Les espions qui venaient du froid
[mardi 18 octobre 2011 - 18:00]
Un siècle en clair-obscur
Une des particularités de l'ouvrage est de souligner l'ambivalence de la vie d'un espion du XXe siècle en décrivant le romantisme de ces épopées humaines, tout en n'oubliant pas le versant profondément noir de ces destins. En effet, si Fedorovski conte bien les aventures de ces gens d'exception, rythmées par les rencontres et les plaisirs en tout genre, il n'omet pas de lever le voile sur leurs fins bien souvent sordides, “chaque voiture noire pour Moscou pouv(ant) être la dernière”
; la peur, marchant pas à pas derrière les espions, est présente à chaque page. Si Bystroletov danse sur le lac gelé de Boulogne, avant de badiner au gala de Cambridge et de se rendre au Caire comme diplomate, il finit bien par passer vint ans au goulag et perdre tout, femme et biens matériels. De même, Koltsov, proche d'Hemingway, Aragon, Orwell, Malraux ou encore Saint-Exupéry, fut fusillé sur un simple soupçon. Assurément, sous l'URSS, on passait successivement du statut d'espion fiable et honoré, à celui de traître torturé, car, comme le disait Staline, “mieux vaut faire souffrir dix innocents que de laisser échapper un espion !”
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Et ce passage se faisait d'autant plus rapidement, que le succès de l'agent était grand. Bien souvent, les espions morts tapissaient discrètement les sous-sols du Kremlin sans avoir pu faire entendre leur voix. Or,"la souffrance est pire dans le noir ; on ne peut poser les yeux sur rien"
, comme le disait Graham Greene. Cette souffrance dernière est celle de presque tous les espions. Ceux qui ne se sont pas fait tuer par les leurs, on était capturés par l'ennemi avant d'être exécutés, à l'image de Sorgue par les Japonais. Rare sont les Ana Chapman, jolie russe à la chevelure flamboyante, à se faire démasquer, puis rapatriées en Russie pour y être célébrées, puis pressenties à de hautes fonctions. Outre ces fins tragiques, l'auteur fait bien ressortir la condition de l'agent secret qui se perd peu à peu, doute énormément et “finit par être las, désespérément las, du mensonge”
affirmait alors Graham Greene. Cet aspect tragique de la vie de l'espion ordinaire se ressent terriblement lorsque Noureev réplique à un journaliste français, “Je ne retournerai jamais dans mon pays, mais je ne serai jamais heureux non plus dans le vôtre”
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Un espion au sommet du Kremlin
Il reste indéniable que la puissance et l'influence des services secrets russes, et notamment du KGB, sont toujours visibles et perceptibles dans le monde contemporain ; aujourd'hui plus qu'hier, puisque le nouvel homme fort de la Russie n'est autre qu'un ancien agent du KGB, Vladimir Poutine. Et la montée de Poutine au sommet de la hiérarchie est tout sauf un hasard. Le putsch de 1991 était du à la tension forte entre Krioutchkov, le chef du KGB, et Gorbatchev, le maître du Kremlin. Pour dépasser cette opposition traditionnelle née de la rivalité entre Béria et Staline, Youmachev conseilla à Elstine de prendre pour successeur “un officier du KGB”
. De là, vient l'accession fulgurante au pouvoir de Poutine, l'homme qui unit les deux forces de la Russie, celle secrète et celle visible. Il va sans dire que de nos jours, l'espionnage russe dans les pays occidentaux est plus élevé que jamais. “Dans le but de tisser une toile aussi large qu'invisible, le Kremlin a toujours favorisé l'infiltration d' "illégaux"“
et cette action se perpétue dans un monde où anticiper est devenu de plus en plus important.
En somme, Vladimir Federovski trace avec brio un panorama large de l'histoire de l'espionnage au XXe siècle à travers le prisme russe. Des cinq de Cambridge au putsch raté du KGB de 1991 et à l'accession de Poutine au pouvoir, en passant par l'affaire Farewell, les histoires d'espions se succèdent et ne se ressemblent pas
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