On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Les 14 et 15 Janvier 2011 s'est tenu un colloque Socialisme et Capitalisme "Les modèles socialistes en Europe, Histoire, Mutation, Nouveaux défis" organisé à la Fondation Jean Jaurès. L’occasion était belle, pour cette table ronde intitulée "Les modèles socialistes en Europe", d’aborder la tension entre le passé et l’avenir de la relation entre socialisme et capitalisme au prisme d’expériences en Allemagne, en Suède, ou encore au Royaume Uni. Il s’agissait, avec une curiosité certaine, d’interroger la validité et l’unité de la notion de modèle, mais aussi la diversité et les contradictions de l’évolution du socialisme en Europe. Le questionnement était d’autant plus fondé qu’il permettait d’interroger le tournant libéral ou "trahison" du Parti Socialiste dans les années 1980.
Le débat de cette table ronde était animé par Marc Lazar (Science Po Paris), autour des interventions de Jenny Andersen du CERI (Centre d’étude et de recherches internationales), David Crowley (Centre Interdisciplinaire en recherches comparatives en sciences sociales), Yohan Aucante (Hautes Etudes en Sciences Sociales) et Ernst Hildebrandt (Fondation Friedrich Elbert). Et se proposait d’explorer des modèles de politiques gouvernementales au cœur de la tension entre socialisme d’adaptation/socialisme de rupture vis-à-vis du capitalisme .
Une crise appelle souvent une réaction, une nouvelle dynamique de lutte, une envie de changer le monde, un bouleversement des conditions objectives du monde. L’année 2010 apparaît en tout point comme une occasion manquée, une impuissance du politique. La crise, dans ses différentes formes, ou crise du capitalisme, est aussi en ce sens la crise du socialisme. En effet, depuis les années 1980, le socialisme s’est rarement trouvé capable de proposer des alternatives claires et audibles dans l’espace des médias, un nouveau souffle, des utopies nouvelles.
Pourquoi encore parler aujourd’hui de modèle ? Quels sont les modèles politiques ou doctrines en Europe ? Plus encore, s’agit-il seulement de références à imiter? Quelles sincérités dans la lutte contre les inégalités réelles?
La question du modèle se pose alors sous plusieurs angles ; modèle de politique gouvernementale, modèle de principes ou de pratiques.
Limites des modèles
Pour Nelly Andersen, première intervenante, il est bien difficile de parler de modèles socialistes en Europe. Un modèle est souvent une notion du passé, dont on surestime le degré de cohérence et le succès : on ne peut que rarement systématiser une politique publique sous la forme d’un modèle. Bien entendu, il existe toujours des références autour de réformes clés notamment autour de l’égalité. Ces références de la Suède des années 1960 furent économiques, sociales, culturelles : - sur la politique du marché du travail - sur l’idée du droit du travail - de la réalisation de la personne par le trav
-sur le savoir comme culture démocratique.
C’est d’abord cette critique culturelle du capitalisme, cette reconnaissance de la personne, de ses difficultés, qui est typique de l’expérience suédoise. Elle n’est pas neutre, elle change même l’idée de démocratie et de la personne.
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