperçu ), mais encore parce que la seconde partie entreprend, pour le fond, de mener à bien le projet d’une anthropologie phénoménologique que la phénoménologie husserlienne a précisément manqué, en procédant à ce que l’on pourrait appeler une naturalisation de la phénoménologie, par laquelle les principaux concepts de la phénoménologie font l’objet d’une réinterprétation en contexte naturaliste (par exemple le concept de conscience intentionnelle ou celui d’horizon, dont Blumenberg propose une genèse dans le cadre darwinien de la lutte pour la survie, et une interprétation dans laquelle l’accès à la visibilité joue un rôle central ).
Il est impossible de restituer l’étonnante richesse des analyses que propose Blumenberg, lesquelles concernent aussi bien le phénomène de la santé, que l’expérience de l’ennui, le sentiment de la honte, l’exhibition de la nudité, les émotions amoureuses, etc., que l’auteur développe d’une plume très élégante en mobilisant une vaste culture philosophique, psychanalytique et littéraire. Le livre de Blumenberg est l’un des grands livres de philosophie parus ces dernières années. Lucien Febvre notait, au terme de son compte rendu de la Méditerranée de Braudel, que ce livre n’était pas seulement un livre qui instruit, mais un livre qui grandit. Celui de Blumenberg fait partie de ce genre de livres – assurément très rare.
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