On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Le rapport de Pierre Assouline sur la condition du traducteur montre quel chemin reste à parcourir pour que ce dernier obtienne enfin le respect de ses droits.
On me pardonnera de poser brutalement cette question en réponse au “Heureux comme un traducteur en France?” sur lequel s'ouvre, non sans ironie, le rapport remis au début de l'été par Pierre Assouline au Centre national du livre sur la condition du traducteur . S'il y est surtout question, dans des proportions qu'on peut estimer excessives, de la traduction littéraire, et notamment des ouvrages de fiction, on y trouve pas moins des éléments d'information et surtout des propositions qui peuvent s'appliquer à tous les types de traduction.
Malgré les coups de chapeau de rigueur au CNL, commanditaire du rapport, il est clair à la lecture qu'à l'heure de la mondialisation, où la traduction pourrait paraître plus essentielle que jamais, la situation des traducteurs est tout sauf florissante. Qu'on en juge : entre 1996 et 2009, alors que le chiffre d'affaires de l'édition – malgré l'augmentation du coût du papier – augmentait de 35%, les traducteurs voyaient leurs revenus diminuer de 15%. Peu enviable en France, la situation est, de toute évidence, bien pire dans les autres pays européens. Si la France est en moins mauvaise posture, c'est, selon le rapport, grâce aux aides à la traduction que procure le CNL : elles oscillent autour de 330 par an (sur un peu plus de 500 demandes), pour un montant global d'environ 1,7 million d'euros, et concernent pour les trois quarts la fiction. L'un de leurs effets, incontestablement salutaire, est d'encourager les traductions à partir de langues sous-représentées, et donc de compenser partiellement le déséquilibre de fait en faveur de l'anglais. Ce déséquilibre affecte aussi la population des traducteurs, où les anglicistes sont sur-représentés (90%, alors que l'anglais ne représente que 60% des traductions publiées – il n'est pas précisé si cette statistique concerne toutes les catégories de traduction confondues) et où l'on constate un autre déséquilibre dû à la féminisation de la profession – qui n'est naturellement pas sans rapports avec sa dégradation économique, les femmes restant toujours et partout moins bien payées que les hommes. Ceci laisse entendre que la dégradation de la situation économique des traducteurs est appelée à se poursuivre. Quant à la politique française d'aide à la traduction, dont il existe un équivalent au niveau européen, mais peu d'exemples ailleurs, a-t-elle une longue chance de survie ? On peut se poser la question en période de crise. En dehors de France, il semblerait que la quasi totalité des traducteurs (en tout cas des traducteurs littéraires, car il faudrait peut-être voir du côté du Québec) ne peuvent se permettre d'exercer leur activité que parce qu'ils ont une autre activité salariée, la traduction représentant une profession secondaire et un revenu d'appoint : qui, autrement, peut vivre avec 12000 euros par an ?
3 commentaires
arthurdeg
je vous reviens, ayant a donner une lecon d anglais a un jeune turc...qui parle allemand en seconde langue...
cer
Mouna
visiteur