On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
L’université d’été de La Rochelle donne l’occasion aux socialistes de se payer autant de livres que de mots. Les ateliers de travail se succèdent sans relâche, les discours fleuves inondent les salles plénières, les petites phrases bourdonnent aux oreilles des journalistes en quête de buzz. Pendant ce temps, devant la librairie, les représentants de l’aréopage socialiste et les intellectuels invités se prêtent à l’exercice convenu de la dédicace. On y croise aussi bien les candidats à la primaire pourchassés par des cameramen titubants que des chercheurs quasi-anonymes dévoués à faire converger le fond de leurs idées avec le discours politique de la gauche. Nonfiction.fr est allé à leur rencontre pour débusquer les livres qui inspirent cette rentrée politique et pourraient peut-être infléchir le cours d’une campagne présidentielle, fût-elle hostile aux philistins.
Primaire oblige
Dans la constellation des publications politiques de la rentrée, les livres des candidats à la primaire viennent lancer, relancer ou appuyer les orientations qu’ils défendront jusqu’aux 9 et 16 octobre. Le favori François Hollande a publié il y a trois jours Le rêve français (Privat, 286 pages), un recueil de discours et d’interviews destiné à donner corps à son projet pour la France, centré sur la justice fiscale et la jeunesse. Il n’a pas le monopole des rêves puisque son adversaire le plus à gauche parmi les six candidats, Arnaud Montebourg, avait publié en novembre 2010 son livre le plus substantiel, Des idées et des rêves (Flammarion, 340 pages), pour lancer sa candidature. Sous l’influence de son directeur de cabinet, Gaël Brustier- ancien chevènementiste lui-même co-auteur avec Jean-Philippe Huelin de deux livres clés sur les causes du déclin de la gauche, Recherche le peuple désespérément (Bourin, 116 pages, octobre 2009) et Voyage au bout de la droite. Des paniques morales à la contestation droitière (Fayard/Mille et Une Nuits, 288 pages, mars 2011)- et de son directeur de campagne, Aquilino Morelle, ancienne plume de Lionel Jospin, il a adopté le concept de démondialisation, compressé dans les 86 pages de Votez pour la démondialisation ! (Flammarion, mai 2011) et potentiellement dans Démondialisation, mode d’emploi, annoncé par Mille et Une Nuits pour le mois d’août. Si Martine Aubry s’est contentée cet été de rédiger une "Lettre aux Français", elle avait préfacé l’hiver dernier Pour changer de civilisation (Odile Jacob, 439 pages), livre collectif de cinquante chercheurs et citoyens proche du Laboratoire des Idées du Parti socialiste. La lettre à tous les indignés et résignés qui veulent des solutions (Plon, 150 pages) de Ségolène Royal est autant une synthèse de son programme qu’un appel direct aux classes populaires précarisées et déclassées qui tombent soit dans l’abstention, soit dans le vote protestataire. Enfin, après avoir forgé son image de réformiste réaliste dans Pouvoir et de possible premier flic de France dans Sécurité. La gauche peut tout changer (Editions du Moment, 171 pages), Manuel Valls tient sa ligne social-libérale dans L’énergie du changement. L’abécédaire optimiste (Cherche-Midi). Sans oublier Jean-Michel Baylet, le président du Parti radical de gauche (PRG), qui compte imiter ses concurrents dans un essai qui aurait un titre, L’audace à gauche. 20 propositions pour la France, mais pas encore d’éditeur.
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