On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Le récent documentaire Encore elles ! projeté lors d’un débat sur les 40 ans du MLF, se clôturait sur l’action féministe dans les banlieues. L’ancienne génération constatait douloureusement qu’elle avait pendant longtemps ignoré un pan de la population, dont les problèmes étaient pourtant les mêmes que ceux qu’elles combattaient depuis près de quarante ans. Les violences faites aux femmes étaient un des combats de toujours. Peu médiatisées, les associations de banlieue Voix de femmes et Voix d’elles rebelles préfèrent la discrétion, leur action se situant avant tout sur le terrain. Nonfiction.fr est allé à leur rencontre.
Christine-Sarah Jamaa et Sarah Oussekine, les directrices de Voix de femmes et Voix d’elles rebelles se situent un peu à part dans le paysage du féminisme français (pour éviter une redondance avec la phrase suivante). En agissant avant tout localement, elles se trouvent souvent confrontées aux problèmes du droit des femmes dans des milieux issus de l’immigration. Victimes selon elles, d’une stigmatisation croissante à l’égard des banlieues et de l’immigration, les deux associations mènent leur travail à distance des médias et des autres associations féministes. Voix de femmes a son siège à Cergy-le-haut, Voix d’elles rebelles à la Basilique Saint-Denis, loin des associations "parisiennes". Lorsque Caroline de Haas lançait lors d’une assemblée générale qu’elle ne voulait pas qu’Osez le féminisme ! se réduise à un "petit mouvement bourgeois parisien" en référence à l’ancienne génération, elle révélait un clivage encore très présent entre le monde associatif féministe en banlieue et celui de Paris. Outre la distance géographique, cet éloignement est-il le fruit d’un désaccord idéologique ? D’un "snobisme parisien" pour "la banlieue"? Ou bien tout simplement de différentes luttes au quotidien ? Peut-être un peu des deux à la fois, mais la différence principale repose sur le mode d’action.
En entrant dans le local de Voix de femmes, on ne peut s’empêcher de remarquer l’affiche de Joue-la comme Beckham, à côté de celle du mouvement Black Revolution. Chez Voix d’Elles Rebelles, on trouve les mêmes murs tapissés d’affiches, avec "I have a dream" de Martin Luther King à côté d’un poster d’une campagne pour la contraception. A ces images répond la diversité des jeunes filles qui viennent voir ces associations. Ces populations "invisibles", comme dit Christine-Sarah Jamaa, d’Inde ou du Pakistan qui commencent à entrer en contact mais aussi des françaises, ou des filles issues de l’immigration victimes de violences. Ces associations ont pour but d’aider les femmes à faire valoir leurs droits lorsqu’ils sont bafoués à travers l’écoute et l’accompagnement dans les procédures administratives, et souvent le soutien moral.
Composées de petites équipes de trois à quatre permanents, elles bénéficient aussi de l’aide de bénévoles. Confidentielles pour des raisons de sécurité , elles se sont fait connaître par le bouche-à-oreille et aussi grâce à leur longévité. Voix d’elles rebelles existe depuis 1995 et Voix de femmes depuis 1998. De dix dossiers par an à leurs débuts, elles en traitent entre trois cent à cinq cent aujourd’hui.
Aux assemblées générales souvent vues dans les associations parisiennes, se substitue une lutte au quotidien qui repose surtout sur le respect des droits garantis aux femmes. "Moi, j’ai l’impression d’être une militante quand je fais des heures sup non payées ou quand je prends quatre bus pour aller parler des violences dans un lycée. Le reste du temps, je fais juste mon boulot", dit Christine-Sarah Jamaa. Les filles auxquelles elle s’adresse, "ne sont pas des gamines qui vont s’émanciper en brûlant leurs soutien-gorges"… les féministes de l’ancienne génération n’ont qu’à bien se tenir ! Si ces femmes sont victimes de violences qui touchent tous les milieux socioculturels, la majorité est issue de l’immigration même si 90% d’entre elles sont françaises, précise Christine-Sarah Jamaa. "Et évidemment, cela favorise la stigmatisation, surtout quand on s’intéresse au mariage forcé. C’est d’ailleurs ce que l’on nous a reproché quand on a voulu en faire notre combat. De plus, au nom de la relativisation culturelle, on a l’impression que lorsqu’on est d’origine immigrée, il faut en faire dix fois plus pour montrer qu’on est en train de s’émanciper".
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