Chaque fois que le politique dit se battre contre "les marchés" et se félicite d'avoir évité le pire, la puissance se place au même niveau que l'intendance : qu'elle gagne ou qu'elle perde, peu importe, elle a déjà perdu par le fait même de se battre, tel un instituteur qui s'abaisserait à rendre les coups que lui portent des élèves déchaînés. 
Jean-Pierre Dupuy
L’anthropologie – comprise comme enquête philosophique portant sur l’homme, sur sa vie, sur celui qui est là, en chair et en os, qui souffre, qui se cherche, qui s’interroge, qui édifie ses systèmes philosophiques et invente les sciences exactes, qui veut réussir sa vie aussi – a longtemps eu mauvaise presse en Allemagne à la fin du XIXe siècle et au cours des premières décennies du XXe siècle. Il n’est que de penser au sort que la tradition a réservé à l’Anthropologie d’un point de vue pragmatique de Kant, à laquelle fort peu d’attention a généralement été accordée – alors même que Kant faisait de la question "Qu’est-ce que l’homme ?" la question majeure que l’on peut poser en philosophie, celle en laquelle se ramènent les trois autres, à savoir "Que puis-je savoir ?", "Que dois-je faire ?", "Que m’est-il permis d’espérer ?".
Hans Blumenberg, dans ce livre à tous égards remarquable qui vient de paraître grâce aux bons soins de son infatigable traducteur Denis Trierweiler , et qui inaugure la série des livres posthumes dont la composition n’a pas été exhaustivement décidée par l’auteur, raconte, au seuil de l’ouvrage, une anecdote très révélatrice. Ernst Mach, le 16 avril 1886, est invité à prononcer une conférence à la session des collèges de Dortmund, sur le thème de la valeur formatrice relative des disciplines d’enseignement philologique, et celles relevant des sciences mathématiques de la nature dans les établissements supérieurs. A cette occasion, il s’interroge sur la relation entre intérêt pour soi et intérêt pour le monde. Et la conférence tourne alors au pamphlet dirigé contre l’humanisme culturel : depuis les Grecs, dit-il, nous avons appris à élever notre regard vers l’univers, et si l’histoire a délivré une leçon, c’est bien celle qui consiste à ne pas tenir l’homme pour le centre du monde. Soit, répond Blumenberg, "mais de quel droit peut-on en déduire que du coup, l’homme ne pourrait ou ne devrait pas être également le centre de son propre intérêt ?" .
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