Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

Nul n’ignore plus que la question du spectateur est devenue centrale, non seulement d’ailleurs dans le domaine des arts et donc de la culture, mais encore dans d’autres domaines. Certes, elle le fut déjà à diverses occasions, dans l’histoire de la modernité et de la pensée moderne. Il n’en reste pas moins vrai que notre époque se focalise sur elle en fonction de nouvelles données. D’abord, il y a ceux qui ont des angoisses comptables : remplir des salles, financer des manifestations plus ou moins amples, ... angoisses devenant souvent accusatrices à l’égard des nouveaux médias. Ensuite, il y a ceux qui demeurent pris dans l’ancien idéal de la démocratisation et qui la prolongent en question des obstacles auxquels se heurtent les spectateurs face à l’accès aux œuvres. Puis, on rencontre ceux qui, en fonction d’une expresse "bonne volonté" sociologique, s’emparent à juste titre du sujet pour souligner qu’il n’existe pas de spectateur "imbécile", "incapable", "ignorant" si tant est qu’on soit susceptible de le mettre en situation de participation. Enfin, il y a ceux qui analysent la thématique du spectateur du point de vue de son histoire philosophique et de ses mutations contemporaines.
Serge Saada, relevant du département de médiation culturelle de l’université de Paris III, encadrant de formation au sein de l’association Cultures du cœur, s’aventure donc sur ce terrain du spectateur à la croisée d’une expérience abondante – racontée de manière euphémisée dans l’ouvrage – et de l’envie d’en découdre avec ceux qui méprisent certains spectateurs, bien vite nommés "non spectateurs".
Si (en s’en tenant à la partie essentielle de l’ouvrage, celle qui porte sur le spectateur, et en laissant un peu dans l’ombre les deux parties de l’ouvrage, plus conventionnelles, portant sur les médiateurs) l’on devait résumer l’axe d’entrée dans le propos, il conviendrait de préciser que l’auteur se réclame, à juste titre, de 3 éléments :
- les impulsions données à la sphère de la culture depuis 1980, et il prend au sérieux l’idée selon laquelle les "spectateurs" de nos jours sont souvent les produits de ces années et des réformes alors entreprises ;
- la contribution des sociologues (notamment Bernard Lahire) à une approche plus dynamique des "êtres" culturels que nous sommes... A certains égards, l’auteur assume les résultats de leurs travaux au point de faire passer ses analyses pour l’illustration théorique et pratique de leur perspective, ou des thèses de ce sociologue. Il en tire ceci, qui confirmerait donc sa conception du spectateur : les études en question "renforcent l’idée d’un potentiel du spectateur où siègerait la capacité de publics différents à passer d’une forme à une autre, à avoir des pratiques élitaires sans pour autant rechigner à regarder une émission de variétés à la télévision...". Leurs conclusions "indiquent que les pratiques culturelles de chacun ne nous permettent pas de dresser le portrait cohérent d’un spectateur" (unique et uniforme).
- et les œuvres modernes, celles pour lesquelles on sait qu’elles "donnent sa place au spectateur", disons, massivement pour cet auteur, les œuvres du spectacle vivant, avec effet de participation ; ce qui englobe aussi bien la participation effective que les œuvres les plus actuelles fonctionnant sur l’inachevé, l’irrésolu, la suspension, bref les œuvres qui invitent à l’imaginaire, en ménageant au spectateur une place vacante.
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