On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

C’est alors que les textes de deux conférences récentes données en 2004, et qui termine le livre, donnent une idée de ce que peut être un déplacement dans ce jeu entre des théories qui se disputent la place centrale sur l’échiquier de la recherche de la substance du monde. Le texte intitulé Quatre disputes sur les propriétés, en particulier, reprenant certains aspects des théories développées dans le livre se focalise alors sur les divergences à propos des propriétés.
Les deux premières disputes sont l’occasion de faire le point sur le match qui se joue entre tropistes et universalistes et de reconnaître que les universaux sont des entités encore plus étranges que les tropes mais d’ajouter que l’identité entre les particuliers doit être le point de départ. La troisième dispute concerne un point qui n’est pas soulevé dans l’ouvrage : Les propriétés sont-elles qualitatives ou sont-elles des pouvoirs ? Alors que l’approche des propriétés comme qualitatives est d’inspiration empiriste, la seconde, remonte à Platon qui suggérait que les pouvoirs étaient la marque de l’être [Sophiste 247e]. Cette division entre ces approches des propriétés en ajoute une autre et concerne les lois de nature. Alors que selon le point de vue des propriétés comme catégoriques, ce sont les lois de nature, traditionnellement vues comme contingentes, qui fournissent les vérifacteurs pour les vérités dispositionnelles, lorsque les propriétés sont les pouvoirs eux-mêmes ou dispositions, les lois ont alors pour vérifacteurs les pouvoirs eux-mêmes. Si Armstrong soutient l’idée que les propriétés confèrent des pouvoirs à leurs porteurs, dans la mesure où il soutient aussi que les propriétés sont catégoriques, alors ces pouvoirs sont la conséquence des lois de nature. Cette troisième dispute est aussi l’occasion de présenter le point de vue de C. B. Martin et J. Heil sur une thèse moins connue, mais qui n’est pas sans attrait, celle du double aspect des propriétés. Selon ces deux philosophes, les propriétés seraient à la fois catégoriques et dispositionnelles. Armstrong, cependant, à propos de cette approche soulève le problème de la connexion entre les deux aspects. Alors que Martin défend l’identité entre les aspects catégoriques et dispositionnelles, Armstrong convoque l’erreur de catégorie et, ironique, compare cette identité à celle qu’aurait un corbeau et un bureau !
La quatrième dispute est notable car elle montre comment le travail en métaphysique peut évoluer dans le contexte d’échanges d’arguments philosophiques propre à la tradition analytique. C’est encore à propos de la difficile question du lien entre universel et particulier. Le lien qui relie le particulier et l’universel, l’instanciation, est présenté par les universalistes comme "non relationnel". C’est curieux de dire qu’un lien est non relationnel. Armstrong le reconnaît, parle même d’une proposition désespérée , mais de nouvelles recherches (Baxter 2001 ) pourraient bien ouvrir l’impasse : "la chose qui instancie un universel contribue à constituer cet universel." Armstrong alors, parce qu’il juge la proposition de Baxter "remarquable", tente de la mettre en adéquation avec sa célèbre théorie de la relation entre universaux que développa dans les mêmes années, Tooley et Dretske (1977). Travail qu’il complète dans le dernier texte : "Les propriétés ont leurs propriétés par nécessité". Ainsi va le travail en métaphysique contemporaine qui n’en n’a pas vraiment fini avec la question que pose le jeune Socrate dans Parménide : comment les particuliers se rapportent aux Formes ?
Un livre important donc et que les éditions Ithaque nous permettent enfin de lire en français et qui ne peut qu’occuper une place située au cœur de nos ouvrages de référence![]()
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