On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Dans la nuit du 22 au 23 mai 2011, le Pakistan, désormais coutumier d’attentats récurrents , était secoué par une nouvelle attaque dont la base aéronavale de Mehran à Karachi, quartier général de l’aviation navale, était le théâtre. Située sur une importante artère de Karachi, la Shahrah-e-Faisal, elle se trouvait à 24 kilomètres de la base aérienne de Masroor qui accueillait probablement le plus grand dépôt d’armes nucléaires du pays.
L’armée et l’Inter-Services Intelligence (ISI ) ont une nouvelle fois été l’objet de critiques, alors que le pays tentait de resserrer les rangs après l’épisode Ben Laden . Au demeurant, l’heure était à l’inquiétude : en plus de voir sa souveraineté menacée par un "impérialisme" américain jugé résurgent, la population assistait aux répliques successives des alliés d’Al Qaeda en territoire pakistanais.
Le 13 mai, le Mouvement des Talibans du Pakistan s’était livré à une première "opération". Il avait pris pour cible le centre de formation de forces paramilitaires de Shabqadar (ville située à une trentaine de kilomètres de Peshawar , faisant 98 victimes.
Des retombées de la politique étrangère afghane du Pakistan
Au lendemain des événements de Karachi de mai 2011, les observateurs rappelèrent que dix-neuf mois auparavant (le 10 octobre 2009), le Quartier Général de l’Armée à Rawalpindi avait été la cible d’un attentat également spectaculaire . Depuis lors, la capacité revendiquée par l’armée à assurer pleinement la sécurité du pays face à une classe politique préoccupée d’intérêts particuliers laissait davantage perplexe.
Si les "militants" parvenaient aisément à pénétrer à l’intérieur du périmètre où les militaires (et leurs familles) vivaient, à quel avenir le pays devrait-il bientôt faire face ? Les Pakistanais, au regard des attentats qui rythmaient leur vie quotidienne, ne pouvaient pas se féliciter des dividendes désormais perceptibles de la politique étrangère afghane que l’armée et l’ISI (ou en tout cas, certains de ses courants ) avaient peu à peu esquissée suite à l’intervention américaine en Afghanistan (octobre 2001).
Appuyant bon gré mal gré la "guerre contre la terreur" états-unienne (septembre 2001), le Pakistan n’avait pas renoncé pour autant à la "profondeur stratégique" dont il avait joui – durant l’administration talibane – en territoire afghan. Ses stratèges avaient inauguré une "politique de deux fers au feu". L’"arrière-cour" afghane demeurait indispensable à toute défense à l’encontre d’un "ennemi" indien qui s’attachait désormais à nouer des liens durables avec Kaboul. Selon l’analyse communément admise que la scène afghano-pakistanaise tend de plus en plus à appuyer, Islamabad et Rawalpindi auraient choisi de procéder au réarmement des talibans afghans. "Dommage collatéral" : le Pakistan amorçait voire donnait de l’élan à un phénomène taliban en son territoire qui en viendrait rapidement à mettre en danger sa population civile.
Le pays obtenait des résultats non négligeables. Ainsi les Etats-Unis, soucieux de se dégager au moins partiellement du bourbier afghan, annonçaient le 22 juin 2011 au lendemain de la disparition d’Osama Ben Laden (le 2 mai précédent) le retrait progressif d’ici septembre 2012 de quelques 33 000 hommes, soit le tiers des forces stationnées en Afghanistan.
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