Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
L’idée selon laquelle le président américain est paralysé s’il ne trouve pas de compromis avec le Congrès n’a pas empêché Barack Obama de régler en un temps record la crise financière, d’organiser le retrait d’Irak et de créer un système d’assurance maladie, comme il s’y était engagé. Quoi qu’il en soit, la dialectique négociations/compromis est caractéristique du fédéralisme, plus que du système politique américain : Alain Minc admet d’ailleurs que la Chancelière de l’Allemagne fédérale doit passer des « compromis permanents » . Le dialogue entre les pouvoirs est plus un signe de maturité démocratique que d’inachèvement. L’inachevé, c’est le système communautaire dont la multilevel governance aspire au « parlementarisme de couloirs » à l’américaine (capacité d’agir sur la durée par les réseaux de parlementaires, les lobbies, l’influence) mais se contente, encore et toujours, du sempiternel « bilatéralisme multiple permanent » selon l’expression de Christian Lequesne. La vérité en matière institutionnelle, c’est que le grand soleil des fédéralistes européens, depuis Victor Hugo appelant aux « Etats-Unis d’Europe » en 1851, est bien la Fédération des Etats-Unis d’Amérique, non l’inverse. Au final, on est bien obligé de constater que l’Amérique reste la plus forte dans tous les registres de la puissance : soft power (Harvard et Hollywood) ; hard power au point de tutelliser des Etats que Robert H. Jackson caractérisa de Quasi-States ; smart power par le pragmatisme et l’esprit de coopération.
Le parallèle entre les Etats-Unis et l’Europe au prisme du moralisme/immoralisme, c’est-à-dire de la question du bien et du mal, est simpliste (Europe juste et bonne v. Amérique corrompue et égoïste). Certes, le pullulement des sectes est problématique aux Etats-Unis, mais nous avons aussi nos extrémistes, plutôt dans le champ politique. Certes, l’argent a tendance à corrompre les campagnes électorales américaines, mais c’est surtout vrai aux niveaux local et régional. Et rappelons-nous l’engagement citoyen lors de la campagne d’Obama en 2007/08, qui fit écho à la mobilisation démocratique lors des campagnes de Kennedy. Car la démocratie, ne se résume pas à des institutions et à des normes, elle implique des citoyens actifs. Certes, les lobbies de Washington s’en donnent à cœur joie, mais ils se neutralisent mutuellement grâce à un subtil équilibre : les écologistes accès aux décideurs à la même enseigne que les pro-nucléaires, de même que les pro et les anti-tabacs, et ainsi de suite.
Quant au « métro malodorant de Manhattan comparé au réseau parisien » , sans vouloir arbitrer entre les odeurs de poussières grasses ou d’ozone, il n’est que de rappeler qu’il serait judicieux de faire fonctionner le métro de Paris toute la nuit, comme à Manhattan et, pendant qu’on y est, d’ouvrir 24h sur 24 les bibliothèques universitaires et de recherche, comme là-bas.
Au total, on se demande pourquoi Alain Minc cogne ainsi sur l’Amérique qui vient de donner une leçon d’ouverture au monde en élisant un président capable de réconcilier son pays avec lui-même en lui redonnant ses repères. Le sentiment de décalage vient peut-être des exemples pris par l’auteur, qui sont tirés de l’avant-Obama (magouille de Dick Cheney qui attribua sans appel d’offre le plus gros contrat de l’après guerre d’Irak à son ancienne entreprise, Halliburton ; métaphore de Robert Kagan sur l’Amérique-Mars et l’Europe-Vénus, etc.). Bref, le fil rouge consistant à tirer à boulets tout aussi rouges sur l’Amérique, pays de vibrations contradictoires, fait pschitt.
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Spinoza